Coronablog 3: American Dream

I found the American Dream, lying forsaken rusty forgotten forever stalled in a forest. The american dream was but a dream, my friend. Dreams are dreams and your life the most pervasive maybe but most treacherous of them all.

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Coronablog 2 : Ego quoque, incoronatus

Tom Thomson

Des collines bousculées, entassées en molle successions de mamelons, mais hérissés de bouleaux et de sapin – fir trees!- il reste des plaques de neige entre les arbres, ancienne pureté, lambeaux souillés. Je regarde passer ce paysage rébarbatif et m’en pénètre, jusqu’à m’en sentir le sentiment irrité et blessé de tant de branches nues tordues et pointant en tous sens… Quelle fatuité nous a fait prendre pour normalité cette longue anomalie d’un vide d’évènement… Maintenant, par hygiène intellectuelle et morale, et tout simplement pour ne pas désespérer ou devenir fous, il nous faudra résoudre l’insolite dans le commun, le normal, accepter l’accident comme part de la continuité… Des mamelons de jour un peu confus, un peu informes, mais hérissés d’épineux tordus…

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Coronablog, Ego quoque, incoronatus

Il va sans dire que tout est faux… Il n’aura fallu que quelques coups de semonce pour faire crouler la prétention de notre monde à la véracité. Les acteurs se sont figés, ne sont plus que des masques parlants. On n’a plus jugé utile d’entretenir les décors, laissés à l’abandon, rendus à leur matérialité obtuse.
Quant à moi le hasard m’a saisi tout vif au milieu des rues de Rome. Comme une longue dernière bouffée d’oxygène, ou comme le dernier trait parfumé tiré au cigare capiteux de la vie d’avant, bref, j’ai démesurément allongé le trajet qui devait me ramener chez moi, près de la Piazza Reale di Roma. Voici pour commencer le coronablog de mon confinement les photos de cette dernière nuit. Avec lesquelles, serrées sur mon coeur, je suis parti m’enfouir loin, au coeur de ce siècle.

Le Castel San Angelo
La Turre dei Vecchi Romani
Santa Maria dei Russi
Le tombeau de Cecilia Metella, sur la Via Appia, avec les affiches du festival qui n’aura pas lieu. L’angoisse m’avait porté trop loin dans la nuit…

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Arno Schmidt, orgie de mots

« /J’embrassai aussi son ventre-mirabelles, concave. Nous tombions de chus en chotements ; nos mains : s’accouplaient ! Je dus d’abord forcer la clôture rouge des bras, écarter un à un ses doigts-branches, avant d’arriver à saisir au bout de mes lèvres la tige fine et courte de sa tomate, elle se mutina, en grandisme mouveté, puis je l’avalai entièrement, elle voulut se soulever en tendre sédition (mais ne le pouvait) ; ainsi elle ne cria qu’une seule fois, tout bas et avec volupté ; ensuite la puissante tenaille des cuisses pinça à nouveau. (Nous nous chevauchions à bride abattue : à travers d’hirsutes forêts enchantées, les doigts broutaient, des bras couleuvraient, des mains voletaient chenapans rouges, (des ongles creusaient des éraflures d’épines), des talons tambourinaient des signaux de pic sous des aigrettes d’orteils, des yeux se languissaient de désir dans toutes les traces de pied, des moules de velours rouge lèvraient au sol avec des effleurements d’ivoire d’où se chamarraient des alphabets, des chuchots suçaient, des jus perlaient, alternativement, haut et bas.)/ »

Arno Schmidt, « Paysage Lacustre avec Pocahontas », nouvelle du recueil Roses et Poireaux, éditions Maurice Nadeau

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Ismaïl Kadaré, L’Aigle, extraits

« Ses yeux s’étaient habitués à l’obscurité, il distinguait mieux les volatiles, voire les voyageurs qui les chevauchaient. Certains se cramponnaient avec peine à leur monture. D’autres, recrus de fatigue et d’angoisse, avaient posé leur tête entre les ailes et laissaient pendre leurs bras de part et d’autre.
Il remarqua non sans surprise que certains rapaces volaient en sens inverse du leur, comme s’ils rebroussaient chemin. Au début, il ne put y trouver d’explication, jusqu’à ce qu’il finît par discerner, sur l’échine de l’un d’eux, un squelette humain. Les bras noués à son encolure lui étaient restés suspendus comme un collier, et Max eut même l’impression d’entendre le cliquetis des os. »

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Jean Grosjean, Élégies, IX

L’ombre me dissoudrait vite l’âme si tu suivais la tache de soleil qui tourne quelques heures sur le lierre ou la mousse pour n’être plus qu’un souvenir dont doute la nuit.

Ne t’éloigne pas de moi comme firent les grands et tristes beaux jours de l’enfance avec leurs corolles célestes aux chevilles et leurs abîmes d’azur sur la tête. […]

Ce n’est pas possible, pas tolérable, pas vrai que tu puisses être l’image seulement de ce que tu fus et me soustraire à ma vivante mort derrière l’inaltérable empreinte de ton visage.

Pourquoi jalouser les royales indifférences qu’avec sa treille incueillie, ses noyers de bronze, sa poussière d’or en suspens, l’automne déploie sur les seuils qu’il déserte ?

Tu me parleras encore, ne serait-ce que du plus léger bougement de tes cils, ou du moins tu m’entendras proférer du creux de mon âme ton nom, rien que ton nom avec l’effort terrible et la voix sourde qu’on essaie dans la fosse.[…]

Le jour en déclin allonge vers l’Est l’ombre du geste que nous continuerons d’emprunter toute la nuit aux éternels quand bien les sources du monde seraient taries.

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JAMAIS UN BAUDET

SOIT QUE nocturne le fît choir vers l’espace
Capture d’écran 2018-02-23 à 00.38.33.pngRuban pérégrin déroulé et séparé du champ en bordure Du
Et noir d’une consécration passé le jour à nul titre advenu
Des appendices les étoiles couronnant si haut
Qu’auditifs confondus de l’immense désespoir que si
De la longe issu, ET CELLE-LÀ,
Décasyllabe laisse de vacuité pendant à la crête tragique de l’instant
LE GESTE d’une désinvolture empreint
Dénouant le Gordien par où l’animal leste rattaché
Quoiqu’aggravé d’une graminaire satiété
Courra
Emportement
Ivresse
Des collisions
N’ABOLIRA
LE CONDUCTEUR
Ébloui dans l’entrecroisement avec les yeux Apuléens
Sous l’expression démesurément longue susdites des appendices
LES PHARES
Jadis il rétrogradait
Et portant le verbe au point du pied le plus bas
d’exclamation
Rétréci sous l’iambe de l’action
Au plancher l’antique levier
Se sait d’un autre siècle à l’occident du ciel
Le cercle
Exacerbé de l’arrière train décrivant convolu
En justes noces avec le destin précipité
Si ce n’est que crissât-il des scrupules projetés
Foudroyât-il les verreries éberluées
L’arrêt
Intempestif du véhicule
Obtempère
Et libère au septuor l’insigne paix rotonde
Tandis que de l’équidé ne demeure
Vestige dans la nuit assourdie
Qu’évanescent panache
De queue
LE BAZAR

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