Archives de Catégorie: Chemin de vie/de pensée

La Masochiste, par Guillaume de Lorris

TristesseTristesse est personnifiée dans le Roman de la Rose (ci-dessous, suivi de la traduction en Français moderne) : ne croirait-on s’avancer un marbre allégorique de Rodin, drapé dans un voile funeste ? Ou mieux, ne croirait-on reconnaître quelques personnes de notre connaissance, qui se sont fait un bel enfer intérieur auquel ils tiennent plus que tout, et dont ils ont muré les issues ? Hélas, ce jardin intérieur du maso, comme il nous est facile d’en reconnaître chez l’autre les allées et les bosquets, et comme, lorsqu’il s’agit du nôtre, nous en habillons les travées de nécessité, et de toutes sortes d’autres fallacieuseries !

291  "Delez Envie auques près iere                   
     Tristece painte en la maisiere;
     Mès bien paroit à sa color
     Qu'ele avoit au cuer grant dolor,
     Et sembloit avoir la jaunice.
     Si n'i féist riens Avarice
     Ne de paleur, ne de mégrece:
     Car li soucis et la destrece,
     Et la pesance et les ennuis
     Qu'el soffroit de jors et de nuis,
     L'avoient moult fete jaunir,
     Et megre et pale devenir.
     Oncques mès nus en tel martire
     Ne fu, ne n'ot ausinc grant ire
     Cum il sembloit que ele éust:
     Je cuit que nus ne li séust
     Faire riens qui li péust plaire:
     N'el ne se vosist pas retraire,
     Ne réconforter à nul fuer
     Du duel qu'ele avoit à son cuer."

"À côté d’Envie, à quelque distance, il y avait, représentée sur la muraille, Tristesse. Or, il apparaissait bien à sa couleur que son coeur était plein d’une grande douleur : on eût dit qu’elle avait la jaunisse, et à côté d’elle, la pâleur et la maigreur d’Avarice n’étaient rien, car les soucis, la tristesse, la peine et les ennuis qu’elle souffrait jour et nuit lui avaient donné un teint bien jaune et l’avaient rendue maigre et pâle. Jamais être ne fut né pour subir un tel martyre, et ne vécut telle angoisse comme ce qu’elle semblait connaître. Je crois que personne n’aurait su quoi que ce soit pour lui plaire et qu’elle n’aurait voulu sous aucun prétexte renoncer au chagrin qu’elle avait dans son coeur"

(trad. Armand Strubel, Le Livre de Poche coll. Lettres gothiques)

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Artistes, créateurs, démiurges et autres psychopathes de petit acabit : à votre attention

Rembrandt, Méditation"Abandonné à lui-même, le névrotique est obligé de substituer ses formations de symptome aux grandes formations de foules dont il est exclu. Il se crée son propre monde de fantasmes, sa religion, son système de délires et répète ainsi les institutions de l’humanité, avec une déformation qui témoigne nettement de la contribution par trop puissante qu’apportent à ce travail les tendances sexuelles directes."

Sigmund Freud, Psychologie des foules et analyse du moi

Post scriptum : le mot acabit n’a aucun parent, ni étymologie convaincante.

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Circularités

"…rien ne peut mûrir à la réalité, qui n’ait eu ses racines dans le souvenir, rien n’est saisissable à l’homme, qui n’ait été mis en lui dès son début, et sur quoi les visions de sa jeunesse n’aient étendu leur ombre. Car l’âme en est toujours à son début, sa grandeur est toujours celle de son premier éveil, et sa fin même a pour elle la dignité du commencement ;"

Hermann Broch, La Mort de Virgile

Une belle citation d’un romancier empreint de Husserl il me semble (les philosophes sauront le dire mieux que moi)… J’y ai vu comme un commentaire, ou une parabole, de la psychanalyse, et vérifications faites, non seulement Husserl était contemporain de Freud, mais ils eurent un professeur commun, Brentano ! Quelles étaient les références de Freud en philosophie, son arrière-plan cosmologique en quelque sorte ? J’avais lu que Schopenhauer l’avait beaucoup influencé (tout comme moi, Le Monde Comme Volonté… est l’un des plus grands livres que j’aie lus), mais serait-ce le cas aussi de la phénoménologie du temps de Husserl ?

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Charles Martel mourra-t-il à Poitiers ? Paul Ricoeur et L’identité Narrative

La coïncidence des interrogations sur l’avenir de la littérature, et du raidissement identitaire planétaire (national, religieux ou ethnique), ne relève peut-être pas du hasard, mais de l’occultation d’une conception narrative de l’identité, au profit d’une illusion ontologique régressive.
"Je m’explique", comme disaient les professeurs en chaire, ou plutôt, puisque ces idées peut-être éternelles ne sont pas les miennes, "je tente d’expliquer". Il s’agit (et il m’agite, il m’a gîte) en fait des conclusions du monumental et méticuleux, parfois ennuyeux, Temps et Récit, de Paul Ricoeur, dont je viens d’achever la lecture.

Petit prodrome (les prodromes étant apparentés aux camélidés, comme chacun le sait) : à la fin du siècle dernier, en 1999, Jean-Marie Schaeffer, éminent chercheur français, avait repris une question très ancienne dans un livre nouveau, au titre clair : Pourquoi la Fiction. Incluant les résultats de recherches récentes en psychologie et biologie à une réflexion qui avait auparavant été exclusivement littéraire et philosophique, et l’étendant, cette réflexion, aux domaines du virtuel et des jeux vidéos, il montrait que la fiction, loin d’être un luxe moribond, était essentielle au développement et aux fonctionnements mentaux d’un individu. Le bébé que nous avons tous été, pour autant que nous puissions l’inférer, fut déjà une machine à fictionner, et la fiction, après avoir guidé l’évolution de nos facultés psychiques, nous permet de négocier avec la réalité, et nous aide à nous façonner du premier jour (voire avant ? fascinantes perspectives…) jusqu’à celui de cette tombe où prendront fin nos expériences (voire ?…) À ce titre la fiction est destinée à durer autant que l’humanité.

Dans ses conclusion à Temps et Récit, Paul Ricoeur présente la question sous un autre angle, et suggère, à propos de nos mystères identitaires, de renoncer au fantasme de l’identité, ontologique, pour embrasser l’ipséité, qui en est la face narratologique : d’un soi-même toujours fuyant — point de fuite douloureux — à l’acceptation d’un soi-même toujours reconstruit, dans l’art et le récit de soi et de la collectivité.

"…quel est le support de la permanence du nom propre ? Qu’est-ce qui justifie qu’on tienne le sujet de l’action, ainsi désigné par son nom, pour le même tout au long d’une vie qui s’étire de la naissance à la mort ? La réponse ne peut être que narrative. Répondre à la question "qui" [...] c’est raconter l’histoire d’une vie . L’histoire racontée dit le qui de l’action. l’identité du qui n’est donc elle-même qu’une identité narrative. Sans le secours de la narration, le problème de l’identité personnelle est en effet voué à une antinomie sans solution : ou bien l’on pose un sujet identique lui-ême dans la diversité de ses états, ou bien l’on tient, à la suite de Hume et de Nietzsche, que ce sujet identique n’est qu’une illusion substantialiste, dont l’élimination ne laisse apparaître qu’un pur divers de cognitions, d’émotions, de volitions.
Le soi-même peut ainsi être dit refiguré par l’application réflexive des configurations narratives. À la différence de l’identité abstraite du même, l’identité narrative, constitutive de l’ipséité, peut inclure le changement, la mutabilité, dans la cohésion d’une vie. Le sujet apparaît alors constitué à la fois comme lecteur et comme scripteur de sa propre vie, selon le voeu de Proust…. L’histoire d’une vie ne cesse d’être réfigurée par toutes les histoires véridique ou fictives qu’un sujet raconte sur lui-même. Cette refiguration fait de la vie elle-même un tissu d’histoires racontées."

Ainsi sommes nous tous ces Bayeux complexes de récits collectifs et individuels, tissés de texte dont les origines et les implicites nous échappent parfois, mais qui laissent la part belle, et nécessaire, à l’imagination, la recréation, l’art :

"Le soi de la connaissance de soi est le fruit d’une vie examinée, selon le mot de Socrate dans l’Apologie. Or une vie examinée est, pour une large part, une vie épurée, clarifiée par les effets cathartiques des récits tant historiques que fictifs véhiculés par notre culture. L’ipséité est ainsi celle d’un soi instruit par les oeuvres de la culture qu’il s’est appliquées à lui-même."

Ce qui est vrai pour l’individu l’est aussi pour la communauté :

"La notion d’identité narrrative montre encore sa fécondité en ceci qu’elle s’aplique aussi bien  la communauté qu’à l’individu. On peut parler de l’ipséité d’une communauté, comme on vient de parler de celle d’un sujet individuel  : individu et communauté se constituent dans leur identité en recevant tels récits qui deviennent pour l’un comme pour l’autre leur histoire effective."

Les gains, dans ce passage de l’identité de l’essence à l’ipséité narrative, sont ceux de la liberté, du jeu et de la création. Les pertes proviennent d’une illusion à liquider : celle, rassurante, de la stabilité identitaire:

"l’identité narrative n’est pas une identité stable et sans faille" … "L’identité narrative devient ainsi le titre d’un problème, au moins autant que celui d’une solution"

Comme il y a loin de ces réflexions presque évidentes, à la naïveté intellectuelle, à moins que ce ne soit à la mauvaise foi, d’un gouvernement lançant une consultation au sujet de "l’identité de la France" ! Naïveté aussi, ou mauvaise foi, aussi, des lanceurs de polémiques aporétiques sur les racines chrétiennes de l’Europe… Les autres religions ne sont pas en reste, avec leurs surenchères d’observances rituelles anxiolytiques, face au nivellement de la mondialisation. Comme si l’identité pouvait avoir autre existence que celle de prérequis du discours.

Le choix de l’ipséité narrative, c’est l’acceptation d’un flou, d’un indéterminé, parfois angoissant, parfois exaltant, souvent ludique, mais toujours fomenteur de liberté, au coeur de l’individu. Celui de l’identité ontologique, c’est la poursuite douloureuse et sans fin, masochiste, carcérale, d’un fondement et d’une pureté qui sans doute se déroberont. Ce sont deux récits très différents qui s’écriront. Mais le plus intrigant est que tant d’écrivains aient fait ou bien font le second choix (je pense aux apologistes passés ou présents de la pureté identitaires), en contradiction avec la liberté de leur pratique narrative : sont-ils tant empreints du maniement des mots qu’ils en deviennent crédules de leur coltinement d’illusions essentialistes ?

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Dieu, Modiano et Moi

Interloquée (cliquer) (*), il y a quelques temps, par une vague de chamanisme qui déferla sur France Culture, le Musée du Quai Branly et ma bibliothèque — interloquée donc, mon écriture a voulu chercher un fondement anthropologique universel à ces remuements et tressautements d’entrailles psychiques, qui parfois laissent l’écrivain s’infatuer d’une croyance en ce qui fut appelé sa voyance. Il m’a semblé que le chamanisme pouvait contribuer à un nouveau paradigme de la conscience, dans lequel cette voyance de l’écrivain ne serait pas purement et simplement passée aux pertes et profits de la rationalité, mais trouverait sa place dans un continuum socialement acceptable de relation à la réalité.
Je concluais aussi ma petite réflexion par une homologie fonctionnelle entre le chamane, intercesseur des mondes magiques, et l’écrivain, intercesseur des mondes littéraires, par l’oeuvre de qui le lecteur aussi se devait faire chamane. (cliquer)

(*interloquée, c’est-à-dire que cela lui parlait…)

Comment savoir ? Comment savoir la part de la mégalomanie narcissique, et de la possible vérité ?
En tout cas, quelques rencontres littéraires m’ont montré que je n’étais pas le seul à errer dans ce labyrinthe, dont on ne sait pas si les miroirs sont réfléchissants, déformants ou sans tains… Les quelques citations ci-dessous, que j’ai voulues d’auteurs très postérieurs aux Hugaud et Rimbo, l’attestent : je les recopie sans autre forme de procés.

MODIANO, DORA BRUDER :

"Comme d’autres avant moi, je crois aux coïncidences et quelquefois à un don de voyance chez les romanciers — le mot "don" n’étant pas le terme exact, parce qu’il suggère une sorte de supériorité. Non, cela fait tout simplement partie du métier : les efforts d’imagination, nécessaires à ce métier, le besoin de fixer son esprit sur des points de détail — pour ne pas perdre le fil et se laisser aller à la paresse — toute cette tension, cette gymnastique cérébrale, peut sans doute provoquer à la longue de brèves intuitions "concernant des événements passés ou futurs", comme l’écrit le dictionnaire Larousse à la rubrique "Voyance". "

RENÉ CHAR, RECHERCHE DE LA BASE ET DU SOMMET :
"L’accès d’une couche profonde d’émotion et de vision est propice au surgissement du grand réel. On ne l’atteint pas sans quelque remerciement de l’oracle"

PABLO NERUDA, LES VIES

Ah ! comme je te sens parfois
agacée
contre moi, vainqueur au milieu des hommes !

Et cela car tu ne sais pas
que ma victoire est celle aussi
de milliers de visages que tu ne peux voir,
de milliers de pieds et de coeurs qui m’escortèrent,
je ne suis rien
et je n’existe aucunement,
je ne suis que le front de ceux qui m’accompagnent,
si je suis fort
c’est parce que je porte en moi
au lieu de ma médiocre vie
toutes les vies,
un millier d’yeux
me permettant d’aller sans faille de l’avant,
mille mains
de frapper dur comme la pierre,
et l’on entend ma voix à l’orée de toutes les terres
parce qu’elle est la voix de tous
ceux qui n’ont pas parlé,
de tous ceux qui n’ont pas chanté
et qui chantent aujourd’hui
par cette bouche qui t’embrasse.

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La vie tropologique

Mon exploration, jamais assouvie, des arcanes et labyrinthes de la littérature et du langage, m’a amené de fil en aiguille à effleurer le travail de Hayden White, histoirien et méta-historien américain, qui pense que les catégories rhétoriques (re)classifiées à la Renaissance, loin d’être arbitraires, correspondent à des fonctions fondatrices de tout discours, au moins en Occident.

La grande préoccupation de Hayden White semble être (je m’en remets aux autorités compétentes, n’ayant fait, comme je le disais, qu’effleurer son travail) de mettre à jour les fondements du discours historiques, et en particulier de faire apparaître la constitution de son objet dans le discours. (Dans une sorte d’homologie, ou d’analogie comme le dira Ricoeur). La mienne, en le lisant, est d’aborder d’une manière nouvelle, l’étonnante relation entre la vie et la littérature.

J’ai donc lu son introduction à ses Tropics of Discourse. Il y observe une correspondance entre les quatre catégories de tropes définies à la Renaissance — métaphore, métonymie, synecdoque, ironie — et les stades du développement cognitif de l’enfant identifiés par Piaget.

La première expérience d’une vie continue, indistincte de sujet et objet, du Moi et du Monde, correspond au trope analogique, la métaphore.
La distinction des objets est la métonymie.
Leur rassemblement en classe et appartenances structure la synecdoque.
Enfin la distance vis à vis de ces opérations reflète l’ironie.

Ainsi les tropes rhétoriques permettent la préfiguration du monde objectal, de l’action et de la réflexion, et ils se fondent dans une première expérience pré-logique de la perception. La conscience est de nature tropologique.

(Au passage, HW critique dans une note la linguistique saussurienne, laquelle crée coupure artificielle entre signifiant et signifié. Le signifié est pour lui inséparable du signifiant.)

Hayden White applique sa théorie (qui elle aussi est une refiguration du réel par le langage) à différents discours historique, mais aussi à celui de Freud, dont il montre qu’ils restituent à leur corps défendant les quatres figures de la Rhétorique.

HW n’inclut pas les sciences exactes dans son analyse du discours, mais des recherches ultérieures (Voir Danesi, Messages and Meaning) ont ultérieurement montré que même la science la plus dure consiste en grande partie en remétaphorisation du monde. Tout comme la poésie !

L’Ancien Français, plus proche de la sacralité du Verbe (?), utilisait d’ailleurs pour "dire" le verbe : "deviser", qui n’est autre que diviser. C’est-à-dire séparer, distinguer, discerner. Ce en quoi nos ancêtres exprimaient peut-être que c’est bien le langage qui crée le monde, et qu’il n’en est pas un système dénotatif transparent, comme le voulut voir le rationalisme des Lumières.

Pour finir, quelques extraits assez frappants de cette introduction à la vie tropologique :

"Piaget is only the latest in a long line of researchers, empirical and idealistic, who have rediscovered or reinvented the fourfold schema of tropes as a model of the modes of mental association characteristic of human consciousness whether considered as a structure or a process. Freud too may be listed among these reinventors or rediscoverers of the tropological structure of consciousness, as the famous Chapter VI, "The Dreamwork," in The Interpretation of Dreams, amply shows. In this work, Freud provides the basis for belief in the operation of tropological schemata of figuration on the level of the Unconscious; and his
work may be taken as complementary to that of Piaget, whose primary concern was to analyze the process by which conscious and self-conscious troping is achieved."

"it is not a matter of choosing between objectivity and distortion, but rather between different strategies for constituting "reality" in thought so as to deal with it in different ways, each of which has its own ethical implications."

"There is a sense in which no metaphor is completely erroneous" (belle formule, qui peut-être enclot toute sa démarche)

 

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Le gai bégaiement

Avant que je ne me livre à certaine expérience sonore (c’était sur le flanc d’une écurie de chevaux blancs, et dans le mitan d’un soleil purulent de moustiques), je ne m’étais jamais attardé sur le mot "bégaiement".  Il me hante depuis, au titre de la richesse de son éventail sémantique : bée, gai, ment… Et gaiement… Et beg… Une tripotée, une quadripotée même, de mots qui se renient et se tirent la bourre… Et l’imprégnation de gaieté là-dessus, pour démentir tout le calvaire — qu’on imagine —, du bègue… Le bègue, celui qui beg, vous savez, au bas de votre immeuble ! Celui qui vous quémande le sens : il croit que vous le commandez, vous, le sens !

Et puis vous jonglez si facilement, si aveuglément, avec le temps : votre langage comme une présomption de l’esprit, disait le poète, s’établit sur les trois saisons de l’être. Mais le bègue, lui, le bègue ni le beggar ni le poète (enfin les autres poètes) ne peuvent s’expliquer que les mots, les mots ! les mots ! se conservent identiques, alors que l’être, déjà, n’est plus ! N’est plus que le flux enfui, et que les mots soudain sont vains ! Et ce n’est encore là que l’une des myriapodes de raisons qui font que le langage achoppe, que le langage ne peut dire !

C’est lui qui a raison le bègue, c’est lui qui est devant le mur infranchissable de la vérité.

Enfin dans le bégaiement, subi ou librement emprunté, je ne puis m’empêcher de penser qu’il entre une pure fascination pour la répétition : que le bégaiement c’est le hoquet et le sanglot de la pulsion de mort. Le bègue se rend compte qu’il tire la mort dans le chariot du langage, qu’il s’évertue en vain à vouloir s’échapper sur le chemin de sa langue, mais que pas plus il ne s’échappera, que l’Achille qui bégaie sa fuite inutile devant la tortue.

Alors béez, les gais beggars. Trinch est le gai savoir, il est monosyllabe. Trinch ! TRINCH !

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Freidrich Schlegel, Lucinde : les "hommes mauvais qui veulent soustraire le sommeil de la vie"

"Avec une extrême irritation, je pensai alors aux hommes mauvais qui veulent soustraire le sommeil de la vie. Ils n’ont vraisemblablement jamais dormi ni jamais vécu. Pourquoi donc les dieux sont-ils des dieux, si ce n’est parce qu’ils ne font rien consciemment et à dessein, parce qu’ils s’entendent à cela et y sont maîtres? Et comme les poètes, les sages et les saints s’efforcent de devenir là-aussi semblables aux dieux !"

 

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L’Écrivain Shaman III — Le LECTEUR Shaman

"Le Rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l’image de la mort ; un engourdissement nébuleux saisit notre pensée, et nous ne pouvons déterminer l’instant précis où le moi, sous une autre forme, continue l’oeuvre de l’existence. C’est un souterrain vague qui s’éclaire peu à peu, et où se dégagent de l’ombre et de la nuit les pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes."
Gérard de Nerval, Aurélia

Citation souverainement belle de Gérard. Mais l’inspiration est une vieille lune. Aux derniers arrivés au lieu du carrefour, le topos de la vaticination git dans la poussière, trivial depuis cinquante ou soixante ans. On ne le ressuscitera sans doute pas : close, la bouche d’ombre, profératrice de colombes… L’inspiration vécue comme une révélation convenait à des époques et des créateurs farcis de transcendance.
Le vieil Hermès usé a certes cligné quelquefois encore de l’oeil (malice de vieux trickster, après l’émasculation décrêtée par les papes): Perse, Anabase : "J’aviverai du sel les bouches mortes du désir". 1920. Il faut par la suite accorder tout son prix à l’adjectif que les surréalistes accolèrent au mot si ancien d’écriture — "automatique". Automatique comme les automates de Vaucanson, comme la machine de Türing, leur contemporaine. Le langage autonomisé, livré à ses propres règles ? Dans la lignée des surréalistes, et peut-être d’Antonin Artaud, la source oraculaire de l’inspiration a trouvé à se loger dans une fascination pour la folie, restaurée à ses fonctions sacrées archaïques. J’y ai cru aussi, lorsque j’embrassais Vérité, et qu’elle s’inventait une enfance passée à compter des os en Louisiane, ou bien comparait mon torse à une corbeille de cerises, ou bien qu’elle me réduisait en insecte — fascination pour sa parole fluviale et débordée, accidentée, imprévue, inouïe. Mais Vérité n’a pu enflammer qu’un carnet de poèmes géniaux avant de s’éteindre, et je défie quiconque de me dire sans mentir que le Journal de Nijinsky n’est pas un tissu d’ennui — schizophrénie n’est pas poésie.
Toutes ces précautions pour que l’on ne me croit pas trop naïf, mais je me garderais de conclure — "que savons-nous du songe, notre aînesse?".

Dans mes entretiens précédents avec moi-même et avec quelques autres, j’ai déjà dit  ma vieille accointance pour les états de dépersonnalisation et de décollement de soi — nuits de danse, nuits de feu. Puis l’expérience de l’écriture de Plantation Massa-Lanmaux, et avec ces cérémonies vaudous et sadiennes que je devais décrire, la découverte de la nécessité d’un autre état de conscience comme condition d’une écriture, en quelque sorte, au-delà de moi-même. Depuis, les années antillaises se sont closes comme la porte d’une certaine maison aimée, dans les bois de Vieux-Habitants (ultime apothéose de mangrove et d’écume, découpées par le virement de l’aile et serties de givre dans le hublot), pourtant le motif de la transe, élargi au shamanisme, contre toute attente a continué à aimenter mes réflexions, pour plusieurs raisons qui me paraissent inhérentes à l’écriture. (Il se trouvait aussi que le nouveau pays d’accueil, le Canada, terre de shamanisme nordique, était aussi propice à la continuité de cet intérêt que les antilles vaudoues.)

Vous, comment écrivez-vous ?
Car un autre s’aiguisera peut-être à d’autres aigues-vives mais, en ce qui me concerne, l’inspiration (je parle de l’inspiration vécue,  subjective, pour le reste libre au lecteur de juger) s’avance sur deux côtés, avec la démarche insinueuse du crabe  (cette image me provient d’un réveil en sursaut, une nuit en Guadeloupe, un crabe sur la tête).

D’un côté, il y a le besoin de laisser parler le langage, de le laisser étaler sa superbe et aussi sa rouerie, en roue libre, si je puis dire. Conflagration des mots, crissement des sphères entrechoquées, désaxées. Des associations surgissent, et des archipels volcaniques de sons et de sens, qu’une activité souterraine relie, laquelle n’appartient pas au domaine de l’activité ou du besoin. Il y a des logiques spontanées à l’enchaînement des mots arrimés à leurs champs d’inscription, à leur tout venant, à leur habitus, leurs locutions et leurs affinités — sans parler de certaines de leurs constellations qui vous ont jadis sidéré, et se sont figées, parfois en tiares étincellantes, et parfois en pieuvres glaireuses. Mais bien sûr il ne faut pas exagérer, il y a aussi la logique extrinsèque que vous voulez leur imposer aux mots, votre propre harnachement dont il faut les couvrir, la livrée que vous leur avez dessinée, à ces valets rétifs, avant que de les avoir vraiment mesurés. Ainsi le double attelage du langage, comme celui de l’âme chez Platon, tourne autour de la signifiance en cercles malaisés, à la fois excentriques et concentriques, sur le fil du rasoir : un peu trop concentriques et c’est l’orbe refermée sur elle même, plate aveugle univoque (sans que puissent s’ouvrir, du langage, les yeux et les ouïes) ; un peu trop excentriques les cercles, et les étoiles alors de se faire étrangères, dissolues — l’on s’est perdu dans les espaces, ainsi que le disait Rousseau de Madame de Warens.

D’un autre côté, et lorsqu’il plaît au crabe désultoire de l’inspiration de s’y aventurer, d’un autre côté comme Gérard je hante et j’adore le trouble et beau pays des songes.
Ce n’est plus le domaine du langage, mais celui des images, des presciences informulées. La méditation, avec ses longues stations d’éclaireur sur les seuils de la conscience, n’a pas peu contribué à disposer ma pensée à être l’écran que viennent lécher les grandes ombres sans noms jaillies du pays germinal. Parfois je reste immobile sur mon faldestoed de méditant(-tricheur), et comme à Trapani l’arrivée par la mer des vierges syncrétiques, les caboteurs du rêve viennent me présenter les Visions (il est difficile de les rapporter intactes, cela est bien connu). Parfois ma passivité n’est pas rétribuée, et ce sont les lévriers de la conscience qui doivent étendre démesurément leur course à l’arrière d’un horizon obvie, et me laissent sans voix, jusqu’à leur retour avecques, dans leur gueules, les fragments d’ailes écarlates d’oiseaux que je ne connaîtrai jamais.
Et parfois les phénomènes sont purement intérieurs, sans que s’ouvre un autre espace, tout en synesthésies : sensation d’un corps différent, jeux de muscles, appartenance à d’autres espèces : le ploiement, par exemple, d’une grande nageoire caudale, qui serait presque tout mon corps, à la brisure d’une surface liquide — défilement des anneaux de l’onde glacée…

Que dire, maintenant, de nos jours, de la réalité des états rencontrés — au delà de la vieille doctrine de l’inspiration ? Une vulgate contemporaine un peu imprécise prétend en attester de la connexion de tout et tous, et ma foi pourquoi pas. Il est vrai que se sont parfois surimposées à ma conscience, dans des états d’immense fatigue, des tranches de vie et de pensée de gens très éloignés de moi, géographiquement et humainement, ce qui était très impressionnant. Un anthropologue comme Bertrand Hell voit dans le shamanisme la source d’un nouveau modèle anthropologique.
Contradictoirement, je ne doute pas des immenses ressources hallucinatoires de l’esprit humain, et même de la banalité de l’hallucination mêlée à nos vies.

Quoi qu’il en soit et en mettant de côté les éternels débats entre réalistes et nominalistes, il me paraît évident que, fonctionnellement, l’écrivain se doit d’être chamane. Car il est après tout celui qui doit comprendre, faire vivre et animer avec empathie toute une galerie de personnages, ou au moins d’instances narratives, de projections de consciences, grandes et petites. (À cet égard, je trouve au milieu du roman The Road Home, par Jim Harrison, une très belle mise-en-abîme du rôle de l’écrivain, dans les projections de conscience du shamane spontané Nelse vers les corps de différents animaux passant alentour). Et non seulement l’écrivain doit être chamane, mais il doit aussi permettre au lecteur de se faire shamane, il doit pouvoir lui offrir ce processus de transhumance, de dépersonnification. De même que, dans les rituels, les possédés à leur tour entreprennent les voyages et les incarnations de la conscience, les chevauchées par les esprits, après la préparation et les excursions spirites du shamane. Nous jouissons tous de sortir, peu ou prou, de nous même, nous souhaitons tous cet Ensorcellement du monde, pour citer Boris Cyrulnik. On peut exulter, comme je l’ai déjà évoqué, d’un dépaysement du langage et des mots, à travers les mots de l’écrivain. Mais aussi, et sans doute plus communément, de la catharsis permise par la projection dans d’autres vies, d’autres expériences, qui sont celles des personnages et des narrateurs. Avec la catharsis — Aristote — on n’est plus très loin de Socrate-le-Chamane, et la boucle est bouclée. C’est la belle collaboration entre l’écrivain-chamane et le lecteur-chamane qui leur permet à tous deux les plus belles échappées hors de la finitude d’un seul vivre humain.

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L’ÉCRIVAIN SHAMAN (?) II / III

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"sa façon d’appeler l’inexplicable donne la survie à ce cristal spirite : l’art"
René Char, En Vue de Georges Braque

Il y a deux semaines, une émission de France Culture m’avait lancé sur les pistes de l’inspiration shamanique, et j’avais expliqué que la cohérence interne à mon projet d’écriture, ce projet devenu Plantation Massa-Lanmaux m’avait conduit à étudier le vaudou —mais le vaudou des livres de voyage et d’anthropologie, qu’ensuite je produisais en cérémonies, dans mon théâtre intérieur, pour les projeter sur la page.

Toutefois, comme je le disais dans ce précédent billet, dès le début de la rédaction du roman il m’apparut que je ne saurais manier froidement l’objet littéraire, ni l’objet anthropologique, et que, par un curieux effet de miroir, ou de contre-influence, décrire les transports et déports du vaudou nécessiterait une mise en condition qui s’apparentait à une entrée en transe. Il en allait d’ailleurs de même pour les orgies et cérémonies sadiennes, et l’atroce (je la trouve sincèrement atroce, et n’ai jamais pu la relire, mais le lecteur n’est pas obligé de partager ma sensiblerie) scène d’extreme fighting du chapitre 5. Écrire Plantation Massa-Lanmaux, d’une certaine manière, était au-dessus de mes forces habituelles. Dans les deux années qui ont suivi, années passés dans deux cottages au milieu des bois de la péninsule de Harpswell, Maine, USA, chaque séance d’écriture commençait par un combat avec la matière initialement inerte des mots et des affects : un combat propitiatoire de décontenancement de moi-même, ou encore, comme je l’ai déjà dit ailleurs, de descellement (décèlement ? déseulement ?) du langage.
Je ne prétends pas en cela me distinguer, et comme par hasard les écrivains contemporains que j’admire le plus — Pierre Michon, Pierre Guyotat —, lorsqu’ils parlent de leur écriture, évoquent la nécessité d’états seconds, induits par érotisation pour l’un et reçus — semble-t-il un peu aléatoirement — comme une grâce, pour l’autre ; le performeur français Jean-Louis Costes, dans une interview, explique s’être privé de nourriture et de sommeil pendant plusieurs jours, avant de commencer à rédiger son roman Grand-Père, de même que Yannick Haenel s’est abandonné à une sorte de flux langagier extatique pour écrire Cercle (je ne suis pas dans le secret des dieux, excepté celui des muses de temps en temps, aussi je me fie à ce qu’en ont dit les auteurs eux-mêmes dans leurs entretiens). Du côté des classiques anciens ou modernes, on connaît le goût d’Hemingway ou Kessel pour les alcools tonitruants, et je crois que Martinet — l’auteur de Jérôme, l’un des plus grands livres français du vingtième-siècle — ne lésinait pas sur la bière. Je rangerais parmi les démarches du même désordre l’addiction caféinique de Balzac ("Balzac, troué de café", comme le décrit Michon), et bien sûr comment ne pas penser à Antonin Artaud, dont le cerveau lui pourvoyait les distillats poétiques en telle quantité qu’on se demande ce que le peyotl pût lui donner en plus…  "Enivrez-vous", disait Baudelaire, et les surréalistes lors de leurs séances d’écriture automatique, avec la haute infatuation d’accomplir une révolution, de ne faire peut-être rien d’autre que de tisonner le vieux furor poeticus — furor poeticus qui est aussi la clé de l’oeuvre de René Char, selon Paul Veyne… Tout cela pour rester dans le domaine francophone, sans même parler des écrivains américains de la Beat Generation et d’après, courtisans de la muse chimique, ni des visions du narrateur des Cahiers de Rilke, ni de la fièvre créatrice qui saisit celui, affamé, du roman de Knut Hamsun… Bref, pour un Flaubert disqualifiant les "bals masqués de l’imagination, d’où l’on revient avec la mort au coeur, épuisé, ennuyé…" (Lettre à Louise Colet, 27 février 1853), combien de Gide, de Bataille… ravis dans l’extase de l’écriture ? (Ou pour l’écriture ? Ou par l’écriture ? Il s’agit d’une autre discussion qu’on se gardera d’ouvrir dans celle-ci.) Ce néo-platonisme est réactivé à chaque génération ou presque (à l’exception de celle des Lumières ? autre tiroir que l’on évitera d’ouvrir ici), réactivé peut-être par Platon lui-même, dans son admiration pour le shamane Socrate… Et comment concevoir le poème de Parménide sans une épiphanie extatique de l’Être ? Plus anciennement encore, à l’exorde de notre culture, les premiers textes, ceux d’Homère, d’Hésiode, ne peuvent manquer de s’ouvrir par un appel aux muses… En faisant la part de la variabilité culturelle, et aussi du fait invérifiable mais hautement probable que chaque génération ait traduit en mots semblables des expériences en fait socialement construites, et donc contextuellement empreintes, et donc différentes — il n’en reste pas moins que  le thème de l’inspiration reçue ou prise d’au dehors de soi insuffle vingt sept siècles d’histoire littéraire occidentale.

Quant à moi, rencontrant donc au seuil de ma tentative romanesque le besoin de casser les cadres normals de ma pensée et de ma personnalité, je retraçais aussi des chemins déjà frayés, bien que d’ancienneté plus modeste : vingt ans plus tôt en effet, mes dix-sept ans s’étaient passés à attendre le renouvellement d’une poignée d’expériences extatiques induites par un mécanisme dont évidemment je n’ai pas la formule, mais où entraient manque de sommeil, souffrance psychique, et abus de médicaments. (Je ne veux pas entrer ici dans un détail qui dévoierait mon propos, mais  pour qui serait intéressé j’ai rassemblé quelques notes à ce sujet sur cette page (cliquer)). Ces expériences ne se répétèrent jamais, aussi je me lassais d’attendre et je m’occupais de vivre. Au fil des années je perdais le contact avec l’autre état (à moins que des remarques occasionnelles que l’on me faisait sur mes "excés d’énergie" ne témoignassent de traces résiduelles — un halo de mana ? — dont je ne me rendais pas compte), jusqu’à un soir de carnaval à Basse-Terre en Guadeloupe, où fatigué de n’imposer à mon corps dans les cours de danse classique qu’un mouvement extérieur, et encouragé par le professeur Piotr Nardelli, je me mêlais aux groupes qui suivaient en rythme les chars de carnaval : ejecté d’un coup d’épaule par un que ma couleur trop pâle indisposait, la cheville foulée, je cabriolais  toute la nuit, et effectuais les sauts et les tours auxquels je n’arrivais pas à pousser mon corps par un effort de volonté réfléchie, durant les classes : révélation qu’il est possible d’accéder à une autre source d’énérgie que celle qui nous anime d’ordinaire. Avant de bousculer la langue, c’est dans la danse (cliquer) que j’éprouvais à nouveau, et j’éprouve encore régulièrement, une libération de la fatigante condition humaine. (La dernière fois que je passais la nuit dans un "club", où se jouait de la musique africaine, je remarquais d’ailleurs la similitude entre les "lewoz" guadeloupéens et les us implicites du dance floor : que l’une ou l’un — ce pouvait être moi ! —, pris par le rythme, se lance dans des mouvements plus amples et plus passionnés, et les autres danceurs d’apaiser leur propre tumulte et de lui laisser, non seulement l’amplitude nécessaire, mais aussi la singularité… Pas plus d’une transe à la fois ! Comme, dans le lewoz, celle ou celui qui était dans le cercle face au tambouyé, cède tacitement la place au nouvel entrant.)

Enfin vint Plantation Massa-Lanmaux, et la fin de cet article s’éloignant à mesure que je crois m’en rapprocher, comme l’horizon pour le marcheur, je dirai une prochaine fois ce que c’est pour moi que d’entrer dans le  furor poeticus.

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