Archives de Catégorie: Grains de sable isolés

La littérature a-t-elle jamais changé le monde ?

Anselm KieferIl me venait aujourd’hui la pensée réfrigérante que les livres qui m’ont le plus marqué n’étaient pas des romans, mais des livres de philosophie — ou de psychanalyse, d’anthropologie… Héraclite, Parménide, Platon, Aristote, à l’époque moderne Descartes, Kant, Hegel, Schopenhauer, pour ne pas parler de Marx ou d’Adam Smith, de Nietzsche — tous ont exercé sur le monde et l’histoire du monde une influence, une façon… Que ce soit en politique, en esthétique, en morale… Des partis se sont créés, des hommes ont relevé les yeux de leurs livres avec la conviction que des oeillères leur étaient tombés ; des essors nouveaux, des découvertes scientifiques ont été rendus possibles par des purifications de l’entendement, des exigences de rationnalité ; des constitutions ont été modifiées, des lois créées ; de nouvelles attitudes morales entreprises…

Mais quid des littérateurs, de nous autres fictionneurs de clochettes ? Aucun roman, quelqu’un, dont il vous semble qu’il ait modifié votre vie, d’autres vies ?

J’ai été dans une grande perplexité. Et je crois que la question est bonne. (Il faut dire qu’à ce moment là, pour des raisons qu’il n’est pas nécessaire de donner ici, je gisais à terre, la tête contre ma bibliothèque de philosophie, ce qui a sans doute suscité cette interrogation…) J’ai donc commencé à vouloir y répondre, de biais : d’abord, les poètes ! RIEN, rien de ce que je puis lire n’est le même depuis mon imprégnation de Paul Celan. Beaucoup de choses que je ne puis PLUS lire, tout simplement. Et le lyrisme. Bon. Mais les fictions, aussi : Homère… Flaubert… Les plus grands des grands, alors ! Proust : pour une modification irrémédiable de la sensibilité… Giono, Céline… Giono est désespéré, parce que son horizon est celui du langage : c’est peut-être cela Giono, la sagesse tragique de l’apiculteur, dans sa vallée de mots ? Le bourdonnement l’éjouit, il sait qu’il ne passera jamais le col, là-bas…

Bref, quelques éléments de réponse… La philosophie serait inégalable dans son aptitude à nous retailler d’un bloc l’entièreté de l’expérience du réel et des hommes, en cela elle agit dans le discours de l’histoire… Idem pour la poésie, en synthétique et parfois fulgurant. La littérature, par contre, elle nous broderait la phrase de l’expérience humaine. Même et surtout lorsqu’elle atteint à l’exemplum, au mythe, qui est comme une parcelle du big bang tombée en chacun de nous, une poussière d’étoile que nous chérissons et pouvons pleurer secrètement…
Mais quand est-ce que l’on en a créé un, dernièrement, de mythe ?

Encore y a-t-il un autre chemin, celui de l’arrimer, la philosophie, à la littérature. Après tout, qui sait quels actants sont réveillés en nous, agités dans les entrelacs de la logique…

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Mais à qui sont ces sentiments dont mon coeur est lardé !?

Tourments d'amour

Il faudra aller à la fin de l’article pour comprendre ce que que font ici ces tartelettes…

IL EN EST QUI CROIENT SOUFFRIR d’amour… Ô dicibles délices ! Ô maux si-z-idiosyncrazyques ! Ô parce que c’était émoi ! Parce que c’était étroit !
Ils ne veulent pas savoir, les roués naïfs, que les laisses de leurs affres ont été tendues et écrites depuis plus de dix ou vingt ou trente siècles, qu’ils ne font que bégayer des stances tôt prescrites, à la manière des touches couinantes d’une vieille machine à écrire… On lira, pour s’en convaincre, ces — néanmoins — belles descriptions des tourments de l’amour, par Guillaume de Lorris, dans le Roman de la Rose, au XIIIème siècle. Elles ne sont pas sans provoquer quelques échos, au long des corridors des siècles, avec les sonnets d’une Louise Labé…  Louise Labé que d’ailleurs Mireille Huchon soupçonne d’être une "créature de papier"… Mais lequel d’entre nous peut en dire autrement ?

Roman de la Rose, Guillaume de Lorris

C’est la bataille, c’est l’ardure,                              C’est la bataille, le tourment,
C’est li contens qui tous jors dure.              C’est le combat qui toujours dure,
Amans n’aura jà ce qu’il quiert      L’amant n’aura jamais ce qu’il demande;
Tous jors li faut, jà en pez n’iert;     Toujours le manque, jamais la paix,
Jà fin ne prendra ceste guerre                  Jamais ne prendra fin cette guerre
Tant cum l’en veille la pez querre.              Tant qu’il en espèrera la paix.
Quant ce vendra qu’il sera nuis,                         Et puis quand il sera nuit ,
Lors auras plus de mil anuis:                Lors il souffrira plus de mille maux ;
Tu te coucheras en ton lit                            En vain te coucheras sur ton lit
Où tu auras poi de délit;                             Où tu auras peu de répit;
Car quant tu cuideras dormir,                       Car quand tu croiras dormir,
Tu commenceras à fremir,                            Vite à frémir tu recommenceras,
A tresaillir, à demener,                               A tressaillir, te démener,
Sor costé t’estovra torner,                               Sur un côté te retourner,
Une heure envers, autre eure adens,                Une heure pile, une autre face,
Cum fait hons qui a mal as dens.         Comme un homme que dent tracasse.
Lors te vendra en remembrance                   Alors viendra dans ton souvenir
Et la façon et la semblance                         Et la manière, et l’apparence
A cui nule ne s’apareille.                            Qui n’a jamais eu sa pareille,
Si te dirai fiere merveille:             Je vais te dire quelque chose d’incroyable :
Tex fois sera qu’il t’iert avis                         Tantôt tu croiras embrasser
Que tu tendras cele au cler vis                        Ta belle amante au clair visage
Entre tes bras tretoute nue,                               Entre tes bras tretoute nue,
Ausinc cum s’el ert devenue                                  Pensant qu’elle soit devenue
Du tout t’amie et ta compaigne;                   Pour de bon ta mie et compagne.
Lors feras chatiaus en Espaigne        Lors tu bâtiras des châteaux Espagne,
Dans ce songe doux et plaisant.           Perdu dans ce songe doux et plaisant,
Et auras joie de noient,                                     Et de rien tu te feras joie,
Tant cum tu iras foloiant                               En t’en allant folâtrer
En la pensée delitable                                     Dans une pensée délicieuse
Où il n’a fors mençonges et fable;        Qui n’est que mensonge et que fable.
Mès poi i porras demorer.                               Mais tôt s’évanouit ce leurre.
Lors commenceras à plorer,                          Alors recommenceras à pleurer,
Et diras: Diex! ai-ge songié?                    Et diras «Dieu, ai-je rêvé ?
Qu’est-ice, où estoie-gié?                                Où étais-je? Qu’est-ce que j’ai ?
Ceste pensée, dont me vint?                         D’où donc me vint cette pensée ?

(Les tourments d’amour, en tout cas, il y a belle lurette que les antillais, instruits par une sagesse pratique qui leur vient de la déportation et de la survie dans l’esclavage, en ont fait des gâteaux. De délicieux gâteaux, que de vieilles dames rabougries, qui semblent tombées d’un soleil de madras et de dents gâtées sur les roseaux de cannes à sucre, vous vendent à l’embarcadère de Terre-de-Haut des Saintes… C’est qu’on avait peu d’appétence aux souffrances morales, quand on coupait la canne à coups de fouets sur les épaules ; ils savent, ces sages pâtissiers, que le monde n’est pas de la tarte — mais qu’il est une île, même pas fourrée au coco.)

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Maryline Baumard dans Le Monde : toujours du côté du manche

Poisson enveloppé dans un article de Maryline Baumard

Poisson enveloppé dans un article du "service éducation" du journal Le Monde

Il y a un "service éducation", au journal le Monde. N’en attendons, Chers Lecteurs de La Bibliothèque des Sables (et éventuellement du Monde), aucune lumière, aucune analyse sur l’éducation, ses fonctionnements, ses enjeux.
Ce service est piloté par une Madame Marilyne Baumard. Je dis "piloté" parce que, au vu et au lu de son activité, son unique fonction, qui mobilise manifestement toutes ses capacités d’analyse (ce pourquoi vous ne pouvez en attendre, chers lecteurs, aucune lumière sur l’éducation) est de repérer quel est le côté du manche, et de s’y diriger bravement, sans se laisser détourner de sa mission par les accusations de démagogie à elle adressées par de petits esprits étriqués.
Thuriféraire naguère de Nicolas Sarkozy et de sa "vision" pour l’éducation (vision qui consista, on le rappelle,  à supprimer des postes d’enseignants par dizaines de milliers, fermer des classes, voir s’effondrer le niveau des élèves tel que mesuré dans les enquêtes internationales, et augmenter l’illétrisme — sur tout cela n’attendez aucun mea culpa de Maryline Baumard, aucune réflexion ni regard en arrière, elle a autre chose à faire), elle s’était un peu tue depuis quelques mois, alors que le manche branlait, et qu’elle pouvait s’inquiéter de savoir de quelle côté se ferait la cognée.
Mais cette prophétesse du sarkozysme a vite retrouvé ses repères — c’est après tout pour trouver ce cap que Le Monde la paye — et se retrouve dans son élément : une grève des profs !
Ah ! Là vous pouvez l’entendre à nouveau ! L’entendre sur les raisons de la grève ? Des interviews des principaux intéressés ? Un retour en arrière sur les causes, les raisons ? Que non ! On n’est pas dans un journal d’investigation ou de réflexion, on est au Monde bordel, pas au Guardian ou au New York Times ! Au lieu d’enquêter et de réflechir, il est bien plus facile de  torcher un éditorial pour taper sur ces profs grévistes, fainéants, "étriqués", "corporatistes", puis de trouver un titre poujadiste et le mettre en première page.
Toutes ces insultes, pour qualifier des profs qui… que… quoi…? On n’en sait rien, on n’apprendra rien, au sujet de cette bande de fainéants étriqués et corporatistes. Il semblerait que ce soit en rapport avec le retour à la semaine de 4 jours 1/2 dans le primaire. Mais ce n’est pas l’affaire de Maryline Baumard de s’adresser à nos neurones. D’ailleurs, elle se scandalise maintenant que les profs refusent de revenir à 4 jours 1/2, mais l’avait-on entendue, à l’époque, se scandaliser que Sarkozy et Darcos la réduisissent, cette semaine de classe, à 4 jours ? Eh non, rien du tout ! ça ne la choquait pas, à l’époque, ce n’était pas si important !
Bravo Maryline, toujours du côté du manche ! Chapeau l’artiste ! Maryline Baumard, grande dame de la girouette ! C’est là son talent, son avantage comparatif !
Ah ce n’est pas d’elle que l’on apprendra que les profs français sont les moins bien payés de l’OCDE, qu’on ne peut plus vivre correctement à Paris en exerçant cette profession, ce qui peut-être jetterait quelque lumière sur cette grève ! Pas d’elle qu’on saura que les classes françaises sont parmi les plus chargées d’Europe ! Que les profs sont confrontés à des demandes toujours plus variées de leur hiérarchie, à une évaluationnite aigüe, à un sentiment dramatique de faire face à des situations impossibles !  (Ni qu’on entendra parler des enquêtes internationales montrant que le salaire des enseignants est le facteur le plus important pour la réussite des élèves !)
L’article a semble-t-il fait l’objet de nombreuses critiques, que prend en charge un médiateur, un certain Pascal Galinier, ancien ingénieur automobile. Las… il est vite clair que l’intéressé entend par ce terme, non pas quelqu’un qui se place au juste milieu, mais un chargé de la promotion des media : un médiator, quoi ! Si l’article prétend en effet d’abord donner voix aux lecteurs outragés ou critiques, on en arrive vite en effet au soutien sans faille, et à l’assentiment affiché, c’est le TRIOMPHE DU CORPORATISME JOURNALISTIQUE.
Je finirais en parlant comme Maryline Baumard : Les performances médiocres de la presse française, attestées par toutes les comparaisons internationales, devraient plutôt inciter tous ses acteurs à se mobiliser, avant tout, dans l’intérêt de l’information.

(Tiens, je ne signe pas moi non plus. Comme ça on saura que l’intégralité de la rédaction de La Bibliothèque des Sables, c’est à dire moi, partage mon point de vue.)

ps : comment allons-nous faire ? Depuis quelques années Le Monde pouvait servir à envelopper le poisson, mais le papier est de plus en plus léger et il sent de plus en plus mauvais…


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Circularités

"…rien ne peut mûrir à la réalité, qui n’ait eu ses racines dans le souvenir, rien n’est saisissable à l’homme, qui n’ait été mis en lui dès son début, et sur quoi les visions de sa jeunesse n’aient étendu leur ombre. Car l’âme en est toujours à son début, sa grandeur est toujours celle de son premier éveil, et sa fin même a pour elle la dignité du commencement ;"

Hermann Broch, La Mort de Virgile

Une belle citation d’un romancier empreint de Husserl il me semble (les philosophes sauront le dire mieux que moi)… J’y ai vu comme un commentaire, ou une parabole, de la psychanalyse, et vérifications faites, non seulement Husserl était contemporain de Freud, mais ils eurent un professeur commun, Brentano ! Quelles étaient les références de Freud en philosophie, son arrière-plan cosmologique en quelque sorte ? J’avais lu que Schopenhauer l’avait beaucoup influencé (tout comme moi, Le Monde Comme Volonté… est l’un des plus grands livres que j’aie lus), mais serait-ce le cas aussi de la phénoménologie du temps de Husserl ?

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Archanes : furent-elles jamais ?

et volvens fatorum arcana movebo… (Énéide, 262 : "et je déroulerai les arcanes des destins")

Le mot arcane est magnifique, Breton ne s’y était pas trompé : l’un des plus beaux mots, parce que l’un des plus mystérieux, de la langue française. Il défend son mystère, d’ailleurs, par l’inquiétant roulement de trois consonnes totalement dissemblables — une constrictive, une occlusive palatale non voisée, une dentale nasale (donc voisée)  — qui hérissent le fond sourd d’une unique voyelle, "a",  terrée au fond du gosier d’où elle ne se montre pas : c’est tout un corps de garde en armes gothiques, qui s’interpose devant quelque chose de très bas et très grave….

Car, "arcane", arcanus en latin, c’est ce qui est caché. Que nul spécialiste ne s’avise de me détromper : arcanus vient de archè+cano, chanter : l’arcane, c’est ce qui a été chanté en premier, le Mystère, le tremblement religieux, ou lyrique, ou orgiaque — selon les goûts de celui qui l’invoque — du premier homme tremblant à l’aube des temps devant l’incongruité de l’existence… Que de mythes pour accompagner ce premier chant ! et de construction hasardeuses, qui prétendent le ressaisir avec des bras poussés hors du terreau fiévreux de la pensée spéculative : c’est l’hébreu que l’on croit primordial, et qui se décomposerait dans tout le  spectre des langues modernes ; c’est la poésie démiurgique qui rebâtit des généalogies, des royautés, des mondes et des théogonies ; c’est le rayonnement initial du big-bang qui crie en chacun des atomes qui nous composent ; c’est le Verbe, quoi…

En vérité, aucun poète, sans doute, jamais n’échappa à la fascination des textes anciens, médiévaux, antiques, bibliques, upanishadesques ou gilgameshiens… Il y va de son rêve du chant et de la voix, primordiaux.
En vérité, arcane devrait s’écrire archane, si l’on respectait un peu les éthymologies.
Alors y verrait-on plus clair, derrière les voiles d’illusions, les écrans de fumée dont s’envolute volontiers l’archane : l’archane finale, fatale, c’est l’arachne embusquée, quelque part, dans la toile d’araignée du langage.
On pressentait bien, aussi, une menace, à vouloir remonter ce fil…

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Le Printemps des Poètes est dans une situation critique


https://www.facebook.com/SauvonsLePrintempsDesPoetes/info

Pour en savoir plus sur les menaces qui pèsent sur le Printemps, lisez donc ceci que l’on a reçu par mèl de l’équipe du Printemps des Poètes et qui fait bouillir…

<< Chers Amis,

Le Printemps des Poètes est dans une situation critique : après 10 années de réductions constantes des moyens alloués à l’association, le ministère de l’éducation nationale nous a annoncé au cours de l’été la coupe imprévue de 40% de la subvention 2012. (60.000 € de moins).Cela entraîne un défaut de trésorerie tel qu’il implique la disparition à brève échéance de la structure, et consécutivement de la manifestation.Le ministère de la culture, qui maintient son soutien, ne peut compenser ce retrait ; la seule solution est pour nous de récupérer auprès du ministère de l’éducation nationale la somme qui manque avant la fin 2012.

Vous pouvez nous aider en écrivant personnellement au Ministre de l’éducation nationale, pour lui dire votre attachement au Printemps des Poètes et témoigner de l’importance de son action auprès des acteurs éducatifs et culturels.

Ce peut être une lettre brève, mais vous comprendrez que plus le ministre recevra rapidement de nombreux courriers l’alertant sur la gravité de la situation et l’inquiétude qu’elle suscite, plus nous aurons de chances d’obtenir gain de cause.

Adressez votre courrier à : Monsieur Vincent Peillon
Ministre de l’éducation nationale
110 rue de Grenelle
75357 Paris SP 07

Merci par avance pour votre soutien, je vous tiendrai bien sûr informés des suites.
Bien amicalement à tous,

Jean-Pierre Siméon, directeur artistique
et l’équipe du Printemps des Poètes :
Maryse Pierson, Céline Hémon, Célia Galice et Emmanuelle Leroyer

ps : Nous préparons néanmoins la manifestation 2013 : "Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent" Victor Hugo

N’hésitez pas à nous contacter pour plus d’informations :
avec@printempsdespoetes.com
01 53 800 800
Le Printemps des Poètes
6 rue du Tage
75013 Paris >>

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Pour affronter la rentrée littéraire : les conseils de Louis-Sébastien Mercier

"…nous avons rassemblé dans une vaste plaine tous les livres que nous avons jugés ou frivoles, ou inutiles ou dangereux. Nous en avons formé une pyramide qui ressemblait en hauteur et en grosseur à une tour énorme : c’était assurément une nouvelle tour de Babel. Nous avons mis le feu à cette masse épouvantable, comme un sacrifice expiatoire offert à la vérité, au bon sens, au vrai goût. Les flammes ont dévoré par torrents les sottises des hommes, tant anciennes que modernes"
Louis Sébastien Mercier, L’an 2440, fiction de 1771

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Écrire sans se soucier du lecteur ? (pour répondre à un ami de Fort-de-France)

À noter qu'il m'a été impossible de trouver une représentation d'homme nu lisant. Des suggestions ?Cher L*E*M*, vous avez écrit vos oeuvres sans vous soucier de qui les lira, nous dites-vous. Cette déclaration vous honore et honore vos oeuvres, mais permettez-moi de ne pouvoir vous suivre sur cette voie. Permettez-moi de ne pas croire cela possible, d’écrire sans se soucier de qui lira. Peut-être, vous, ne vous en êtes pas soucié consciemment, mais l’acte d’écrire s’est soucié pour vous du lecteur, dans tous les choix artistiques que vous avez dû opérer. Et d’abord, le premier d’entre eux : celui de la langue dans laquelle vous écrivez. Vous avez choisi la langue de la tribu, et déjà c’est faire un choix de communication, c’est sélectionner qui peut vous lire. Ensuite les formes. On n’écrit pas sans guide, hors de tout genre, de toute structure établie. Par l’organisation d’un dialogue, par la disposition des mots sur la page, par la syntaxe, vous vous placez dans le format d’un acte de communication possible, vous écrivez sous le regard virtuel d’un récepteur doté de certaines capacités de déchiffrement. Pour échapper à toute forme préétablie, non codifiée dans le cadre de la communication, non inscrite dans le grand catalogue et l’histoire de notre Culture, non frayée par des milliers ou des millions d’écrivants/lisants, échappant à la relation écrivain-lecteur, il faudrait une production aléatoire telle que pourrait la réaliser un ordinateur.
Pour reprendre un concept, si je me souviens bien, proposé par Umberto Eco (ou Hans Jauss, sous le terme d’horizon d’attente), tout acte d’écriture détermine son "lecteur idéal", production du texte… comme vous même, l’écrivain ! Lecteur et écrivain, sont sécrétés par le texte… Ils en sont les premiers personnages, qui ne sauraient manquer.
Avec mes fraternelles amitiés de personnage,

YG
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déjà hier

j’ai à peine connu les arbres j’ai à peine connu les feuilles j’ai à peine connu les livres j’ai à peine connu la vie j’ai à peine connu mon pays j’ai à peine connu les oiseaux les oiseaux j’ai à peine connu j’ai à peine pénien j’ai à peine les oiseaux j’ai à peine connu l’amour j’ai à peine connu l’été j’ai à peine connu ma vie j’ai à peine connu l’amour j’ai à ton cul pleine cornue peine connue j’ai à peine perdue j’ai à pêne connu connu plaine ton con ma mort j’ai à peine connu ma mort j’ai à reître connu commué j’ai à perte connu le ciel j’ai à penne à perne connu l’ami a spmerme gé tu nu
Je sais que tout se vide… Dans un silence catastrophique sous moi dans une lenteur assourdissante entre la terre et l’aile remplit la tache d’encre remplit les interstices des nuages, le ciel file un mauvais coton

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Petite note de lecture : 2666, de Roberto Bolano (et de l’élasticité de l’intrigue en général)

"Oui à la désintriguation du récit, mais alors il faut intriguer le lecteur."

Je me faisais un paradis estival de la lecture, longtemps reportée, du mythique 2666 de Bolano. Je l’aurai finalement abandonné vers la page 200 (sur les 1400 que compte l’édition de poche)… J’accepte d’avance toutes les remontrances, et les exhortations, et les éclairages sur ce qui m’aurait échappé d’essentiel. Néanmoins, avant toute nouvelle tentative d’ascension du massif de 1400 pages par une autre face, je voudrais réfléchir sur la question qu’il pose, de l’extension possible de l’intrigue. Tout écrivain s’est heurté à cette question, qui se noue à celles des genres, de la lecture, de l’horizon d’attente, du fond commun de formes  et d’expectatives qu’auteur et lecteur doivent partager. Quelques modèles sont bien éprouvés et sans surprise dans la culture occidentale, pour le meilleur et pour le pire : celui de la poétique d’aristote (premier critique structuraliste ?) — péripétie ou renversement, dénoûment, pathos — destiné à la tragédie, le carcan des trois unités qu’en a tiré notre clacissisme, le schéma actanciel — sujet, objet, quête, opposants et adjuvants, etc… —, isolé par Greimas (schéma dont use et abuse Hollywood), instauration et distillation d’un secret… Dans toutes ces structurations, le principe reste plus ou moins celui de Vitruve : l’unité dans la diversité. Tenir l’intrigue. L’écueil de mettre en oeuvre de tels modèles (plus ou moins spécifiés aux différents genres de la littérature) est de tomber dans la répétition, ou le manque d’originalité. La modernité littéraire — le flux de conscience avec Dujardin, Woolfe, Joyce, nouveau roman, intrigues latentes de Sebald (que je trouve personnellement très fascinantes) — n’a cessé de provoquer les limites de l’intrigue lisible, de jouer avec elle. Jusqu’au flux d’un esperanto obsessionnel et morbide en même temps que somptueux, chez Guyotat. Mais jusqu’où peut-on aller dans l’absence de repères, dans la rupture de contrat  ? Le lecteur peut s’amuser, se passionner, du défi de signifiance, d’organisation, que lui présente un texte (le mot de "récit" contient trop de présupposés), mais accepterait-il qu’il n’y eût, ultimement, pas de forme reconnaissable ? Prenant de la hauteur, Ricoeur dans Temps et Récit établit même que la mise en intrigue est l’établissement dans le temps d’une organisation, et que ceci est jouer, si l’on veut, avec notre conscience du temps ; à titre d’exemples, Ricoeur considère une série d’oeuvres, historiques (école des Annales…) ou fictionnelles (flux de conscience, Recherche du Temps Perdu…) qui semblent tourner le dos aux organisations traditionnelles du récit, et montre qu’à les considérer dans leur ensemble et dans une rétrospection de la lecture, une relecture au moins virtuelle, elles ne déjouent pas le principe de la mise-en-intrigue.

Pour en revenir à 2666, j’ai abandonné ma lecture au moment où, après que tout se fût déployé assez classiquement sous le principe organisateur de la quête (celle de l’écrivain allemand nobelisable mais disparu Arcimboldi), cette première progression n’aboutit à rien qu’à une impasse, et la compagne d’un personnage jusqu’alors secondaire devient soudainement le centre d’une deuxième focale. Bien sûr, ce coup-de-théâtre narratif pourrait stimuler l’intérêt, et le décontenancement du lecteur reproduire celui des premiers personnages parvenus au bout de leur impasse ; bien sûr bis, ce ne serait pas le premier livre que je lis dans lequel l’établissement du sens est contrecarrée par une facétie narrative de l’auteur. Alors pourquoi mon abandon de cette lecture, alors que je l’ai poursuivie dans les retournements similaires d’autres romans ? La leçon pratique que j’en tire (purement subjective mais sur quoi d’autre se fonder, ultimement, dans la myriade de choix qui se présentent à vous lorsque vous écrivez des livres ?), ma leçon donc est qu’il faut tout-de-même nourrir le lecteur de bonnes choses, pour l’emmener loin. Or je ne trouvais pas d’intérêt à cette nouvelle construction de personnage, à l’exposé méticuleux d’une nouvelle vie imaginaire — ni au bla-bla psychologisant qui le constituait — ni surtout à la langue assez terne dans lequel il s’inscrivait. Ce qui me ramène à mon dada : pour survivre dans ces méandres narratifs, il m’aurait manqué des événements de langage ! À la rigueur, il faudrait que tout phrase comptât et pût être détachée comme une maxime intense. Ce qui est plus facile à dire qu’à faire ! Et même alors, jusqu’où peut suivre le lecteur ainsi appaté par les cailloux blancs du discours ? Jusqu’à l’avortement de toute mise en intrigue ? Jusqu’au vide ? Je me souviens d’un autre échec de lecture, celui des nouvelles de Donald Barthelme, un auteur culte américain. Mais il me reste, de cette impossibilité de la mise-en-intrigue de ma lecture, une frustration… intriguante ! qui me fera y revenir une deuxième fois. Oui à la désintriguation du récit, mais alors il faut intriguer le lecteur.

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