Poète des temps confondus — connaissez-vous Christopher Dewdney ?

Our path a dark sweetness, musky tribute to your surrender. Your face miraculous stone sweating in the August heat.The sky a dream of cirrus&aquamarine, purple silhouettes of distant airplanes descending into the edge of night. High evening this secret joyous darkness internally illuminated by a fossil sun. Night windows of a large home near the river. In the cool dark of the basement nocturnal children interlock within the necessities of desire. Their faces animal flowers insensate with beauty. Tropical leaf theatre under stadium lights.
Christopher Dewdney, Signal Fires, McClelland&Stewart, 2000

Notre sentier une sombre douceur, tribut musqué à ta reddition. Ton visage une pierre miraculeuse, suant dans la chaleur d’août. Le ciel un rêve de cirrus&d’aigue-marine, silhouettes pourpres au loin d’avions descendant vers le rebord de la nuit. Haut Soir que cette obscurité joyeuse et secrète, illuminée de l’intérieur par un soleil fossile. Fenêtre nocturnes d’une grande demeure près de la rivière. Dans l’ombre fraîche du sous-sol des enfants de la nuit s’entrelacent parmi les nécéssités du désir. Leurs visages sont des fleurs animales insensées de beauté. Théâtre de feuille tropicale sous les éclairages du stade.
Tentative de traduction par votre serviteur.

Christopher Dewdney est l’un des plus célèbres poètes nord-américains contemporains. Il vit à Toronto et il y enseigne à l’université. Sa poésie visionnaire brasse les époques les plus anciennes de sa région, le « southern ontario », et mêle les évocations géologiques et naturalistes les plus immémoriales (surrection de l’escarpement du Niagara, forêts préhistoriques) aux éléments de la vie la plus moderne. Avec lui l’enfer urbain nord-américain  le plus écrasant vacille comme un mirage pour laisser entrevoir le temps infiniment long de la nature, et sa puissance de vie et de renouvellement : fantômes que nos vies, que notre technologie, les frontières du temps cèdent, passe une bestiole d’une espèce qu’on aurait crue depuis longtemps éteinte, et les grandes tours de verre du bord du lac ontario dominent un couvert de fougères arborescentes… Il n’est donc pas étonnant que cette poésie soit savante et scientifique, soucieuse de restituer le vivant et le mort, la molécule et le photon, à la lumière des connaissances contemporaines — ce que les poètes du XVIIIème siècle finissant (je pense à André Chénier) ont rêvé de faire, sans le pouvoir (un autre accomplissement ultérieur de ce projet, sous une forme plus brève et humoristique, pourrait être la Petite Cosmogonie Portative de Queneau).
En même temps surviennent des vignettes d’existence actuelle, qui surimposent à ce temps long la contemporanéité urbaine ou péri-urbaine du nord de l’amérique du nord, où le quotidien sans cesse est comme envahi par la nature, troué par la sauvagerie sous-jacente (un opossum à ma porte récemment ; vu aussi : un faucon en plein Boston dépeçant une souris ; et la transhumance banale et aboyantes des « V » d’oies)… Ainsi l’homme reste rarement lui-même, il se confond vite avec le paysage ; ses émotions, ses drames si passagers, se perdent dans les soubresauts de la chlorophylle et du carbone, des champs magnétiques et des plaques tectoniques, de la vie et de la mort.

De beaux dessins de fossiles, des planches d’histoire naturelle, des schémas de circuits électroniques et des extraits de calculs mathématiques illustrent la lecture.

Son recueil A Natural History fut l’une des lectures poétiques les plus fortes, les plus nouvelles et les plus foudroyantes, de mes années américaines. Ce petit article pour tenter de me faire, aussi peu que ce soit, l’un des passeurs de cette novation, de cette  émotion.

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