Archives de Tag: Dieu

Jean Grosjean — le lecteur, divin ?

   Merveille ! La déclive clarté discrimine, vaporeuse, de l’ombrescent feuillage tel fruit, telle feuille en lesquels affleure le secret feu de l’automne. Les branches livrent leurs mains sur le pied frais du ciel. De grâce, ne me chantez rien, j’écoute s’évader le jour.

C’est le Camp du Drap d’Or dont se retire le soleil octobrite qui caracolait entre les charretées de betteraves. La soie cendreuse du ciel flotte sur des bataillons de rouvres roux. Voici les baies des haies confites en une odeur d’humus.
Et tu découvres sur le déroulement du livre quel regard tu jettes, obsédé de ce qui n’est pas toi, le miel fugace de la molène dans l’ombre, le bourdonnement de la dernière abeille.

Magnifique le lecteur qui de sa hauteur se penche, pampre de chlore en suspens sur la fontaine pour s’y voir frémir. Les astres en rang le long de son soir retiennent leur souffle. Le dieu déchiffre le témoin de son visage.

Les lisières ont bleui sur la senteur stagnante des herbes. Le pommier sur le cercle de ses sphères chues, tous les globes de rosée l’admirent. Ton visage s’est parfait à mesure que tu perdais ton âme.

Le rien a su qu’il n’était rien sauf le besoin de tout. Une attente qui n’est plus qu’elle-même, c’est l’heure, tu l’exauces. La femme qui fanait à mi-ombre est plus qu’à demi prête.

Où est alors le voile? La vigne vierge a rougi, pudeur dans le ciel soudain proche, autant l’automne venu qu’insolente crainte et la honte de sa joie.

Jean Grosjean, in Apocalypse, Poésie Gallimard

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Zürich, zum storchen : un poème de Paul Celan

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Nous avons parlé du Trop
et du Trop-peu. Du Toi
et du Non-toi, de
la clarté qui trouble, de
choses juives, de
ton Dieu.

De tout
cela.
Le jour de l’Ascension, la
Cathédrale était sur l’autre bord, avec de l’or
elle vint à nous marchant sur l’eau.

Nous avons parlé de ton Dieu, moi
contre lui, je
laissais le cœur que j’avais
espérer:
en sa suprême, enrâlée
parole de courroux —

Ton oeil me regarda, vit plus loin,
ta bouche
se dit à l’oeil : j’entendis :

Mais nous
ne savons pas, tu sais,
mais nous
ne savons pas
quoi
compte.

(traduction Martine Broda)

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Humanité(s)

Enfants, Syrie. Mediapart.« (and your grandfather said, ‘suffer little children to come unto Me’: and what did He mean by that ? how, if He meant that little children should need to be suffered to approach him, what sort of earth had He created ; that if they had to suffer in order to approach Him, what sort of Heaven did He have?) »

William Faulkner, Absalom, Absalom !

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Dit du Désir (100 prière)

—…
—Quand le coffrage de verre et d’acier a renversé notre sommeil, je t’espérais.
—…
—Nous sommes entrés dans la poussière asphaltique, et les brumes roulées sur la crasse des quartiers. Mais je voyais ton brasier faiblement rougeoyer, aux angles les plus morts : joue, rouge, phare, regard, dissolu, paillettes, tu souriais.
—…
—Tu souris toujours. Au matin je t’avais prié. En moi j’apportais l’ourle de la faim, dans la cité. Seuls les totems-Eiffels du possible surpassaient les nuages, le Sacré-Coeur dégorgeait des foules harassées. Pourtant le liseré de l’horizon rampait encore à notre rencontre, nous avalait. Chaque heure qui passait renouvelait sa faim.
—…
—Mais tu ne m’as tendu que tessons de miroirs, éparpillés dans le jour, éparpillés dans la nuit ! Et je ne savais plus me reconnaître, dans la lumière des couteaux.
—…
—Qui ne s’enivre du vain de te prier?
—…
—Dieu cruel ! Tu as discrédité ma parole, ma prière solennelle à l’ourle de la faim. Tu ne m’as tendu que des miroirs, et mes paupières s’abaissaient sur la débâcle de mon coeur. Sur le silence. Sur la divagation du vrai. Sur la, perte.
—Que veux-tu de plus, de moins ? Ce que tu m’avais supplié de te donner, par trois fois je te l’ai présenté, à travers les brumes tendues et les cordeaux des pluies. Et par trois fois tu m’as renié.

(Dieu d’ironie ! J’ai vu ton sourire dans les fossettes de la nuit, et derrière ce que tu me donnais. Dieu du jeu et du déjouement, du rémissible, du démenti et du retournement — comment sièges-tu, sur si étroite passerelle ?…)

Gerhard Richter

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Deux rêves de Dieu (le premier, artificiellement induit)

RÊVE 1
Et si les basiliques romanes et orthodoxes, avec tous leur bulbes et leurs verrues protubérantes, nous procuraient une image de l’univers, tel que Dieu le voit ? L’univers — le multivers, avec son infinité de dimensions — ressemblerait alors à un assemblage proliférant de bulles encastrées  les unes dans les autres, et s’accroissant sans cesse de nouvelles dimensions. La vision du rêve ressemble à celle de la fractale en 3D, le Mandelbulbe. Sur le toit de l’univers-basilique se déclinent toutes les teintes les plus magnifiques de l’arc en ciel.

(Complément : de très belles images dédiées au Mandelbulbe : cliquer ici)

Le RÊVE 2, qui est chu de Dieu, et révèle sa nature indifférente, femelle et Tarkovskienne (Solaris), de celui-ci. Le rêve ne consiste pourtant qu’en une image, faite de collages de personnages de bande dessinée rudimentaires et désuets, montrant une foule de couples en train de danser ; avec une légende : « Tombé du ciel. Ne vous voit même pas ».
Je me réveille dans l’effroi de cet immense Ciel femelle divin, qui ne nous voit même pas, mais nous bombarde de rêves et d’images oniriques, au hasard.

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Constante cosmologique

Les galaxies s’enfuient de nous, le ciel est de plus en plus vide, il faudra bientôt se résoudre à n’être plus qu’entre nous.

Désidérés, redésirés ?

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L’esprit de la danse /\ Le Dieu Le Dieu (« Danser sa vie » ?)

Capella Sansevero, Napoli

Le corps qui entre, c’est la carène de côtes caves, souffle rauque rampant dans un coin des poumons, fatigue, fatigue des jours sans essor, consumation sans but, sans jouir. Haleine, estomac. Intestin, merde. Ces points de ponctuation au long des muscles, au long des os, au long des ans : fêlures que la douleur hante, par où irrompera le néant. Le corps qui entre, c’est le corps de mort. Je l’ai croisé un jour, ce corps, dans un escalier où il devait faire station de chaque marche ; ses yeux roulaient, entre les mèches de cheveux teints, dans la panique des formes qui se défont.

La pianiste s’est assise, elle égrène les premières notes. Je te salue, génie du nord. Torsion. Je te salue, génie du sud. Torsion. Je vous salue, génies des quatre coins, torsions, révérence, courbure, le plexus qui se dit solaire appelle à lui le ciel… Un  nuage piqueté d’arpèges émane désormais du piano, une poudre d’or où réverbèrent par éclairs les boucles blondes de la Présence… Un front roulant se déroule sur moi, m’enveloppe, je n’ai jamais su qui il était, mais j’ai toujours pavoisé toutes mes avenues de ses couleurs, et ouvert le coeur de toutes mes places, pour sa venue. Parfois en vain. Corégies. Introïts. Couronnements. Cortèges. Pampres. Je glisse au long des cordes frappées d’éclat, l’espace est troué par les hautes flêches des rêves encore à vivre, le corps est mouvement, élévation, franchises consacrées, libertés… Le corps qui danse, c’est le corps de gloire, c’est le corps tourbillonnaire vidé de sa chair (la carne, tu es poussière et retourneras, et coetera, coïteras, sursauts), empli de légèreté, le corps qui n’obéit pas, le corps qui règne, dans l’outrance des gravités niées… Ballon, grande polka, suspends, suspends, suspends… Je n’ai jamais su qui il était, et pourtant j’ai vécu pour lui. De quelles forêts, surgi, de quelle tourbe ? Immense clair de rire, le mufle du Dieu dans l’éclatement de la glaise, retentissement ! Eh ! Les petits hommes : quelle surprise ! Quelles transubstantiations, sur les rivages, et autour des feux, et dans les tentes, les fumées, les encens, rotations cervicales, yeux chavirés, c’est la voix des aïeules qui parle dans la bouche des pères, cris, on se prosterne ou on tourne, tourne, tourne… La tornade appelle le ciel : tes yeux ouverts, l’homme, sur le ciel d’orage, et ta bouche apprêtée comme celle des petits oiseaux, quelle becquée il te faudrait, une becquée de ciel bleu vitreux, une becquée qui te rassasie, à t’éclater, à t’écarteler aux dimensions de cet horizon où roulent les phénomènes… Le corps qui danse, c’est le corps épique, celui qui remonte les pistes des émotions, des hauts dits, des héros attachés au mat dans les tempêtes de la parole : les constellations du sens pivotent plus vite qu’on ne saurait les lire dans le ciel descellé, les châteaux les plus beaux sont pris avant que la cataracte de tes cheveux ne s’enroule sur mes poignets, Ô Mélisande… Ô apogée, Ô traînée, épiphanie, double voie lactée de tes jambes ouvertes… « À mon seul soleil »

Parfois la Présence s’épuise  dans l’échevèlement rompu de ses crêtes, de ses ahanaments, de ses triomphes échoués loin de moi. Où étais-je ? Qu’ai-je fait ? Corps renégat oublié dans la triangulation des barres, là où personne ne va, tout a continué sans moi… C’est que c’est un front de mots, qui m’occupait, petits mots porteurs de leur propre mort…

Une petite armada féminine, battant pavillon de toutes nations, à la manoeuvre entre les points cardinaux du désir, fait montre de ses voilures les plus écarlates  — déclinaison des voiles sur les coques de nacre…

Le corps qui se traînait dans l’escalier, était celui d’une danseuse âgée, flamenca. Je l’ai suivie des yeux, jusque la salle où elle est entrée, s’est placée dans l’entrebâillement d’une porte de chêne, au milieu du cercle d’élèves : elle s’est redressée, a frappé le sol de son pied de force, a parlé, montré, dansé : j’ai vu flamber le feu des lustres, dans sa mantille.

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