La promenade au parc

Que le lecteur considère avec mansuétude le texte qui suit, expérience brute de « stream of consciousness » pour laquelle j’ai noté, dans un carnet que j’avais, les minutes de pensée qu’occasionnait une promenade au parc près de chez moi. Évidemment il s’est vite avéré que je ne pouvais noter mes sensations et pensées subreptices, en même temps que je les vivais et que je marchais et regardais autour de moi ! Je renouvèlerai l’expérience avec un enregistreur, un jour. (Remarque : Cette attention nouvelle aux interstices du temps, et aux possibilités littéraires qu’ils ouvrent, m’a été apportée par la lecture du livre de Don DeLillo, Point Omega.)

Courtney Pasternak, Liberal. Belle photo. Qu’au moins ça serve. Les voitures alanguies au stop, tout le paysage détrempé. Maisons, vieux style anglais, cachet du quartier. Le brun s’impose, brique et feuilles mortes sur le sol. Enfant. Une feuille morte rebondit. Écureuil, volée de moineaux. Rebondit sur les côtes luisantes, rissolées, du tram (vérification ultérieure : « rissolées » est ici absurde, amalgame évident avec « ruisselant »). Rails tournent, disparaissent derrière un buisson. J’aimerais y disparaître aussi. Mais froid, dans le parc. Il faudrait que ce soit le passage vers un autre monde, plus chaud. Littérature médiévale. Sentier tentant, vers la droite, et un autre. Feuilles pendent lourdes, pluie. Haies de genêts, ou autres — devrais apprendre les noms, ai acheté le livre. Sommets agités par le vent, mais je descends ves les fourrés. (Oiseaux, aboiements. Été parc chasse à courre, ici. Duc anglais. Costumes rouges, cors.) Barrière brisée, mais après, une autre plus récente. Table de pique-nique. Jamais venu ici, où vont ces chemins ? Peut-être, la nuit, il s’y passe… Voilà ! Bon Dieu, qu’est-ce que ça a poussé ! Tropical ! Impressionnant ! Mais déjà mourant. Le ruisseau, merde, une vraie rivière aujourd’hui. Pieds dedans ! Eau d’égout ? (d’égoût ? dégoût ? étymologies différentes…) Les barres apparaissent, au sommet de la côte striée de racines. Comme petit, enfant, Bois de Boulogne : une si petite pente quand j’y suis retourné ! Barres, seul sommet luisant visible, comme un trophée ou un totem. Flemme. Vais quand même faire ces tractions. Me tirera de la grippe. Ipod, Jung. Des arbres déjà rouges à travers les trouées où l’on peut voir. Barres mouillées et froides, acier dégoutte d’eau. Mais pas suintant, métal. Vraiment triste en fait. Mamie avec chien, tous deux emmitoufflés.  Couple chic. Un chipmunk court sur le vieux tronc abattu. Faune présente, discrète. Chipmunk, mot algonquin. Cavité, tous ces recoins, tous ces chemins qui partent, sous les buissons…. Faudrait ramper. Bizarre qu’avec tout ça on n’arrive pas à se cacher, on reste exposé. Type russe, un habitué. « I am depressed with weather ! », il me dit en roulant les r. « Everyone is », je lui réponds avec mes r français. Il s’échauffe au milieu du chemin. Parle de sa fille. Filles loin, on essaye de suivre ce qu’elles font, elles ne sauront jamais qu’on se préoccupait toujours d’elles. Ou bien on blablate pour se donner bonne conscience, comment savoir ?

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