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Coronablog 8: le vélo et la mort

« J’achevai la première semaine et j’atteignis les vacances, je sortis de ma cabane pour la première fois, en titubant, la tête sonnante et vide. » A partir de là, le mieux est que je laisse la parole au « moi » que j’étais, tel qu’il a tenté de se consigner dans un journal manuscrit en ce début d’avril de l’année du covid d’occident (il y a une phrase que je ne comprends plus) :

« Fin provisoire du travail en ligne. Epuisement Je pars me promener. Au matin, peu assuré sur mes jambes. Le paysage vibre en harmonie avec moi, ou plutôt c’est une disharmonie générale qui perturbe les roseaux, agite les champs d’herbes jaunis, et entraîne dans sa vibration désagréable les tonalités du ciel gris. Au fur et à mesure que j’avance me reviennent les forces, l’assurance du sol, peu à peu. Pourtant le sentiment est d’être passager de ce corps plutôt que de lui être consubstantiel.
Au bout d’une première partie du chemin (vide, personne), sur une savane, un arbre de grandes dimensions (le tronc aussi large que celui d’un jeune baobab de Madagascar) frappé et brisé (par la foudre ?), éventré comme un coeur d’artichaut au milieu de ses branches, lesquelles retombent en bouquet autour du tronc brisé… Mais vivant… Encore plus vivant d’être devenu ce prodige…Puis je continue et sur ma droite je découvre qu’une aube d’eau pure et fraîche s’est levée du matin, entre les touffes rouges des sumaks: le lac, mais dont le contraste épure la couleur…


Au bout de 45 minutes de marche, fin de ma route, une jetée barrée d’un ruban de plastique jaune avance sur une étendue grise et peu inspirante… Entre deux langues de terre le regard se perd, puis sombre, dans un horizon gris indistinct… »

Au retour j’apprends qu’un ami de longue date – l’un de ces amis que l’on a connus si longtemps qu’il semble que nous avons partagé le temps, la vie, l’expérience d’être, telle qu’elle s’offre similaire à toute une génération, ce front de la conscience qui roule vers un bord inconnu – que cet ami est entré en réanimation à l’hôpital, frappé par le virus avec toute sa famille. Forte inquiétude, peine, j’ai du mal à en parler à mes proches sans pleurer… Toutefois la même journée j’apprends aussi que l’un des deux ou trois voisins présents de la Viking Marina pourrait me louer un vélo VTT pour la semaine : ô joie, ô oubli du calvaire de l’ami !
Je voudrais pouvoir me réserver le blâme de la futilité, mais je doute que me soit propre l’inconséquence: notre conscience est apte à bondir comme un cabri, comme une particule quantique, entre ses différents niveaux…


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Coronablog 7: la caverne

Je n’ai presqu’aucun souvenir de ma première semaine à Waubaushene. Tout juste des alternances de lueurs brisant à travers les couches épaisses d’un ciel lourd, et d’ombres au contraire appesanties, géantes, sur le paysage immobile du lac, des roseaux et des boues. Car mes journées étaient courtes, et entaillées de périodes de récupération: dans la nuit, du milieu de ma cavité de lumière, je participais en effet, de la besogne qui est la mienne, à l’activité de la fourmilière humaine, sous le seul témoignage de la lune univoque, et réchauffé par les flammes kitsch d’un faux poêle à bois. Au risque de décevoir je dois avouer que je n’ai rien vu durant mes nuits de veille: ni coyote ni cerf, ni ombre errante sur la rive, ni barque mystérieuse flottant sans la troubler sur la surface du lac: juste l’écran sur lequel j’avais les yeux rivés. Réduit que j’étais à ma condition de rouage, maillon conscient de la chaîne humaine, animé par elle et y contribuant, de mon coin du cybermonde, ma propre étincelle de conscience. J’aurais pu, sans doute, prendre quelques jours de repos, justifiés par mon état psychologique et physique, et d’ailleurs proposés par un médecin. Mais je considérais qu’il appartenait à chacun des maillons de s’efforcer, de tenir la tension, autant qu’il le pouvait : si le devoir nous enchaîne, sa chaîne est aussi la chaîne humaine au long de laquelle nous pensons, nous vivons, nous existons. Enfin je croyais que j’apportais, aux jeunes gens à qui je parlais, – et à égalité avec les collègues qui avec moi formaient un cercle de présences et de voix – une rassurante familiarité humaine, qui pouvait les maintenir à flot dans leur isolement. L’inverse était vrai aussi: leur attention et leurs questions apportaient du sens à ce carré de boue où je me trouvais, et atténuaient mon isolement. De certains de ces tout jeunes gens je peux dire maintenant que l’adaptabilité qu’ils ont montrée, la ténacité, le courage, l’ardeur à apprendre dans des circonstances impropices, m’ont parfois ému jusqu’aux larmes.
Travailler la nuit, surtout au milieu d’une région presque vide, annulée par une obscurité totale, est étrange… Les aubes étaient belles, que je voyais se lever au dessus du lac durant mes quelques minutes de pause… Et puis j’allais me coucher, travail de la nuit accompli, au moment où le soleil passait au dessus des toits de l’autre rive (Waubaushene émiette ses quelques maisons devant un bras relativement étroit de la Baie Géorgienne, elle même découpe latérale de l’immense Lac Huron). Au réveil, évidemment tardif, les évènements professionnels de la nuit -travail régulier mais aussi conversations, réunions – présentaient la consistance mémorielle confuse du rêve. Pour asseoir ma pensée troublée, et commencer d’un libre plaisir ma période de vie diurne, je lisais Seamus Heaney, North (livre que m’avait fait connaître un ami qui à l’heure où j’écris ces lignes se meurt dans un silence et un éloignement volontaires, le dramaturge canadien Richard Sanger, à qui je dois, en plus de belles lectures, certains des meilleurs souvenirs de ma vie à Toronto). Toutes les époques troublées éprouvent ou redécouvrent la nécessité de la poésie, même en France, où elle est tant ignorée. Le soir, ainsi qu’au cours de mes pauses nocturnes, je retournais à l’énorme epos de Jivago, qui m’emportait dans des forêts de Sibérie, lesquelles je ne pouvais m’empêcher d’imaginer être celles qui commençaient au bout de mon jardin. L’après midi je passais une grosse demi-heure à m’entretenir avec mon fils, sur Skype, de ses préoccupations d’enfant, et à nous réjouir de nos retrouvailles proches. Le reste du temps je travaillais, préparant les cours de la nuit suivante. (Je remercie aussi ici l’amie Bettina, pour m’avoir envoyé un message quotidien de soutien, agrémenté d’une photo de son footing matutinal au bord de l’Isar.)
J’essayais de ne pas me réendormir durant le jour, afin de pouvoir le faire mieux au coucher du soleil. La nuit je faisais une sieste durant les heures de déjeuner de mon méridien de travail, et d’autres plus courtes -10, 20 minutes- durant les petites pauses. Ainsi j’arrivais à totaliser 5 à 7 heures de sommeil fragmenté sur une journée de 24 heures. On ne dort pas ainsi naturellement – en tout cas moi je ne dors pas ainsi naturellement – et j’ai dû donc pour toutes ces semaines, relever mon organisme de ses fonctions de régulateur naturel du sommeil, et administrer rationnellement et chimiquement ma narcolepsie (d’où aussi le brouillard amnésique qui recouvrait, dans la journée, mes activités de la nuit précédente).
Malgré cela peu à peu je retrouvais le calme… Mon organisme, fétu déposé par une fusée de l’autre côté du monde, traversé par les jointures de ce monde et craquant de ses craquements, se recomposait dans la routine, la solitude, le silence et les lectures. Mon rythme cardiaque cessa peu à peu ses chamades. La terrible, exacerbée tension interne -nerveuse ou sanguine je ne sais- qui depuis des jours et des jours me faisait me sentir comme un robot hydraulique près d’éclater sous la pression de ses fluides déréglés, retomba pour laisser place à un épuisement plus naturel. J’achevai la première semaine et j’atteignis les vacances, je sortis de ma cabane pour la première fois, en titubant, la tête sonnante et vide.

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Coronablog 6 : Waubaushene, morne plaine


Huit heures d’avion sans voisin, presque sans voir personne. Je m’en contentais, mes émotions se décantaient. De toutes façons depuis des jours, depuis bien avant d’avoir réussi à embarquer dans cet avion, j’avais les nerfs à fleur de peau, toute interaction m’aurait été pénible.
Paradoxalement — bien que le confinement enveloppât de sa causalité le mélange isolé d’angoisse, de dépression, de confusion mentale et de tension nerveuse dans lequel je m’étais retrouvé plongé — le rapport avec autrui, que j’aurais dû ardemment souhaiter, était devenu un pharmakon ambigu qui provoquait la maladie lorsqu’il disparaissait, pour l’exacerber lorsqu’il s’offrait à nouveau. Sur l’aile de circonstances énormes qui me déracinaient de mes habitude et de mon quotidien, et dans lesquelles je ne pesais rien, j’étais retourné à une sorte d’état monadique, où autrui était un manque autant qu’un désagrément, une silhouette aporétique tremblante au bout du tunnel du Moi. Cette évolution n’avait rien de fortuit, elle correspondait à une régression vers une manière plus ancienne de moi même: à l’approche de mes vingt ans, je nourrissais la suspicion angoissée que tout, après tout, ne soit qu’illusion; étaient de même congédiées, avec le monde, les apparences peu convaincantes de mes semblables; l’attraction logique du solipsisme me faisait anticiper une solitude irrémédiable.
Parfois j’espérais me réveiller dans le vrai monde. Une série d’expériences extatiques probablement de mauvais aloi scandèrent ces fantasmes en me transportant dans des états où, hors du temps, en surplomb de l’être, tout mystère résolu et apaisé dans une contemplation omnisciente, je trouvais une paix supérieure, à quoi rien ne pouvait se comparer. Ces extases ne se renouvelèrent que deux à trois fois (je ne m’en souviens plus exactement), mais durant une année et demi elles eurent pour effet de marquer du sceau de la nullité et de la déception le reste de la vie. Durant ma Maths-Sup, le prof de Français utilisa un jour le mot « solipsisme », et posa la question apparemment saugrenue « est-ce que quelqu’un est solipsiste parmi vous? » Il nous méprisait presque ouvertement, nous scientifiques obtus, et je crois qu’il souhaitait surtout nous humilier en nous posant une question que nous n’avions pas le vocabulaire pour comprendre. J’avais levé la main, je connaissais le terme correspondant au vertige rationnel difficilement réfutable qui m’affligeait ; le prof eut l’air étonné puis me dit, gravement « eh bien je vous plains ».
(Il y a peut-être un lien, qu’il faudrait explorer, entre le solipsisme et l’étude qui occupait à l’époque la majeure partie de mon temps et de ma pensée, celle des mathématiques: recherche de certitudes hors de la matière, projection dans un autre monde architecturé par des structures abstraites, celles-ci également enchaînées et conditionnées par des séries de proposition et d’équivalences… Une apparence de circularité parfaite dont on sait depuis Gödel qu’elle est vouée à l’échec mais qui néanmoins se développe comme une alternative crédible face à toutes les incertitudes et fragilités de la chair…)
Ecrivant ce blog afin d’explorer et partager le constat que l’évènement (la pandémie, les confinements) par son choc révèlent les lignes directrices des personnalités, les histoires persistantes empreignant le présent, les continuités narratives de longue haleine sous le brouillard verbal – comme une veine de minerai, après avoir été exhumée et dépoussiérée, soudain sinue étincelante au grand jour d’un terrain informe – je me rends compte que ma difficulté à me concevoir hors du présent est sans doute fruit de ce doute de jeunesse (mon doute, « amas de nuit ancienne »…) devant la véracité du monde: à tout moment l’afflux de mes sensations est bien présent, mais que reste-t-il du monde qu’il est censé révéler, lorsque son prestige s’effondre dans le temps ? et avec lui toutes les structures pérennes du moi ? Il en reste des aboutissements narratifs, des histoires qui ne peuvent être réécrites, des mondes futurs restés possibles et d’autres devenus impossibles…
Ce doute de l’existence d’autrui et même de la réalité extérieure s’était dissipé vers la trentaine, comme je m’en rendis compte un jour en Guadeloupe lorsque, retournant chez moi en voiture après une séance d’analyse, dans un virage la réalité me sauta aux yeux. Rien n’avait changé, mais j’avais trouvé la foi. La foi en un réel extérieur. Il s’agit bien d’une foi, compte-tenu de l’impossibilité logique d’établir l’existence d’une réalité extérieure stable. J’étais devenu croyant ; croyant de pas grand chose peut-être au regard des minutieuses certitudes des croyants religieux : je m’étais finalement mis à croire au réel. (Croyance qui est peut-être une nécessité, sinon logique, en tout cas pratique, pour continuer à vivre sans sombrer dans la folie). Pourtant, avec le confinement, cette foi s’était effritée, la vieille fissure solipsiste s’était rouverte en moi. Et avec elle une immense fatigue à devoir composer avec la présence spectrale et souvent contondante d’autrui. J’ai aimé l’avion vide. J’ai aimé la quarantaine dans mon petit chalet de location, à l’embouchure de la rivière Coldwater.
(Pour les initiés à la Guadeloupe, le virage où j’ai trouvé la foi dans le réel était le virage des poulets dans le bourg de Vieux-Habitants… Le fumet de ces poulets et de leur sauce chien, qui imprégnait l’intérieur de la voiture même lorsqu’on avait essayé de ne ralentir que juste assez pour prendre le virage serré sans finir en tonneau dans les poulets, laissait peu de place au doute existentiel !)
Pprès les premières heures dans l’avion, et le film, je retrouve une sorte de paix. Plusieurs fois, transporté immobile dans la nuit, je pleure, ni de bonheur ni de malheur, mais parce que je vais enfin vers un horizon de sens. Comme j’avais accumulé beaucoup de retard dans mon travail, je m’emploie durant le vol à commencer d’écoper cette eau d’une barque professionnelle prête de sombrer. La pression du travail, transféré en ligne, n’avait en effet jamais cessé, alors même que le monde autour de nous ne résonnait que de peur et de drames, et que les barrières relevées aux frontières nous séparaient les amis, les parents, les enfants, sine die. Il y avait un abîme entre d’une part les ébranlements venus d’un monde en recomposition sur d’autres règles, d’autres modes de vie, et d’autre part une exigence de business as usual. J’essayais d’assurer chaque heure de mes services, mais quel soulagement lorsque le médecin m’avait dit « voyons! si vous n’en pouvez plus, nous vous ferons un arrêt maladie ! »
(Impératif de rester humain, envers soi et envers les autres, invisibles, dans la solitude. Durant les semaines suivantes quel que fut mon manque de temps, je m’accordais et de prendre des nouvelles de mes parents et amis, et de lire de la poésie au début de chaque journée. J’avais une anthologie de la poésie en langue anglaise. C’est ainsi que j’ai découvert Beowulf, et que j’ai pu admirer, flagrantes dans leur expression, les racines nordiques et germaniques aux sources de la littérature anglaise.)
Les heures apaisantes du voyage, bercées par le ronronnement du moteur, s’étant trop vite écoulées, j’ai aperçu enfin par le hublot le profil peu amène de Toronto, du côté qu’il se découvre à l’approche de l’aéroport: entrepôts, étagements d’échangeurs routiers, installations aéroportuaires sans forme, lotissements et terrains vagues, quelques grappes isolées d’immeubles récents ou en construction (le skyline vu des îles, sur le lac, a bien plus d’allure). En mars l’hiver au Canada est à peine finissant, il faisait froid, on voyait encore, sous un ciel bas et sombre, les plaques de neige urbaine sale qui n’avaient pas fondu.
Toujours en partie en proie à la sorte de court-circuit cérébral qui depuis des jours et des semaines m’empêchait de me concentrer, je n’avais pu travailler que peu efficacement, or dès le soir, la nuit en fait, à 2H du matin précisément, du fait du décalage horaire, je devais être installé et prêt à reprendre le travail en ligne, dans un endroit encore inconnu au bord du lac Huron, après trois dernières heures de route portant la durée totale du voyage à 16 ou 17H. Nous atterrîmes, j’étais arrivé, il fallait d’abord se concentrer sur les étapes prochaines, l’une après l’autre : méthode cartésienne mais aussi effort de concentration nécessaire pour que ma confusion des dernières semaines ne me fasse pas commettre d’erreur ou d’oubli: il restait plusieurs étapes organisationnelles à surmonter, d’où le besoin de n’avoir à l’esprit que la difficulté la plus immédiate, et de ne pas commettre de faux pas. (L’Ontario venait d’annoncer de nouvelles restrictions aux frontières et de fortes sanctions — jusqu’à 1 millions de dollars et 3 ans de prison – à l’encontre de qui ne respecterait pas sa quarantaine obligatoire.) La première de ces étapes était, évidemment, d’être admis dans le pays !
Au contrôle des passeports je reconnais la même jeune femme indienne qui m’avait mis dans la mauvaise file, lors de ma dernière venue dans le pays, quelques semaines plus tôt (semaines brèves mais durant lesquelles il semblait qu’un monde nouveau avait remplacé l’ancien). Cette fois, à mon arrivée, la salle est presque vide. J’attends derrière un homme qui a l’apparence d’un gentleman intellectuel quelque peu usé et me rappelle un ami de Toronto. Lorsque vient mon tour un jeune policier me pose quelques questions, dont certaines ont un air d’intimité et presque de curiosité bienveillante, mais font peut-être, qui sait? partie d’un arsenal destiné à discrètement tester la bonne foi des arrivants : comment avais-je rencontré mon épouse canadienne, quelles sont nos activités respectives de part et d’autre de l’Atlantique… Il me rend mon passeport, « bienvenue au Canada », me dit-il, avec un accent qui réveille les souvenirs des trappeurs français partis du Québec, qui les premiers explorèrent les grand lacs et y laissèrent des toponymes de vieille langue françoise – Detroit, Duluth, Des Moines, le Grand Portage – et souvent leurs os… En entendant cet accent je me souviens aussi de dîners au pub à Ottawa avec ma femme et mon fils, devant des rangées d’écrans retransmettant le hockey, tandis que nos voisins de comptoir – sans doute un prof et son étudiant de thèse – sont absorbés dans leur conversation en Français, au sujet d’une période obscure de l’empire romain… Au milieu de ma rêverie, de mes retrouvailles mentales avec le bilinguisme du Canada, on m’oriente vers une autre salle, un autre circuit nouvellement organisé, propre aux voyageurs arrivant des pays à risque, comme moi. Je me retrouve devant un comptoir et un autre jeune homme, muni d’un uniforme différent, lequel rappelle celui des rangers américains qui vous informent à l’entrée des grands parcs naturels… Je dois cette fois montrer plus de document, expliquer comment j’ai planifié ma quarantaine; le ranger semble soucieux de ce que je ne m’approche pas trop de lui pour parler, malgré mon masque et le panneau de plexiglas qui nous sépare. Enfin voilà que tout est en règle, il me fournit quelques information point trop stressantes sur les modalités de la quarantaine, et je suis autorisé à rejoindre le circuit normal, de toutes façons presque désert, des voyageurs entrant dans le pays. Je retrouve ma valise et je sors dans le hall d’arrivée désert, tout est fermé ici aussi: cafés, magasins… Personne n’attend personne, les quelques voyageurs sortis en même temps que moi se dispersent, je m’assois sous la nef de métal où résonne le silence, sur le premier siège que je trouve devant les portes d’arrivée – tous les sièges sont libres – pour contacter ma belle-famille indienne, savoir où en sont les choses, préciser la suite des opérations. Je n’arrive pas à les joindre tout de suite, j’attends dans la solitude. De rares employés en uniforme passent. Puis un étonnant duo de deux femmes orientales démasquées, très grandes, à l’élégance et au port de reine-mages, qui juchées sur de très hauts talons s’éloignent vers le mystère de leurs vies… Plusieurs couches d’irréalité se conjuguent et interfèrent : la situation générale, cette vision incongrue, le tremblement habituel des sensations dû au décalage horaire, la fatigue qui rend plus poreuse la séparation entre monde intérieur et monde extérieur… Je parviens à joindre la famille, l’émotion m’étreint en les entendant, ils sont si proches maintenant, cependant je ne pourrai pas les voir ce jour, et surtout pas embrasser mon fils, nous ne voulons prendre aucun risque, ni sanitaire, ni légal, et même les voisins du quartier pourraient s’inquiéter de ma présence si elle durait, tant la peur règne dans la ville, me dit-on…
Une file de taxi est à l’attente au long du trottoir noir et glacé… La cordialité initiale du chauffeur pakistanais ou bangladeshi se refroidit lorsque je lui dis d’où je viens; les yeux subitement assombris par l’inquiétude il se hâte de remonter le masque replié sous son menton. Derrière moi aucun autre autre client pour la file de voitures noires aux formes massives et arrondies. Nous partons pour la maison où vit mon fils, dans la « Junction », c’est proche. Quelques minutes plus tard, du porche de la maison je vois mon garçon au chaud derrière les bow-windows du salon; il me montre un jouet qu’il doit tout juste avoir reçu. Excité il sort brièvement sur le porche, en chaussettes sur le sol de bois, mais sa mère lui explique qu’il ne peut pas m’approcher aujourd’hui, il retourne donc jouer avec l’insouciance et la versatilité de l’enfance. Je charge dans le taxi des cartons de provisions pour deux semaines. Deux semaines tout seul, sans voiture, à trois heures de route de la ville. Ce qui m’attend est encore inconnu, et je n’ai aucun point de repli en cas de problème avec l’endroit que j’ai loué.
Nous reprenons la route. Banlieues, puis des plaines agricoles mitées de zones commerciales, puis des forêts de pins, paysage morne, neige fondue, il a plu. Je ne me souviens plus de ces heures, j’ai dû m’endormir dans le taxi. Nous nous sommes arrêtés pour acheter de l’eau, puisque le propriétaire du chalet que j’ai loué m’avait annoncé tardivement qu’elle n’y était pas potable.
Enfin nous arrivons, après avoir erré un peu, le GPS n’ayant pas dans ses données le chemin d’entrée à la Viking Marina de Waubaushene. Il a cessé de pleuvoir mais tout est boueux. Nous longeons une rivière envahie de roseaux, puis un bras du lac. Je suis déçu: il y a des maisons un peu partout, j’espérais la vraie nature. Les maisons sont vides, il y a des bateaux remisés dans les hangars en bois, et aussi pas mal de junk sur les frontyards. Le lac semble gonflé par les pluies et des débordements marécageux mangent le côté de la route ; depuis le début la lugubre monotonie des essuies-glaces accompagne le défilement des paysages. Finalement nous arrivons à ce qui sera mon refuge solitaire pour les deux mois à venir: une petite maison blanche défraîchie, en bois couvert de peinture écaillée, au milieu d’une mer de boue, qui s’interrompt plus ou moins à la route de terre cabossée et ornée de flaques, pour reprendre du côté du lac aux berges indécises et marécageuses. Au moment où finalement nous arrivions le propriétaire du chalet, un jeune homme à la tête coiffée d’un bonnet de noël, s’apprêtait à remonter dans son énorme truck rouge aux roues massives s’étaient enfoncées dans la boue, après avoir laissé la clé de la maisonnette dans une boîte à code. Le garçon se montre chaleureux, nous échangeons quelques informations de loin. Me voyant si urbain et si européen il s’excuse à l’avance de ce que le logement ne soit qu’un « cabin », et qu’en cette saison il soit habituel que le terrain soit un champ de boue, mais je le rassure: j’ai vécu durant des années dans des chalets dans la forêt, aux USA et aux Antilles, et je savais qu’au Canada ce serait la « cold mud season », j’ai amené mes bottes LLBean (judicieux achat de mes années dans le Maine).
Bon, je ne le reverrai plus mais nous parlerons au téléphone ou par courriel en cas de problème, et sinon je peux m’adresser à l’un des seuls voisins présents dans la « marina », un retraité Anglais qui y vit à l’année. Le truck s’éloigne dans un bruit de bulldozer en faisant gicler la boue. Sous la pluie fine et constante, le chauffeur de taxi et moi nous déchargeons les provisions ; je lui donne un pourboire de 50$ en plus des 300$ convenus, il me souhaite bonne chance. J’entre, je découvre que le logement est plus sommaire qu’il n’y paraissait sur les photos, on se sent plus dans un « trailer » que dans un « cabin ». L’eau du robinet dégage une forte odeur de souffre, comme souvent dans ces chalets du nord dont l’eau est pompée directement du sous-sol par un puits indépendant. Deux chambres dont l’une sans fenêtre, une porte arrière qui n’a pas l’air de fermer. Une galerie couverte, malheureusement non chauffée, ouvre devant le lac une rangée de fenêtre. Un faux poêle à bois à flamme électrique. Damn’ ! pas de machine à laver. En revanche sur le site internet, le propriétaire annonce qu’une section de la Georgian Trail passe juste derrière la maison, et que des canoës sont à disposition dans le jardin. Je sors sur la véranda pour étudier la situation et considérer le paysage, mais avec la pluie et la boue, et la nuit qui tombe, le lac ne présente qu’une allure sinistre. Surtout il est déjà 20H, il faut que je m’installe, que je me nourrisse, car à 2H du matin je reprends le travail. Je mets au réfrigérateur ce qui doit l’être, je prends une douche dans une cabine en plastique (je soupçonne que la maison n’était qu’un ancien abri de pêche, agrandi et aménagé à l’économie), je mange un délicieux repas indien qu’il me suffit de réchauffer, je trouve un drap et je le jette sur le lit de la première chambre. Il n’y a pas un bruit, pas une lumière, je m’endors immédiatement, vaguement conscient de la présence liquide de l’immense voisin lacustre.

Premier abord peu engageant.

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Coronablog 5 Voyage spécial

Fui… Un double voyage m’a conduit au salutaire et bel estrangement de soi.
Il est de commune sagesse d’en remontrer à ceux qui, négligeant – dit en tout cas l’observateur de commune sagesse – de s’affronter à leurs contradictions, à leurs noeuds intimes, à leurs douleurs électives, choisissent plutôt de partir vers un bel ailleurs, où on ne les y prendra plus. Avec cette remontrance que l’on m’a bien tôt faite, je suis en désaccord: il est faux je crois de dire qu’on ne résout rien en partant. Après tout Alexandre a tranché d’un coup d’épée le noeud Gordien, avant que d’entreprendre un très grand et très inoubliable voyage, et parfois – je dis bien parfois – mieux vaut rejeter nos nodosités internes à leur obscur, emmi nos taillis et sous-bois de basses strates, où il se pourrait bien qu’avec le temps elles se dissolvent, englouties dans les germinations prolifiques, les poussées et les fructifications anarchiques, les dérivations et renominations sauvages, qui là règnent. (J’ai lu que le noeud Gordien aurait été fait d’un bois de cornouiller.) Je plains ceux qui – ombres d’une ombre – accordent tant d’importance à la fade illusion d’être eux-mêmes, qu’ils ne peuvent ni ne souhaitent s’en détacher un instant.
La première échappée m’a été offerte, et ce n’est pas nouveau, par la littérature. Journal du 28 mars 2020: « Docteur Jivago: immense début, pathétique, tout de suite de plain-pied avec le plus grand tragique de la condition humaine. Si loin des minableries, de l’acharnement au détail plat et mesquin d’un livre français contemporain. » Durant deux mois Jivago m’accompagnera dans les forêts de bouleaux et les tempêtes de neige, ouvrant à un vent sauvage et vivifiant les voies communi(c)antes entre le monde du texte et celui que l’on dit « réel ». Si je l’avais lu dans un autre contexte le livre m’aurait emporté de même dans son tumulte, mais il se produit parfois – souvent – le petit miracle d’une adéquation entre ce que l’on vit et ce que l’on lit, entre les paysages intérieurs dressés par les incantations de l’auteur et ceux que parcourt l’oeil ; ou encore entre la corde tendue d’une émotion intime oubliée et la vibration d’une phrase qui vient lui rendre vie.

Ad Astra, film-voyage de la solitude

Puis le 30 mars je me suis physiquement échappé. A l’aube j’ai roulé ma valise sur les pavés d’un monde froid et silencieux; l’espace était dépeuplé par la peur. Dans ma pochette quelques laissez-passer d’ancienne et désuettes modes : lettres signées et certificats imprimés ! Affublé de la nouveauté du masque chirurgical j’ai embarqué dans une sorte de RER entièrement vide – je ne savais même pas s’il circulerait, ni si j’avais le droit de me déplacer, ni si un contrôle ne m’arrêterait pas dans ma fuite. Il n’y eut aucun contrôle, à peine s’il y eut quelqu’autre humain, sauf de rares silhouettes esquissées, dubitatives et méfiantes, en marge de ma vue ; peut-être s’agissait-il, se rendant à leurs offices, des travailleurs de ces infrastructures qui continuaient à fonctionner à vide. Car le wagon désert glissait dans le grand tube impassible de béton, dans les boyaux d’un monde inconnu ; et la plate-forme de changement de train était tout aussi vide, on ne savait même plus ce qu’éclairait la lumière des néons dans ce souterrain. « Ils » maintenaient tout en fonction, mais « ils », quels qu’ils soient et où qu’ils fussent, auraient pu tout aussi bien tout abandonner à l’obscurité. Les publicités n’avaient pas été changées et vantaient des magasins fermés. Enfin j’arrivai à l’aéroport, tout aussi vide et silencieux, avec ses esplanades livrées à la joie des oiseaux, ses commerces morts, barrés des rubans jaunes que l’on associe dans les films aux scènes de crime. Un seul écran en fonctionnement, où s’annonçaient une majorité d’annulations et aussi quelques destinations subsistantes, surréelles dans un monde pétrifié : Tel-Aviv, Houston, Toronto… Qui existait là-bas? Moi peut-être, bientôt ? Cages de verre glissant dans le silence, les reflets passent sur les parois d’une lumière d’après les hommes… Coeur mécanique paradoxal des trottoirs roulants, angoisse le silence… Portes fermées, partout : personne dans les longs couloirs et les salles d’attente démesurées, personne aux sièges tendus de rubans jaunes, les mêmes rubans jaunes que ceux barrant les portes des magasins et interdisant les tables des cafés.
Le masque aussi participe de la minoration du monde, en tranchant par le milieu le champ de vision. Comptoir. Une employée masquée et affairée, aux yeux plissés par le souci, procède à l’enregistrement: nous ne sommes qu’une poignée de momies anonymes à guetter en silence les gestes de l’opératrice… Puis d’autres couloirs vides à parcourir, et toujours cette impression d’être dans le monde comme l’unique passager d’un paquebot dont les machineries seraient activées en coulisse et en sourdine par un équipage invisible (j’avais fait autrefois un tel rêve d’un immense vaisseau interstellaire, vide, à part moi et ma famille). La derréalisation habituelle des espaces préalables aux transports entre les pays et les continents – lieux toujours en pointillés, abolis par les attentes et les anticipations de ceux qui ne font que passer – s’amplifie de leur vacuité et de leur clôture partielle. Dans la salle d’attente attribuée à mon vol patientent en silence, assises, éparses, d’autres momies absorbées dans leurs mondes intérieurs (ou leurs téléphones). Devant moi apparaît enfin, encore indécis, le tunnel de la délivrance – un coude en dérobe les directions à la vue, et le petit jour gris d’un matin qui peine à se lever, sourdant des lucarnes, ne mitige la pénombre que d’une lumière brouillée et sinistre.
Devant les bornes informatisées levées de part et d’autre de l’entrée de ce tunnel, un grand homme en costume, suant, les yeux cernés, procède à des vérifications; chaque passager est conduit à l’écart, il faut soudain de très grandes raisons pour avoir le droit de voyager. Je lui présente mes sauf-conduits ; l’homme, qui paraît plus fiévreux et accablé que n’importe quel malade éventuel qu’il lui faudrait refouler, me reproche quelque chose que je ne comprends pas bien: que je n’aie pas mes originaux d’actes de naissance, certificats de mariages, et autres !? Mais entreprend t-on un voyage incertain chargé des originaux parfois uniques de ses documents importants !? L’homme est très tendu, il téléphone à l’ambassade du Canada, me passe sans aucune précaution son téléphone professionnel, dans lequel il vient de parler sans masque, moi non plus je n’ai pas encore acquis les gestes du virus, j’enlève mon masque pour pouvoir répondre et parler plus aisément : au bout du fil j’entends un accent québécois, une voix d’abord suspicieuse puis chaleureuse, lorsque j’explique: oui Canada… habitant… Toronto… marié… enfant… donné des cours à l’université… nominé au Prix Trillium… Cette dernière mention emporte l’affaire, un escroc de hasard n’inventerait sans doute pas un truc comme ça ! La voix du diplomate coule comme un miel dans mes oreilles et sur mon coeur : lecteur cette phrase est bien kitsch, mais n’oublie pas que depuis des jours et des semaines je sombrais sans fin dans un cul de basse-fosse, et que cette voix m’accorde la sortie, la rémission ! Le diplomate s’étonne qu’avec cette longue et intime fréquentation du pays je n’aie encore jamais demandé la résidence canadienne, puis conclut en me souhaitant bon voyage. Je redonne son portable, peut-être couvert des germes mêlés de plusieurs passagers, au grand cerbère, qui s’agite encore un peu et se scandalise, veut convaincre son interlocuteur : comment mais il n’a pas ses documents originaux ! Qu’en a-t-il à faire de me laisser partir au Canada, et que je lui débarrasse le plancher ? Ne devrait-il plutôt s’en satisfaire ? Finalement l’escogriffe raccroche et me redonne mes documents, et ma carte d’embarquement : coupon du passage entre les mondes.
(Et tout cela avait été assombri la veille au soir d’un étrange et mauvais augure: alors que je rassemblais des affaires à la va-vite, un petit rouleau de papier avait sauté comme un diable à ressort… de je ne sais où ! Je l’ai reconnu tout de suite, et l’ayant déplié pour confirmation je n’ai même pas eu à le relire pour savoir ce qui y était écrit: « Stay where you are. At all cost ». Ce rouleau de papier, perdu depuis longtemps et qui ressurgissait si bien ou mal à propos, était un koan tiré au hasard parmi d’autres au temple boudhiste de Manhattan, en 2005. À cette période, j’avais pris la décision difficile de quitter la Guadeloupe ; en voyage aux USA avec S., qui y finissait son PhD, nous étions entrés par curiosité à ce temple et avions retiré chacun notre petit augure ; j’avoue que j’ai oublié celui de S., quant au mien il s’avérait étonnamment de propos: « Stay where you are at all cost. » – cela alors que je venais d’acter un nouveau changement de continent.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Je retournai au temple boudhiste des années après, en 2008, cette fois en compagnie de ma fille, qui avait dix ans, et alors que je vivais aux États-Unis depuis presque deux ans. Nous tirons derechef un nouveau koan du monceau qui jonche la base de la grande statue dorée de Siddhartha… Et mon koan personnel, celui que dans la description physique du monde deux séries causales totalement indépendantes avaient placé à la rencontre de ma main de voyageur, à nouveau admonestait : « Stay where you are at all cost ». Entre ces deux injonctions séparées de trois ans, j’avais déménagé quatre fois, et changé trois fois de pays, deux fois de continent…)
Mais je reviens à mes plus récentes pérégrinations. Un peu après que j’ai obtenu ma « clearance » on nous fait embarquer, en troupeau hagard, maladroit et tronçonné de distances sociales d’un mètre et demi. Je me retrouve finalement assis dans un Boeing presque vide. Il faut garder le masque. Je n’aperçois que des fragments d’un autre passager plus loin dans ma zone: toujours cette impression d’être dans un monde fantôme, dans des machines continuant à fonctionner pour personne ou presque. Même les hôtesses ne s’approchent pas et deviennent des effigies animées : plus tard l’une d’elles, au visage invisible sous le masque, me tendra de loin une boîte en carton contenant un sandwich sans goût. Mais partout, la feuille d’érable rouge du Canada: ce pays m’accueille pour la deuxième fois en des temps bouleversés. A la vue de ce signe du nouveau monde, après les mois de tension et de restrictions progressives de mouvement, de libertés que l’on croyait définitivement acquises, je me mets à pleurer. Comme le faisaient peut-être les passagers des premiers navires atlantiques, lorsqu’ils apercevaient une feuille d’arbre dansant à la surface des flots.
Durant le vol, seul, je travaille, puis je regarde un film… Ad Astra ! Brad Pitt flotte vers les étoiles à la recherche de son père, tandis que glissent sur son casque de cosmonaute les froids reflets du cosmos. Moi je suis un père qui vole vers son fils. J’ai organisé ma quarantaine obligatoire à l’entrée sud de la Baie Géorgienne, immense échancrure de l’encore plus immense Lac Huron, là où la rivière Coldwater alimente la baie et le lac. (Nous parlons là d’un lac qui couvrirait approximativement un dixième de la france, dix départements, en gros). J’avais recherché sur internet un endroit où je pourrai accéder sans véhicule à de la forêt et à une étendue d’eau. J’ai trouvé et réservé un « cabin » sommaire mais bien placé (les locations touristiques étaient interdites pour cause de Covid mais n’ayant pas de résidence en Ontario je ressortais de l’assistance aux réfugiés). Pour le reste je n’ai obtenu que peu d’informations (cliquer) sur Waubaushene, puisque tel était le nom de l’endroit où je passerai ma quarantaine. Le mot serait transcrit d’un langage « natif-américain » (je n’ai pas trouvé de précisions, mais il est logique de penser, vu la région, qu’il s’agirait du langage des Wendat, ceux que nos explorateurs ont appelés Hurons du fait de leur coiffure) et signifierait peut-être « la terre des marais rocailleux ». Le trappeur français Etienne Brûlé (un personnage iconique de l’histoire franco-canadienne) y aurait été le premier européen en 1610. Champlain y conduisit un raid Franco-Wendat contre les iroquois en 1615. En 1649 deux missionnaires jésuites français y périrent en « martyrs » des Iroquois.

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