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Ouvrir les yeux sur les mirages

L’artiste est aveugle sur son propre travail. Il saurait presque qu’il lui appartient d’inventer les nouvelles formes d’appréhension et de compréhension de la vie et pourtant, ainsi qu’intimidé par cette potentialité trop vaste, il vénère cette vie, COMME SI elle préexistait aux formes que lui ont données ses devanciers (formes accumulées dans les stratifications géologiques des cultures et des civilisations) ! Ainsi l’artiste ne veut pas croire à l’ampleur véritable de ses responsabilités — on ne lui avait pas dit, à l’artiste, qu’il aurait pour ainsi dire à oeuvrer au dessus de soi ! —, et il préfère entretenir le rêve, à jamais inaccompli et à jamais inachevé, de pouvoir puiser de ses mains à une source — réel et vie — qui existerait en dehors de lui, et d’en ramener et d’en présenter les vivants échantillons. Évidemment la source s’avère ténue et élusive, puisqu’elle n’existe pas, et dans sa tentative il agite cette eau, la brouille, et n’y trouve plus au mieux que les fragments de sa propre réflexion… Son échec dit  comme il s’en tenait proche, de cette substance chatoyante… Et pourtant il s’en trouve séparé à jamais, par un voile de l’épaisseur de la constante de Planck…

Le rêve et l’incitation demeurent, et demeureront toujours. À mon tour j’ai voulu payer tribut au mirage du réel, et faire oeuvre avec des matériaux isolées du vécu. Les textes de cette catégorie résulteront de ce piégeage de mirages. À défaut, si une goutte de poésie entre dans mes yeux écarquillés, puisse-t-elle enchanter pour eux quelque petit pan de mur jaune, de ce monde.

 

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Train bridge, Bathurst@Front Street

Étienne Cendrier, ciel nocturne, pastel

1ère version:

Train immobile, église énigmatique, suspendue au rideau noirâtre, confus d’étoiles, de la nuit

Obus opaques des wagons, QUI ?  les passagers de la nuit ? La cloche bat le rythme lancinant des coeurs oppressés,

Que l’on devine

La cloche pulse l’âpreté du vent rapide au long des flancs sans prises

Du train immobile

ET MOI je suis l’oeil rougi qui s’ouvre sur le pont

L’OEIL tout-monde, l’oeil personne,

Qui découvre le train, couve le train, déjoue les sortilèges du bien et du mal, éparpillés en copeaux de lumière sur le mystère hiéroglyphique des rails

Plus loin une trouée ravage le paysage. Les voies ferrées convergent vers le trou noir de l’horizon. Les lasers sifflant dans la brume sont ceux d’un front de gratte-ciels, en marche sur moi dans la nuit,

Comme une église courroucée…

(Y repensant, je doute que ce train eût chargement d’humains, c’était probablement le train lourd de mes pensées, qui passait, ou encore le train emportant — mais vers où ? — les cercueils de plomb  de nos destinées…)

2ème version:

TRAIN immobile dans la nuit, comme une église suspendue, au rideau noirâtre, confus d’ÉTOILES de la nuit,

À la croisée de deux faisceaux  de lumières coupantes, tombés de VERTIGES invisibles

Dans les OBUS noirs de la peur, les coeurs s’emballent-ils, des passagers ÉNIGMATIQUES de la nuit ?

Paupières OPAQUES des wagons ! Une  CLOCHE à toute volée BAT l’immobilité triste des machines, BAT le bourdon des coeurs sans nom, BAT les âpres bourrasques du vent, dans sa chevauchée au long des flancs, sans prises,

Sur le train immobile

PAVOR
NOCTURNUS

Et moi je suis l’OEIL rougi qui s’ouvre sur le pont

L’OEIL tout-monde, l’OEIL personne,

Qui DÉCOUVRE le train, COUVE le train, DÉJOUE les sortilèges du bien et du mal, éparpillés en copeaux de lumière sur le mystère hiéroglyphique des rails

PLUS LOIN une trouée ravage le paysage. Les voies ferrées convergent vers le TROU NOIR de l’horizon. Les lasers sifflant dans la brume sont ceux d’un front de gratte-ciels, en marche sur moi dans la nuit,

Comme une ÉGLISE courroucée…

(Y repensant, je doute que ce train eût chargement d’humains, c’était probablement le train lourd de mes pensées, qui passait, ou encore le train emportant — mais vers où ? — les cercueils de plomb  de nos destinées…)

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