La répétition de l’injonction "brouez !" ("cassez-vous") dans les ballades argotiques de Villon, a activé dans mon esprit quelques phosphorescences et mises-en-relation : serait-ce le même "brouer" que dans "rabrouer", "s’esbrouer"… et "brouet" ?
Il s’avère qu’en effet tout vient du même mot, aux langes du langage : le "brou", bouillon ou écume au XIIIème siècle. Greimas renvoie cet ancêtre à une origine incertaine, peut-être apparentée à "broe", brouillard… Mais le Trésor de La Langue Française exclut cet apparentement, ramenant toute cette famille dans le bercail germanique de "brod", bouillon…
Alors comment le brouillard, la fuite et l’ébrouement peuvent-ils descendre du même ancêtre (gaillard) ? La première dérivation de sens se comprend par le trouble d’un bouillon plus ou moins épais, plus ou moins bouillonnant : de l’écume, on sera passé à la fumée par évaporation… et par froidure d’hiver, dans les chaumières ! D’où le brouillard. Quant à "s’ébrouer", c’est que le mot a d’abord désigné l’écume du cheval… Les coupables comparses de Villon avaient bien intérêt à "brouer", eux, c’est-à-dire à se perdre en brouillards et dans le brouillard, avant l’arrivée d’une maréchaussée peu au fait des droits de la défense.
On s’y gourerait, et ça n’aurait pas d’importance, car tous, tous, "brouet", "brouer", "s’ébrouer", "rabrouer", ce sont tous les filles et les fils de la soupe primordiale. "Gouré", peut-être apparenté à "goret", voulut d’abord dire, au XIIIème siècle, "abusé, trompé" : c’est-à-dire qu’on en a agi comme un porc, à votre égard !
Vingt fois sur le métier, remettez votre langage…
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