Jean Grosjean, Élégies, IX

L’ombre me dissoudrait vite l’âme si tu suivais la tache de soleil qui tourne quelques heures sur le lierre ou la mousse pour n’être plus qu’un souvenir dont doute la nuit.

Ne t’éloigne pas de moi comme firent les grands et tristes beaux jours de l’enfance avec leurs corolles célestes aux chevilles et leurs abîmes d’azur sur la tête. […]

Ce n’est pas possible, pas tolérable, pas vrai que tu puisses être l’image seulement de ce que tu fus et me soustraire à ma vivante mort derrière l’inaltérable empreinte de ton visage.

Pourquoi jalouser les royales indifférences qu’avec sa treille incueillie, ses noyers de bronze, sa poussière d’or en suspens, l’automne déploie sur les seuils qu’il déserte ?

Tu me parleras encore, ne serait-ce que du plus léger bougement de tes cils, ou du moins tu m’entendras proférer du creux de mon âme ton nom, rien que ton nom avec l’effort terrible et la voix sourde qu’on essaie dans la fosse.[…]

Le jour en déclin allonge vers l’Est l’ombre du geste que nous continuerons d’emprunter toute la nuit aux éternels quand bien les sources du monde seraient taries.

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Classé dans Grains de sable isolés

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