Archives de Catégorie: Grains de sable isolés

Ismaïl Kadaré, L’Aigle, extraits

« Ses yeux s’étaient habitués à l’obscurité, il distinguait mieux les volatiles, voire les voyageurs qui les chevauchaient. Certains se cramponnaient avec peine à leur monture. D’autres, recrus de fatigue et d’angoisse, avaient posé leur tête entre les ailes et laissaient pendre leurs bras de part et d’autre.
Il remarqua non sans surprise que certains rapaces volaient en sens inverse du leur, comme s’ils rebroussaient chemin. Au début, il ne put y trouver d’explication, jusqu’à ce qu’il finît par discerner, sur l’échine de l’un d’eux, un squelette humain. Les bras noués à son encolure lui étaient restés suspendus comme un collier, et Max eut même l’impression d’entendre le cliquetis des os. »

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Jean Grosjean, Élégies, IX

L’ombre me dissoudrait vite l’âme si tu suivais la tache de soleil qui tourne quelques heures sur le lierre ou la mousse pour n’être plus qu’un souvenir dont doute la nuit.

Ne t’éloigne pas de moi comme firent les grands et tristes beaux jours de l’enfance avec leurs corolles célestes aux chevilles et leurs abîmes d’azur sur la tête. […]

Ce n’est pas possible, pas tolérable, pas vrai que tu puisses être l’image seulement de ce que tu fus et me soustraire à ma vivante mort derrière l’inaltérable empreinte de ton visage.

Pourquoi jalouser les royales indifférences qu’avec sa treille incueillie, ses noyers de bronze, sa poussière d’or en suspens, l’automne déploie sur les seuils qu’il déserte ?

Tu me parleras encore, ne serait-ce que du plus léger bougement de tes cils, ou du moins tu m’entendras proférer du creux de mon âme ton nom, rien que ton nom avec l’effort terrible et la voix sourde qu’on essaie dans la fosse.[…]

Le jour en déclin allonge vers l’Est l’ombre du geste que nous continuerons d’emprunter toute la nuit aux éternels quand bien les sources du monde seraient taries.

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JAMAIS UN BAUDET

SOIT QUE nocturne le fît choir vers l’espace
Capture d’écran 2018-02-23 à 00.38.33.pngRuban pérégrin déroulé et séparé du champ en bordure Du
Et noir d’une consécration passé le jour à nul titre advenu
Des appendices les étoiles couronnant si haut
Qu’auditifs confondus de l’immense désespoir que si
De la longe issu, ET CELLE-LÀ,
Décasyllabe laisse de vacuité pendant à la crête tragique de l’instant
LE GESTE d’une désinvolture empreint
Dénouant le Gordien par où l’animal leste rattaché
Quoiqu’aggravé d’une graminaire satiété
Courra
Emportement
Ivresse
Des collisions
N’ABOLIRA
LE CONDUCTEUR
Ébloui dans l’entrecroisement avec les yeux Apuléens
Sous l’expression démesurément longue susdites des appendices
LES PHARES
Jadis il rétrogradait
Et portant le verbe au point du pied le plus bas
d’exclamation
Rétréci sous l’iambe de l’action
Au plancher l’antique levier
Se sait d’un autre siècle à l’occident du ciel
Le cercle
Exacerbé de l’arrière train décrivant convolu
En justes noces avec le destin précipité
Si ce n’est que crissât-il des scrupules projetés
Foudroyât-il les verreries éberluées
L’arrêt
Intempestif du véhicule
Obtempère
Et libère au septuor l’insigne paix rotonde
Tandis que de l’équidé ne demeure
Vestige dans la nuit assourdie
Qu’évanescent panache
De queue
LE BAZAR

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Le paradis des livres / Le soulagement des mots

La Bibliothèque Des Sables

Au matin, avant que la vie n’accuse les ombres et les contours (ou que les ombres et les contours n’accusent la vie), avant que chaque chose ne s’approfondisse d’un relief où se dissimule son secret, avant que la vie ne me rattrape…

Ma conscience est pure : un lac tranquille, un miroir. Je lis. L’absence de trouble laisse se refléter le texte dans toute son étendue, sur les eaux plates de ma pensée, à peine plissées d’une respiration. C’est un espace limpide qui s’ouvre quotidiennement : mon paradis de la lecture. Et il est d’autant plus entier et vaste que la langue qui m’occupe est plus éloignée de la mienne : idées vives écrites dans des langues mortes, poésie mortes de l’orée de notre langue vive, langues étrangères… Je m’étonne de certains termes, je vérifie des étymologies, je prends des notes pour des écrits futurs qui peut-être n’auront pas lieu…

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Méditation pour l’innocent (après le massacre)

Tu mettras bien longtemps à entrer dans la conscience de ta mort; et moi je ne vivrai plus désormais que dans celle de ma survie.
À jamais tu ignoreras cette nuit.
Le temps m’a fait la bonté de cette larme où j’essaye de nous recueillir. Buvant le lait chaud de ton visage. Cependant qu’étrangement arrêtés, les grands laminoirs du ciel se font face et s’observent comme deux aveugles, reflétant sur les miroirs glacés de leur nuit,  la fixité des constellations.
Je viens du tumulte de la vie, qui est celui de la ruée des corps vers leur mort : danses de plaisir et de mort des corps en tourbillon, et leurs démembrements et leurs remembrements, et leurs jouissances et leurs grincements de dents
Pourtant j’ai désiré cette petite mort du temps, qui nous tient suspendus un instant au bord du temps, ensemble toi et moi : fragiles illusions de néant, hologrammes
Et toi lové dans le creux de mon bras comme je me suis lové dans le creux de cette nuit, avec la permission des constellations
Et sur nos tempes, le signe de la comète qui nous séparera
Parce que tu as deux ans et demi, et qu’il y a deux ans et demi j’avais quarante deux ans et demi
Je n’ai pas peur pour toi de cette terre, où toujours se sont levées et couchées les générations
J’ai peur de ne pas te protéger assez pour que tu vives pleinement sa douce-amertume
Mais pour l’heure tu pèses pleinement dans la nuit de ton sommeil, peuplé sans doute de gentils animaux, de choses bonnes à manger et de  parents attentifs, éternels
(22 novembre 2015)

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Humanité(s)

Enfants, Syrie. Mediapart.« (and your grandfather said, ‘suffer little children to come unto Me’: and what did He mean by that ? how, if He meant that little children should need to be suffered to approach him, what sort of earth had He created ; that if they had to suffer in order to approach Him, what sort of Heaven did He have?) »

William Faulkner, Absalom, Absalom !

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La Nouvelle Quinzaine littéraire n°1097 du 16 au 31 janvier 2014

Un numéro très riche.

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