Chap.IV DAF de Sade, Antilles Françaises

…« Je défendrai votre ordre tant qu’il n’aura pas d’autre issue que le désordre, répondit-il au milieu des cris —, tant qu’un autre ordre ne pourra pas lui être substitué ! » Puis il disparut. Donatien fut emporté à son tour dans les méandres et les contorsions de la foule des adeptes, qui réagissait aux rythmes hallucinés des tambours, aux liqueurs spiritueuses que l’on n’épargnait pas, aux prostitutions effrénées qui avaient lieu dans l’ombre.

Nuit. La porte de la sucrerie s’entrouvre en craquant ; la roulaison est suspendue pour quelques jours, aussi l’intérieur est-il remarquablement silencieux. Huit esclaves répartis également entre les deux sexes y sont poussés sans brutalité mais sans ménagement par des mains noires ; quatre blancs, puis deux commandeurs les suivent. Les commandeurs masquent les fenêtres hermétiquement par des panneaux en bois, puis rallument les lampes à graisse suspendues, dont les mèches grésillent et éclairent de feux dispersés et intermittents, parfois les fonds des cuves vides, d’autres fois le groupe des blancs en train de déshabiller les femmes et de les tâter ; tout cela dans le plus profond silence. Lorsque toutes les lampes sont enflammées les commandeurs reviennent au centre de la pièce, porteurs de différents ustensiles de raffinerie : pagalles, balais, écumoires, cuillères, louchets… Après avoir dépouillé les esclaves de leurs vêtements les blancs font de même avec les leurs et une fois nus ils présentent leurs derrières pâles, s’appuyant des mains sur les rebords des cuves pour faire mieux resaillir cette partie de leur anatomie. Les commandeurs distribuent les ustensiles aux esclaves, qui entreprennent d’en fustiger les blancs, ce à quoi les commandeurs eux-mêmes joignent des coups de fouet. Les coups sont retenus, des instructions très strictes ayant été données, néanmoins les fesses, les dos et l’arrière des cuisses des patients se marbrent de rouge ; peu-à-peu, inévitablement, des estafilades apparaissent d’où perlent des filets de sang. Ce traitement porte les quatre blancs au sommet de la fureur et de la lubricité. Posant leurs coudes sur les rebords des quatre premières chaudières, la Grande, la Propre, le Flambeau et la Lessive, ils se mettent en position de pouvoir être fouettés sur le dos par les commandeurs, tandis qu’accroupie entre les jambes de chacun une fille le suce, et derrière lui un esclave mâle l’encule. Il ne faut pas longtemps pour que les quatre blancs déchargent en éructant de ténébreux blasphèmes ; leurs secousses se transmettent à leurs pédiqueurs serviles qui à l’instant leur inondent l’intérieur des intestins de flots de foutre noir. Le temps que les vits rebandent est occupé à fustiger les esclaves, massés en groupe, mais cette fois les coups sont portés avec plus de force que lorsque les rôles étaient inversés, les chairs s’ouvrent de plaies profondes que la nature ne pourra plus jamais effacer, les visages sont tuméfiés ; un blanc ne se contient plus et saisit un bec-de-corbin, il en frappe l’une des femmes dont le sein éclate, il faut que ses compagnons le retiennent pour qu’il ne détruise pas tout le sérail dans sa rage. Déchirés par tous ces outrages les esclaves gémissent, mais la presse de tant de membres nus ne laisse pas d’échauffer leurs sens, et bientôt aux cris de douleur se mêlent des cris de plaisir : certains vits sont entrés dans des cons ou des culs, tandis que des mains se sont saisies d’autres vits ou branlent des vagins ou des anus — il faut que les commandeurs interviennent avec la plus grande violence pour que les blancs ne soient pas frustrés des plaisirs dont ils sont destinataires. L’ordre est ramené, et l’on sort du groupe la femme dont la tête s’était la plus échauffée : il s’agit de celle sur qui le bec-de-corbin a porté, et son sein haché lui pend sur le ventre. On décide de lui donner du vit que son ardeur réclame ; l’un des commandeurs est un colosse sans-pareil, les blancs le déculottent, relâchant un engin de douze pouces de long et huit de circonférence. Devant ces dimensions monstrueuses la femme retrouve tous ses sens, mais rien n’y fait, ses jambes sont ouvertes de force et l’énorme appareil braqué sur son con. Or malgré tous les efforts que l’on fait la disproportion est telle entre l’objet que l’on s’efforce de faire entrer et le récipient, que ce dernier se refuse à toute introduction. Quelqu’un propose alors de tourner la vanne du canal à vesou, de remplir de jus la cinquième cuve, le Sirop, et d’y noyer la garce, pour que ses convulsions lui détendent le vagin. Ce plan est réalisé sur le champ, et pendant que l’un des commandeurs maintient fermement dans la sève la tête de la victime, l’autre à la satisfaction générale peut lui perforer la matrice jusqu’à la garde de son terrible poignard ; les bonds de la femme font décharger au commandeur un foutre presque aussi abondant que le vesou qui emplit la cuve, et le sang et la semence dégorgent en quantités égales de la matrice pleine. À la fin de cette opération la victime est extraite plus morte que vive de son bain, on doit la ranimer avec des sels, et appliquer sur ses blessures des onguents qui les referment. Cependant le vit du commandeur a rallié tous les suffrages et les quatre blancs, égarés par la lubricité, veulent à leur tour sentir ce membre énorme leur déchirer les entrailles — ce à quoi son propriétaire se prête bien volontiers, leur faisant cracher chacun à son tour des jurons de douleur par la bouche, du foutre de plaisir par le vit, et du sang en quantité par le cul ; l’un des hommes exige que ce supplice lui soit infligé dans la cuve où on a plongé la tête de la femme, et se met volontairement en la même situation, restant au jus pendant toute l’opération, pour mieux ressentir ce qu’avait éprouvé l’esclave.

Après tout cela, chacun se sent porté aux pires extrémités, et on se retourne vers le troupeau tremblant des esclaves. Les femmes sont placées le dos au sol, et les quatre blancs les y enconnent, tout en se faisant embrocher par derrière par les hommes couchés sur eux. Les deux commandeurs appliquent sur ces trios, que n’aurait pas récusés le Conte de Sandwich, des coups de fouets dont chacun pourrait couper un homme en deux, mais que les blancs ne sentent pas, car l’homme qu’ils ont dans le dos et la femme qui est sur leur ventre en reçoivent toute la force ; en tendant d’échapper aux lacérations les esclaves roulent en tous sens sur le sol et tressautent à qui mieux mieux, ce qui arrache des hurlements de jouissance aux blancs, qui en même temps peuvent sentir, et le resserrement des vagins dans lesquels leurs vits sont enfoncés, et le glissements dans leurs intestins des vits noirs qui les pénètrent.

Quand tout le monde a déchargé et est couvert de sang, et que l’on a convenu qu’il s’agit bien là de la plus délicieuse manière de foutre, il faut en finir parce que le jour va bientôt se lever, et ramener les sucriers dans le bâtiment. Tous les esclaves sont alors entassés ensemble, et les coups qui pleuvent sur eux, portés avec les pagalles, les écumoires, les cuillères, les louchets, même les becs-de-corbin et les cuves à passer, ne sont plus retenus que juste assez pour ne pas ôter la vie ; les crânes sont cabossés, les flancs ouverts, les yeux tuméfiés et bleuis, les seins tordus, les testicules écrasés, quelques os brisés. Pour finir l’huile enflammée des lampes est versée indistinctement sur les corps, qui prennent feu pendant que l’on décharge une dernière fois.

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