Archives de Tag: politique

Un monde qui chavire sur la pointe de boussoles indécises

TabulaPeutingerianaL’a-t-on assez remarqué ? Le monde est redevenu mouvant, excitant, ouvert… Des pans que l’on croyait clos, de l’Histoire, ont glissé hors de propos en quelques nuits, silencieusement, découvrant de nouveaux horizons… Tout balance, hésite, vire sur la pointe de boussoles indécises du nord au sud, de l’est et de l’ouest. Catastrophes pendent comme des couperets, en même temps que de brillantes résolutions… L’Autre devient inévitable, envisageable, dévisageable, il faudra faire avec : comprendre, accepter, être fécondés de lui. Projetés dans une nuit ou un jour, on ne sait où, dont on ne sait rien. Dans un crépitement de machines et d’hommes. Tout est à réécrire.

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Oui la France est colonisée : il faut avoir le droit de le dire !

Drapeau françaisComme les Alain Finkelkraut et les Richard Millet, comme des millions d’autres Français, anonymes et silencieux mais qui n’en pensent pas moins tout bas, je ne reconnais plus mon pays, attaqué à sa racine : dans ses valeurs, dans ses terroirs, dans sa culture, dans ses modes de vivre… En fait, de manière troublante — et je m’étonne qu’aucun commentateur officiel n’ait encore relevé ce phénomène frappant — nous vivons une aliénation (post-)coloniale semblable à celle que connaissent, partout dans le monde, les sociétés qui ont été envahies et dominées par un autre peuple. Phénomène qui s’exprime dans les traits suivants : transfusion de valeurs morales et sociétales extérieures, mépris de sa propre culture et de sa propre langue, perte d’identité, mode de vie mimétique, oubli de sa propre histoire et fascination pour celle du colonisateur, alignement politique, renoncement à sa religion historique au profit de cultes importés, colonisation des imaginaires qui se calquent stérilement sur celui du dominant, mépris de soi enfin et, dans les arts, psittacisme soumis aux goûts et aux attentes du dominant.
Il y faudrait toute une étude, ce n’est pas mon boulot, mais puisse ce petit article contribuer à un mouvement assez fort pour enfin, donner l’alerte ! Je me contenterai de quelques exemples. En ce qui concerne la langue, ils sont  superflus : le Français « moyen », celui qu’on entend dans la rue et dans les media, est un gloubi-boulga angloïde mêlé de « top » et « pas top », de « hard core », de « cool », de « bad », de « trader » et autres « golden boy », « fashionistas », « people » etc. etc. Ça ne date pas d’hier. Sur les réseaux sociaux s’est développé un snobisme d’écrire à moitié anglais, chez des gens qui ne parlent cette langue ni d’Eve ni d’Adam : j’ai même relevé, venant d’internautes français, des citations de Nietzsche et Kafka… en Anglais ! Mais plus récent, plus alarmant, plus définitif, me paraît être la propension des littérateurs à écrire des « romans américains en Français » : Naissance d’un Pont, On ne boit pas les rats-kangourous, La grâce des brigands, Faites vos valises les enfants demain on va en Amérique, Itinéraire d’un poète apache, Faillir être flingué… tous sont des romans français récents et situés aux États-Unis pour leur action et leurs personnages, peut-être leur style (ces exemples, tirés de deux émissions littéraires consacrées, l’une à « Ailleurs« , l’autre aux « Genres« , sur France Culture, les deux titres semblant être des synonymes pour « États-Unis ») : un imaginaire colonisé, prostitué et vendu à l’encan à la puissance dominante. Et comme Philippe Bordas le remarque dans un entretien, même quand les romans ne sont pas explicitement décalqués de la littérature américaine, ils sont écrits en ANGLAIS TRADUIT:

« Ils [les éditeurs français] proposent des livres ambitieux, construits, mais qui tous affirment leur défiance sexuelle envers l’idiolecte français. À tel point que les auteurs élus écrivent directement dans un  français traduit de l’anglais. Ils ont honte de leur langue natale, peut-être, honteux de sa sexuelle vivacité ; ils ont à ce point intégré l’effondrement de la France qu’ils entérinent et intègrent in nuce la domination de l’anglais. Ils montrent écriture et patte blanches, esclaves dans l’œuf, et affirment leur soumission, ventriloques fœtus, pour complaire aux éditeurs avides d’une translangue facile à diffuser. »

En musique, la forme dominante dans la (plus ou moins grande) jeunesse, c’est le « rap » (eh oui). Il reste une « pop » (eh oui) française, mais dont beaucoup de groupes chantent en Anglais. La poésie est remplacée par le « slam » (eh oui) proféré par des gosiers ignorants de la prosodie naturelle au Français, et ayant arrêté leurs lectures poétiques au niveau du bac de Français. Au cinéma, plus de la moitié des films vus en France sont américains.
Si l’on ajoute à cela le ralliement de la France au commandement intégré de l’Otan, l’adoption de théories économiques « de l’offre » importées d’amérique (« supply economy », mais il faut dire que Keynes non plus n’est pas né en Beauce), l’obsession du libre marché, la part des fonds de pension américains dans le cac40, l’usage quotidien de technologies américaines, la loi sur L’ENSEIGNEMENT EN ANGLAIS À L’UNIVERSITÉ FRANÇAISE, l’alignement, vis à vis de l’Iran ou d’Israël ou des monarchies pétrolifères, aux positions des « faucons » états-uniens (« faucons » : expression directement traduite de l’Anglais), ou encore le développement, en nombre et en puissance, des évangélistes, des adventistes, et des sectes américaines, sur notre sol, l’emprise croissante du puritanisme moral et sexuel, alors on peut s’étonner et s’alarmer de cet effarant, convulsif renoncement d’un peuple, d’une nation, d’une histoire, à soi-même. Et regretter que les paranoïaques de la « menace orientale » (sioniste pour les uns, musulmane pour les autres, immigrée pour d’autres encore, mais en tout cas toujours basanée), ou encore ceux qui s’inquiètent des dangers que feraient peser les langues régionales sur la République, regretter donc qu’ils détournent l’attention de la vraie colonisation politique, sociale, économique, linguistique, religieuse, morale, mentale et culturelle, en train d’être parachevée.

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LA FRANCE RECRÉANTE

Découvrant, dans le cadre de mon programme d’imprégnation littéraire médiévale (avant rédaction de mon troisième livre et second roman), le mot RECRÉANT, je trouve qu’il s’agit d’un concept épatant, à ressusciter ! Le chevalier recréant est celui qui délaisse les arts chevaleresques viriles de l’aventure, du tournoi et de la guerre, pour se perdre dans les délices féminines de la courtoisie… Ce qui fait marrer les autres balèzes, qui le traitent d’on-imagine-quoi, même si on ne sait pas comment cela se disait en Français médiéval… J’en connais une autre de RECRÉANTE, notre vieille patrie française, qui après s’être mêlée tant longtemps aux destins du monde, après avoir tant donné aux arts aux lettres et aux sciences, s’est détournée maintenant de ces entreprises trop ambitieuses, et s’est laissée séduire par des slogans de boutiquiers : « travailler plus pour gagner plus », « mon ambition pour la France c’est une France de propriétaires »…

Notule française : Le mot recréant est le ressort de l’intrigue d’Érec et Énide, de Chrétien de Troyes — où je l’ai découvert.

Notule américaine : Le New York Times déplore aussi notre recréance dans cet article (cliquer)

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Quotidien de Référence ? Horresco Referens ! (Le Monde nous révèle la « vision » de Sarkozy pour l’éducation — et Maryline Baumard est son prophète !)

On se demande, avec inquiétude, s’il y a encore un quelconque travail de matière grise pour médiatiser la propagande gouvernementale, au journal Le Monde. Je détourne une fois de plus la raison sociale de mon blog littéraire, mais c’est qu’il n’y a pas que la littérature dans la vie, il y a aussi la civilisation — et donc l’éducation. J’avais déjà signalé les brillantes dictées d’Aurélie Collas, « La voix de son maître », et celle-ci devait s’exercer à la répétition sans faute quelque part, car ils font cette fois-ci appel à une autre experte psittaciste, Maryline Baumard, dans un article sur la « vision » de Sarkozy au sujet de l’école. Oui, une « vision », pas moins, on est dans le domaine prophétique, dans la révélation ! Déjà qu’Aurélie Collas nous avait appris que pour les enseignants, les heures sup étaient une « manne » ! Le ministère de l’éducation nationale, c’est la bible en marche ! En plus, la nouvelle préposée à l’éducation, Maryline Baumard, nous dit qu’on l’attendait, et qu’on l’a enfin, cette « vision » ! C’est vrai qu’on l’attendait… Il n’est pas président depuis 5 ans, ce type là ? En tout cas n’attendez pas plus longtemps : la vision de Sarkozy, c’est des profs moins nombreux et qui font de la garderie (ça s’appelle « s’inspirer des expériences étrangères », uniquement dans leurs aspects négatifs), une caporalisation par les chefs d’établissement (ça s’appelle « autonomie »), augmenter les salaires de profs (mon oeil ! les derniers projets de réforme de l’évaluation les bloquent !), en faire des « experts des apprentissages fondamentaux » (parce qu’actuellement ils ne savent pas enseigner les fondamentaux, les profs ? à qui on confie nos enfants !) et surtout envoyer bosser en alternance les gamins de CAP et de Bac Pro, à 16 et 17 ans donc : le triage précoce des gosses du populo, le retour du travail des enfants, Dickens, c’est ça la « vision » !

Là où Maryline Baumard atteint au génie dans son article, c’est quand elle estime que de mettre 100 000 à 200 000 gamins en entreprise, voilà une réponse au chômage des jeunes. Bravo Maryline, quel raisonnement de haut vol ! ça vaut la TVA sociale, ou la baisse de l’ISF en période de crise des finances publiques, ou le développement des heures supplémentaires en pleine hausse du chômage ! C’est vrai quoi, sortir des centaines de milliers de jeunes de l’école pour leur faire effectuer à bas coût les tâches d’autres (un peu moins) jeunes, que les entreprises n’auront plus à embaucher, ça va faire diminuer le chômage des jeunes ! En plus, tous ces élèves en moins dans les classes, ça fait autant de profs en moins, et ça aussi c’est bon pour l’emploi des jeunes, pas vrai Maryline ? Bravo ! ça déméninge au Monde ! On comprend la fascination et l’affinité intellectuelle ressenties à l’égard de ces autres génies, qui nous gouvernent actuellement !

(Pour mettre un peu les pendules à l’heure, jusqu’ici la « vision » de Sarkozy dans l’éducation ç’a été 35000 postes de prof supprimées, des statistiques — sur le nombre d’élèves par classe par exemple — désormais tenues secrètes, des profs dont le pouvoir d’achat relatif est l’un des plus bas des pays de l’ocde, un taux de scolarisation des jeunes de 16 à 18 ans en recul, un effondrement du niveau testé des élèves, chaque année, dans l’enquête internationale Pisa. La réforme en cours des programmes s’est faite sans concertation et liquide toute ambition d’enseigner des contenus solides, l’académie des sciences a averti qu’avec ces nouveaux programmes les élèves n’auront plus le niveau pour suivre des études supérieures… Bref on va dans le mur mais c’est pas grave on continue et on accélère…)

 

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