Archives de Tag: paris

Méditation pour l’innocent (après le massacre)

Tu mettras bien longtemps à entrer dans la conscience de ta mort; et moi je ne vivrai plus désormais que dans celle de ma survie.
À jamais tu ignoreras cette nuit.
Le temps m’a fait la bonté de cette larme où j’essaye de nous recueillir. Buvant le lait chaud de ton visage. Cependant qu’étrangement arrêtés, les grands laminoirs du ciel se font face et s’observent comme deux aveugles, reflétant sur les miroirs glacés de leur nuit,  la fixité des constellations.
Je viens du tumulte de la vie, qui est celui de la ruée des corps vers leur mort : danses de plaisir et de mort des corps en tourbillon, et leurs démembrements et leurs remembrements, et leurs jouissances et leurs grincements de dents
Pourtant j’ai désiré cette petite mort du temps, qui nous tient suspendus un instant au bord du temps, ensemble toi et moi : fragiles illusions de néant, hologrammes
Et toi lové dans le creux de mon bras comme je me suis lové dans le creux de cette nuit, avec la permission des constellations
Et sur nos tempes, le signe de la comète qui nous séparera
Parce que tu as deux ans et demi, et qu’il y a deux ans et demi j’avais quarante deux ans et demi
Je n’ai pas peur pour toi de cette terre, où toujours se sont levées et couchées les générations
J’ai peur de ne pas te protéger assez pour que tu vives pleinement sa douce-amertume
Mais pour l’heure tu pèses pleinement dans la nuit de ton sommeil, peuplé sans doute de gentils animaux, de choses bonnes à manger et de  parents attentifs, éternels
(22 novembre 2015)

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Louvre, section médiévale

Émail, moyen-âgeL’appel d’un autre monde. Solitude devant cet appel. Le soir d’automne qui tombe derrière les hautes fenêtres suscite sur les murs blancs de grandes coupes ombrageuses de désespoir, où passent comme des comètes, ou comme la foudre, la résurrection des vies qui n’ont pas été vécues : dans les ombres ombrageuses je ne suis pas seul, je retiens ta taille de la main, l’unisson de nos corps nous abîme dans son accord, nos têtes se touchent, d’où la même émotion se répand comme une eau subtile, le voile de lumière automnale sur les hautes fenêtres n’est plus de tristesse mais de beauté, l’instant a l’intensité d’une note fragile miraculeusement suspendue au-dessus de la mortalité de la chair…

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Dit du Désir (100 prière)

—…
—Quand le coffrage de verre et d’acier a renversé notre sommeil, je t’espérais.
—…
—Nous sommes entrés dans la poussière asphaltique, et les brumes roulées sur la crasse des quartiers. Mais je voyais ton brasier faiblement rougeoyer, aux angles les plus morts : joue, rouge, phare, regard, dissolu, paillettes, tu souriais.
—…
—Tu souris toujours. Au matin je t’avais prié. En moi j’apportais l’ourle de la faim, dans la cité. Seuls les totems-Eiffels du possible surpassaient les nuages, le Sacré-Coeur dégorgeait des foules harassées. Pourtant le liseré de l’horizon rampait encore à notre rencontre, nous avalait. Chaque heure qui passait renouvelait sa faim.
—…
—Mais tu ne m’as tendu que tessons de miroirs, éparpillés dans le jour, éparpillés dans la nuit ! Et je ne savais plus me reconnaître, dans la lumière des couteaux.
—…
—Qui ne s’enivre du vain de te prier?
—…
—Dieu cruel ! Tu as discrédité ma parole, ma prière solennelle à l’ourle de la faim. Tu ne m’as tendu que des miroirs, et mes paupières s’abaissaient sur la débâcle de mon coeur. Sur le silence. Sur la divagation du vrai. Sur la, perte.
—Que veux-tu de plus, de moins ? Ce que tu m’avais supplié de te donner, par trois fois je te l’ai présenté, à travers les brumes tendues et les cordeaux des pluies. Et par trois fois tu m’as renié.

(Dieu d’ironie ! J’ai vu ton sourire dans les fossettes de la nuit, et derrière ce que tu me donnais. Dieu du jeu et du déjouement, du rémissible, du démenti et du retournement — comment sièges-tu, sur si étroite passerelle ?…)

Gerhard Richter

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Exilium Exemplum

C’est ton manège qui m’entraîne Paris

Paris les sanglots longs des violons de l’automne

La chaîne rompue pourtant, ton manège estompé dans les derniers grelots

de neige le bruit blanc du planétarium flocons              Radio Paris

d’ondes mortes                                                                      coton

ta voix                                                                                      oxygène

et pourtant elle tourne en moi giration                            oraison

tourne en moi la nébuleuse du Scythe ses bras-            Radio Paris ment

-faux                                                                     Radio Paris parle Allemand

Où, se tenir ?

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