Archanes : furent-elles jamais ?

et volvens fatorum arcana movebo… (Énéide, 262 : « et je déroulerai les arcanes des destins »)

Le mot arcane est magnifique, Breton ne s’y était pas trompé : l’un des plus beaux mots, parce que l’un des plus mystérieux, de la langue française. Il défend son mystère, d’ailleurs, par l’inquiétant roulement de trois consonnes totalement dissemblables — une constrictive, une occlusive palatale non voisée, une dentale nasale (donc voisée)  — qui hérissent le fond sourd d’une unique voyelle, « a »,  terrée au fond du gosier d’où elle ne se montre pas : c’est tout un corps de garde en armes gothiques, qui s’interpose devant quelque chose de très bas et très grave….

Car, « arcane », arcanus en latin, c’est ce qui est caché. Que nul spécialiste ne s’avise de me détromper : arcanus vient de archè+cano, chanter : l’arcane, c’est ce qui a été chanté en premier, le Mystère, le tremblement religieux, ou lyrique, ou orgiaque — selon les goûts de celui qui l’invoque — du premier homme tremblant à l’aube des temps devant l’incongruité de l’existence… Que de mythes pour accompagner ce premier chant ! et de construction hasardeuses, qui prétendent le ressaisir avec des bras poussés hors du terreau fiévreux de la pensée spéculative : c’est l’hébreu que l’on croit primordial, et qui se décomposerait dans tout le  spectre des langues modernes ; c’est la poésie démiurgique qui rebâtit des généalogies, des royautés, des mondes et des théogonies ; c’est le rayonnement initial du big-bang qui crie en chacun des atomes qui nous composent ; c’est le Verbe, quoi…

En vérité, aucun poète, sans doute, jamais n’échappa à la fascination des textes anciens, médiévaux, antiques, bibliques, upanishadesques ou gilgameshiens… Il y va de son rêve du chant et de la voix, primordiaux.
En vérité, arcane devrait s’écrire archane, si l’on respectait un peu les éthymologies.
Alors y verrait-on plus clair, derrière les voiles d’illusions, les écrans de fumée dont s’envolute volontiers l’archane : l’archane finale, fatale, c’est l’arachne embusquée, quelque part, dans la toile d’araignée du langage.
On pressentait bien, aussi, une menace, à vouloir remonter ce fil…

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