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« Raid Citroën, première traversée du Sahara de Touggourt à Tombouctou par l’Atlantide », reliure demi basane marron, dos orné : Les Aventures de l’Adjudant Chapuis UNE

L’ingénieur et le soldat, réunis pour l’avancement de la civilisation, attendent le cuistot devant une assiette vide

C’est avec émotion que je coupe et lis pour la première fois les pages, imprimées en 1923 et jamais lues, du « Raid Citroën, première traversée du Sahara de Touggourt à Tombouctou par l’Atlantide », reliure demi basane marron, dos orné — envoyé par une librairie anglaise… Un style inimitable : « pour la gloire de l’industrie française », « notre Empire africain », « Vive la France ! », etc… J’en ai la chair de poule et la Marseillaise me monte au nez, je me mets au garde à vous à toutes les pages ! Et qui se souvient de l’adjudant Chapuis ? Adjudant Chapuis, du bas de tes bacchantes, ce sont 90 années d’héroïsme militaire qui nous contemplent ! Pour tout mon persiflage, ces pages restent imprégnées de l’enthousiasme et de l’euphorie de l’exploit… Cette lecture, pour mon prochain roman ; j’y reviendrai sans doute ; pourquoi l’Atlantide ? Chers lecteurs, la suite des aventures de l’adjudant Chapuis, comment il vécut comment il mourut, et ses amours avec la princesse berbère sauvée du rezzou, au prochain épisode…

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Petite note de lecture : lu Cadence, de Stéphane Velut.

L’auteur est neurologue, il s’agit de son premier roman, écrit dans la force de l’âge ! Difficile à classer : relatif à l’éros mais peu érotique, historique mais non réaliste… L’histoire d’un peintre, à qui le régime nazi commande une oeuvre officielle, et qui se sert de cette aubaine pour réaliser ses fantasmes transformatifs (oui…) sur le petit modèle mis à sa disposition. J’ai été particulièrement séduit par la cadence, justement, de sa phrase : alliance remarquable de la simplicité syntaxique et de la sophistication du vocabulaire, le tout ajusté avec la précision de la mécanique prothétique dont le peintre affuble son modèle… La fin m’a déçu, métamorphose des hordes nazis en animaux divers, que l’on a déjà vue/lue à plusieurs reprises.

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un petit joyau, LE PARADIS DE LA REINE SIBYLLE, d’Antoine de La Sale, 1437

Il s’agirait du premier conte fantastique de notre histoire littéraire : Antoine de La Sale, l’auteur du best-seller du 15ème siècle, Jéhan de Saintré, y raconte l’ascension qu’il fit, dix ans plus tôt, de la colline qui monte à l’antre de la sibylle de Cumes, près de Naples… De la caverne qui s’ouvre à son sommet souffle un vent violent, après quoi, si l’on entre, il y a un pont au dessus d’un abyme bouillonnant, puis des portes de fer qui battent éternellement, et encore deux dragons phosphorescents dans les grottes suivantes, avant de parvenir au paradis souterrain de la reine Sibylle, où le Malin donnera à l’intempérant bien des occasions de pécher (d’où le titre ambigu, à moins de le comprendre, au sens déjà ancien à l’époque d’Antoine de La Sale, de « jardin merveilleux »)… À vrai dire, Antoine n’est pas allé aussi loin, mais un moine du cru lui a raconté que… Enfin, le moine non plus n’a rien vu, mais deux chevaliers allemands, autrefois… Ou plutôt un autre chevalier, et son serviteur… La gigogne des récits-cadres place le témoignage dans la dépendance du crédit que l’on peut accorder aux différents narrateurs, situation décrite par Todorov dans sa classique introduction à la littérature fantastique… Mais cette description fonctionnelle s’applique t-elle encre dans le cas du merveilleux médiéval ? Le chrétien du moyen-âge frissonnait peut-être à cette évocation d’une porte ouverte des enfers, dans le sud de l’Italie… Cette ambiguïté fait le charme de ce récit, avec sa langue savoureuse. On peut discerner aussi des thèmes antiques : descente aux enfers, emprisonnement sensuel (île de circé), seuils symboliques entre les mondes…

Le conte fut publié dans le recueil qu’Antoine de la Sale nomma sa Salade ; on le trouve sur Gallica (magnifique édition de 1522 à télécharger).

J’ai fait moi-même le pélerinage de l’antre de la sibylle, dans les années 1990, au cours d’une journée où il m’est arrivé bien des choses étranges, preuve que l’enchantement de ces lieux magiques demeure.

« Les gens a qui il comptoit ces choses lui demandoient des merveilles de celle cave, et qui il y avait trouvé. /// Dessoubs ce pont a tresgrant et hydeux abisme de parfondeur, et au fons oyt on une tresgrosse riviere… tant est la hideur merveilleuse »

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Rien n’a jamais commencé…

…si ce n’est peut-être une fois, il y a 13 milliards d’années… Pour ce blog 0, le plus honnête, mais aussi le plus fastidieux, serait d’évoquer tous ceux qui m’ont fait : amis, livres, influences, rencontres intellectuelles… Comme l’empereur Marc-Aurèle, admirablement, au début de ses « Pensées ». Une vie se passe à essayer de se sursoir, mais à la fin nous ne sommes qu’une lettre dans la phrase infinie.

Je citerai seulement les noms de Saint-John Perse, de Pierre Guyotat, de Pierre Michon, comme ceux des modernes qui m’ont montré que vouloir consacrer le langage n’était pas un projet caduque.

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