Archives de Tag: la bibliothèque des sables

JAMAIS UN BAUDET

SOIT QUE nocturne le fît choir vers l’espace
Capture d’écran 2018-02-23 à 00.38.33.pngRuban pérégrin déroulé et séparé du champ en bordure Du
Et noir d’une consécration passé le jour à nul titre advenu
Des appendices les étoiles couronnant si haut
Qu’auditifs confondus de l’immense désespoir que si
De la longe issu, ET CELLE-LÀ,
Décasyllabe laisse de vacuité pendant à la crête tragique de l’instant
LE GESTE d’une désinvolture empreint
Dénouant le Gordien par où l’animal leste rattaché
Quoiqu’aggravé d’une graminaire satiété
Courra
Emportement
Ivresse
Des collisions
N’ABOLIRA
LE CONDUCTEUR
Ébloui dans l’entrecroisement avec les yeux Apuléens
Sous l’expression démesurément longue susdites des appendices
LES PHARES
Jadis il rétrogradait
Et portant le verbe au point du pied le plus bas
d’exclamation
Rétréci sous l’iambe de l’action
Au plancher l’antique levier
Se sait d’un autre siècle à l’occident du ciel
Le cercle
Exacerbé de l’arrière train décrivant convolu
En justes noces avec le destin précipité
Si ce n’est que crissât-il des scrupules projetés
Foudroyât-il les verreries éberluées
L’arrêt
Intempestif du véhicule
Obtempère
Et libère au septuor l’insigne paix rotonde
Tandis que de l’équidé ne demeure
Vestige dans la nuit assourdie
Qu’évanescent panache
De queue
LE BAZAR

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Classé dans Grains de sable isolés

Pré Non

Les grandes marées t’amarrèrent-elles, elles ont détruit le mur qui se voulait durer toujours les maisons sont plaquées en or de larmes et lovées dans les alvéoles du vent sont les fleurs douceâtres des propos de l’été les roses exacerbées brûlantes versatiles de l’automne
Sur les dunes où les bouches échangeaient à pleines lèvres des mots de sable l’espoir dévie en lacet la sente immense des mouvantes thuyas
Et sur les cimes de la tempête crient les mille voix d’émoi en toi et le Larsen des âmeshurlantes dans les flots de draps blancs
Et le vent a semé encore s’il est encore possible de semer des millions de sauterelles
Le jour a d’ailes autant que d’anges chus

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Mort !

Norval Morrisseau, Flowers and BirdsIl n’est jamais trop tard pour bien faire et je découvre, nel mezzo del cammin di nostra vita, l’admirable dernier poème de Paul Verlaine, Mort ! Souvent la dernière oeuvre d’un poète est superbe : il ne parlera plus de la beauté des fleurs, de la bonté des dames — le temps est venu des grandes sommations. Le verbe se détrame, s’estompe et devient l’horizon ; les derniers effets soulignent une absence finale.
Dans cet ultime chant  Verlainien je trouve avec surprise quelques échos de Saint-John Perse qui ne faisait que naître ; ce pourquoi je ne puis me retenir de faire figurer, en-dessous, le dernier chant Persien.

MORT !
Paul Verlaine

Les Armes ont tu leurs ordres en attendant
De vibrer à nouveau dans des mains admirables
Ou scélérates, et, tristes, le bras pendant,
Nous allons, mal rêveurs, dans le vague des Fables.

Les Armes ont tu leurs ordres qu’on attendait
Même chez les rêveurs mensongers que nous sommes,
Honteux de notre bras qui pendait et tardait,
Et nous allons, désappointés, parmi les hommes.

Armes, vibrez ! mains admirables, prenez-les,
Mains scélérates à défaut des admirables !
Prenez-les donc et faites signe aux En-allés
Dans les fables plus incertaines que les sables.

Tirez du rêve notre exode, voulez-vous ?
Nous mourons d’être ainsi languides, presque infâmes !
Armes, parlez ! Vos ordres vont être pour nous
La vie enfin fleurie au bout, s’il faut, des lames.

La mort que nous aimons, que nous eûmes toujours
Pour but de ce chemin où prospèrent la ronce
Et l’ortie, ô la mort sans plus ces émois lourds,
Délicieuse et dont la victoire est l’annonce !

(Décembre 1895)

 

NOCTURNE
Saint-John Perse

Les voici mûrs, ces fruits d’un ombrageux destin. De notre songe issus, de notre sang nourris, et qui hantaient la pourpre de nos nuits, ils sont les fruits du long souci, ils sont les fruits du long désir, ils furent nos plus secrets complices et, souvent proches de l’aveu, nous tiraient à leurs fins hors de l’abîme de nos nuits … Au feu du jour toute faveur ! Les voici mûrs et sous la pourpre, ces fruits d’un impérieux destin. Nous n’y trouvons point notre gré.

Soleil de l’être, trahison ! Où fut la fraude, où fut l’offense ? où fut la faute et fut la tare, et l’erreur quelle est-elle ? Reprendrons-nous le thème à sa naissance ? Revivrons-nous la fièvre et le tourment?… Majesté de la rose, nous ne sommes point de tes fervents : à plus amer va notre sang, à plus sévère vont nos soins, nos routes sont peu sûres, et la nuit est profonde où s’arrachent nos dieux. Roses canines et ronces noires peuplent pour nous les rives du naufrage.

Les voici mûrissant, ces fruits d’une autre rive. « Soleil de l’être, couvre-moi ! » —parole du transfuge. Et ceux qui l’auront vu passer diront : qui fut cet homme, et quelle, sa demeure ? Allait-il seul au feu du jour montrer la pourpre de ses nuits ?… Soleil de l’être, Prince et Maître ! Nos oeuvres sont éparses, nos tâches sans honneur et nos blés sans moisson : la lieuse de gerbes attend au bas du soir. —Les voici teints de notre sang, ces fruits d’un orageux destin.

À son pas de lieuse de gerbes s’en va la vie sans haine ni rançon.

(1971)

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Heureux amants, aux coeurs bardés de lard (La provende médiévale du weekend)

Baiser médiéval, navet inconnu

Ah comment encore parler d’amour ? Le sujet était déjà éculé au XIIIème siècle ! Comment être original, inventif, intéressant ? Guillaume de Lorris, dont je lis Le Roman de La Rose afin de m’imprégner de Français médiéval  (dans le cadre du travail sur mon nouveau roman, car je crois vouée à l’inutilité toute entreprise littéraire qui ne s’exprime pas dans une langue idoine, reformulée), Guillaume de Lorris donc fut déjà confronté à cette difficulté, et sa solution ne manque pas de saveur (Roman de la Rose 2335, dans la coll. Les Lettres Gothiques du Livre de Poche, texte édité par Armand Strubel) :

Grant joie en ton cuer demenras          Grande joie en ton coeur éclatera
De la biaute que tu verras                       De la beauté que tu verras
Et saches que du regarder                      Et sache que de la regarder
Feras ton cuer frire et larder,                 Feras ton coeur frire et barder de lard.
Et tout ades en regardant                       Et tant que tu la regarderas
Aviveras le feu ardant.                            Tu aviveras le feu ardent.
Qui cil qui aime plus resgarde,              Car celui qui aime, plus il regarde,
Plus alume son cuer et larde ;               Plus il enflamme son coeur et le barde de lard ;
Cist lart, alume et fet larder                    Ce lard, c’est ce qui allume et fait griller
Le feu, qui les gens fait amer.               Le feu qui fait que les gens aiment.

Oui c’est tout dit, voilà un romantisme qui parle à mon estomac ! En me fait te souhaiter, cher lecteur, les plus amoureux frottements de couenne !

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ÉDEN OGUN GUYOTAT ?

Si la présence d’Éros est palpable — turgescente — dans chaque page et peut-être chaque ligne de l’Éden Éden Éden de Pierre Guyotat, en revanche l’extrait que je recopie ci-dessous m’a beaucoup étonné par un profus arroi de symboles, renvoyant à de bien différentes figures. Hector Hyppolite, Ogoun FerrailleLe personnage de cette saynète, affranchi d’office des règles communes de l’humanité (comme l’indique son machouillement animal d’un coeur de chevreau, sorti d’un tas d’ordures) se livre à un étrange rituel, à signification politique, symbolique, élémentaire (étant convoqués avant ce passage l’eau lustrale, dans la salive des femmes, puis après ce passage le feu)… Il y a là un fatras mythologique — j’emploie le mot fatras sans péjoration — fascinant et qui emmêle ce texte dans un réseau de significations occultes. Lentes et tenaces, en nos esprits, les images de nos vieux mythes… Néanmoins un élément m’a beaucoup intrigué, qui ne renvoie pas à notre culture gréco-latine : l’obsession du métal. Le « paysan adolescent », après avoir été empêché plusieurs fois (« par cinq mains », la répétition du chiffre n’étant à mon avis ici que pour installer l’atmosphère rituelle), empêché par cinq fois d’utiliser un outil en métal pour attaquer le seuil froid du carrelage et creuser la terre, se retourne en fin de compte sur les tubulures capsules et autres ferroneries de la pièce pour les mâcher comme il l’avait fait du coeur sanglant. Je ne puis m’empêcher alors de penser à Ogoun, Ogoun Ferraille, le lwa haïtien : dieu de guerre aux attributs métalliques… Des traditions de possession similaires à celles du vaudou yoruba sont après tout présentes dans le maghreb, où elles ont été introduites au cours des siècles par les esclaves noirs razziés au sud du Sahara. Comment savoir quelles étaient les sources d’inspiration du grand Pierre, dans l’apesanteur onaniste qu’il s’aménage pour écrire ? L’envoi constitue par ailleurs presque un programme politique, où l’on appelle à rejeter le métal de l’outil aliénant, pour l’outil de chair désirant du prolétaire… Pour le reste, enjoy, comme disent les anglo-saxons, et tout commentaire d’éclaircissement, toute bribe d’analyse, seront bienvenus.

« le paysan adolescent s’agenouille au bord de la flaque de sangs mêlés, l’épaule appuyée au rideau de fer de la boucherie ; sa main fouille dans les poubelles entre les chairs déchiquetées, prend un coeur de chevreau transpercé, le porte à la bouche […] entre dans le bordel des femmes ; la maquerelle le prend entre ses bras […] lui met un piochon dans les bras, il l’empoigne, il frappe le carrelage : vives, cinq mains lui arrachent l’outil ; il s’accroupit, pioche le carrelage avec ses deux mains jointes recourbées ; la maquerelle le relève, appuie une pelle contre son ventre, il bêche l’interstice du carrelage : vives, enfoutrées, cinq autres mains lui arrachent l’outil ; il raidit son pied, foule le carrrelage, lance son pied en avant ; la maquerelle lui met un rateau entre les mains, il place les dents du râteau dans les interstices du carrelage : vives, fripées, cinq nouvelles mains lui ravissent l’outil : il traîne sur le carrelage les doigts écartés de son pied droit ; la maquerelle lui apporte un étau : vives, chaudes, les mains, toutes, le saisissent, l’enfouissent : le paysan croise ses mains, enserre son genou entre ses paumes ; redressé, il s’élance, il se jette, écumant, sur la caisse d’orangina, empoigne les bouteilles, les décapsule une à une avec les dents valides, cherche du regard, de la main, tout autour de la chambre, le métal, le mord : tuyaux, clous, serrures ; coupe, tord, arrache, avec ses dents mouillées de salive rose, dénoue les noeuds de fil de fer, se déchire les gencives, se brise les dents […] « paysan, jette tes outils dans le fleuve… tu as ton sexe… ouvrier, tu as ton sexe… »

Post scriptum : au sujet du Vaudou, on pourra se reporter à Le Vaudou Haïtien, d’Alfred Métraux, dont je me suis abondamment inspiré pour écrire les passages relatifs de Plantation Massa-Lanmaux.

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Pierre Guyotat, Éden, Eden, Eden : extraits

Oui, Éden est toujours choquant. À l’époque, en 1970, alors qu’étaient encore vives les blessures de la Guerre d’Algérie, les trois préfaces de MM.Barthes, Leris et Solllers ne purent empêcher l’interdiction du texte — interdiction qui ne fut levée qu’en 1981.
Quant à moi je le relis ces jours-ci, avec une admiration renouvelée et peut-être même accrue, depuis ma première lecture d’il y a une dizaine d’années. Admiration pour le lyrisme, la vibration des matières, des corps et du langage ; admiration pour l’attention à tous les détails naturels — au sens de « sciences naturelles » — à tous les débordements et les excrétions, les sécrétions, les exécrations de la vie… À ce vaste chant pornographique et meurtrier, orgiaque et cruel, Sadien, participent non seulement les hommes et les femmes, mais les enfants, mais les animaux domestiques, mais la poussière minérale des chemins, les oiseaux, la lumière, les éléments… Tous conjoints pour un flot poétique et surréaliste, de foutre, de sang, de salive et de sperme, de désir cosmique… Amour et Haine, les grands mythes grecs, Empédocléens, ne sont pas loin.

Extraits :

« — au bas du Ferkous, sous l’éperon chargé de cèdres calcinés, orge, blé, ruchers, tombes, buvette, école, gaddous, figuiers, mechtas, murets tapissés d’écoulements de cervelle, vergers rubescents, palmiers, dilatés par le feu, éclatent : fleurs, pollen, épis, brins, papiers, étoffes maculées de lait, de merde, de sang, écorces, plumes, soulevés, ondulent, rejetés de brasier à brasier par le vent qui arrache le feu, de terre ; les soldats assoupis se redressent, hument les pans de la bâche, appuient leurs joues marquées de pleurs séchés contre les ridelles surchauffées, frottent leur sexe aux pneus empoussiérés ; creusant leurs joues, salivent sur le bois peint… »

« /le mirador surplombe la palmeraie calcinée ; la sentinelle peuhl, iris jaune glissant sur le globe bleu, laine crânienne ensuée, bascule le projecteur : le faisceau fouaille les chairs ensuées des soldats arc-boutés sur la femme ; la sentinelle broie son membre dans son poing, tourne le projecteur : le faisceau traverse le lit asséché de l’oued, saisit une vibration, sous le zéphir, des lauriers-roses empoussiérés : une troupe de chacals y déchire une charogne d’âne […] ; la sentinelle roule le projecteur sur le châssis, le faisceau arde les seins qui palpitent, pubescents, semés de sucre sous les pans encrassés du treillis […] ; la sentinelle, du poing, fait pivoter le projecteur vers la stratosphère… »

« …sous le surplomb du roc, les soldats soufflent sur un feu de branches dressé sur la bouche ouverte d’une femme morte […] ; je frotte ma poitrine à la toison de son sexe, une alouette y est prise ; à son cri, chaque fois que ma poitrine pèse sur le corps, jaillissent des larmes sur mes yeux ; un sang chaud ruisselle hors de mes oreilles ; la pluie d’excréments éclabousse le rocher ; les sangs, dans la vasque, brûlent, bouillonnent ; un jeune rebelle, ses pieds nus enduits de poudre d’onyx, ses lèvres de farine, sort de terre, se penche sur la vasque, plonge sa tête, ses poings […]; au camp, les femmes pèsent sur les barrières, le sexe des soldats se tend vers leurs mères, venues de métropole, sur ordre de l’État-major, pour les Fêtes du Servage ; ma mère, je l’emporte dans ma chambrée de bambou, je la couche sur la litière de paille empoisonnée ; tête, épaules plongées sous sa robe, je mange les fruits, les beignets d’antilope sur son sexe tanné tandis qu’elle, fatiguée par le voyage en cale, en benne, s’endort ; à l’aurore, elle s’est échappée de dessous mon corps ; étreinte par les soldats sous le mirador où je veille éjaculant, leurs genoux la renversent sur le sable… »

Post-scriptum: une catégorie manque à ce chant panthéiste, qui est celle de l’agir conscient, donc des sujets, de l’intelligence… À moins que l’intelligence, le langage, le verbe qui anime et porte ce monde, n’en soit considéré aussi comme le protagoniste…? YG

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Petite note de lecture : Tinkers (Les foudroyés) de Paul Harding

Tinker n.
1.
A traveling mender of metal household utensils.
2.
Chiefly British A member of any of various traditionally itinerant groups of people living especially in Scotland and Ireland; a traveler.
3.
One who enjoys experimenting with and repairing machine parts.

4. A clumsy repairer or worker; a meddler.

Un étrange destin pour un étrange livre, écrit par un étrange bonhomme… Paul Harding est inconnu dans le monde littéraire américain, et pourtant il est le lauréat 2012 du Prix Pulitzer (le plus grand prix littéraire américain), pour son premier roman, écrit il y a six ans et publié, après de nombreux refus, presque confidentiellement. Le roman d’un poète qui aurait finalement colligé ses fragments, ses épiphanies et ses morceaux de bravoure, au long d’une trame narrative un peu lâche, à laquelle certains morceaux ne paraissent rattachés qu’accidentellement.
Mais quels morceaux ! Dans une langue belle et surprenante — qui tranche sur la monotone domination de l’écriture blanche contemporaine — Paul Harding ne nous cause de rien moins que de la nature de l’univers, de sa fragilité, son tissu d’apparences toujours prêtes à se déchirer ou à choir, en laissant à nu une noumène au sujet de laquelle le lecteur ne saura pas plus que, dans les Évangiles, il n’apprend ce qui se trouvait  derrière le voile du Temple.  Avec un roman situé dans le Maine (une région où votre serviteur a vécu deux belles années entre mer et forêt), on aurait pourtant pu attendre un lyrisme de la nature, de la forêt et des saisons, mais les intérêts de Harding sont à une autre échelle, cosmogonique et démiurgique. Ce qu’illustrent également les lectures de théologie et de physique théorique que l’auteur, Nouvel-Hésiode de la Nouvelle-Angleterre, revendique dans un nouvel entretien avec le Nouveau York Times.

Et quant à la trame narrative lâche précédemment évoquée, elle file l’agonie de Georges Washington Crosby, visité sur son lit par une foule de parents et de souvenirs — en particulier, pour les souvenirs, ceux relatifs à Howard, le père épileptique qui les avait abandonnés, lui, sa mère et sa soeur. La mort d’Howard ayant été décrite comme en passant, au milieu du livre, avant que ne reviennent d’autres souvenirs de son vivant, les deux hommes et finissent alors par se confondre dans la même suggestion de la fugitivité de la conscience humaine.

Si l’intrigue, chère à Ricoeur, n’est peut-être pas suffisament tenue (Harding a écrit son livre par fragments, lorsque l’inspiration lui venait, et où qu’il se trouvât et quoi qu’il fît à ce moment), en revanche la beauté surgit au détour de presque toutes les phrases, et de toutes les situations. Une beauté métaphysique du paragraphe, servie par une approche sensuelle du mot et de la phrase. Toutes les lectures en somme du professeur Harding ! La seule description du ciel nocturne, chéant comme un dais sur le lit d’agonie de Georges (jamais, une fois le noir même du ciel dégringolé,  ne saura-t’on ce qu’il restait à voir), ou bien l’avant dernier paragraphe en lequel est résumée la touchante fragilité et la parenté de toutes les vies humaines, à eux seuls justifieraient la lecture.

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