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Braque

Georges Braque OiseauLa couleur en haut de la dune !
La couleur que nous avons cherchée.
Le chemin a été plus long ou plus court, c’est selon. Les véhicules abandonnés dérivent dans les clairière de l’arrière, compagnons des pensées oubliées du soir.
Bien peu ne pèse, dès lors.

En haut de la dune s’amasse un grand oiseau mervillon. Ses ailes effilées comme des haches barbares, soupèsent des galettes de ciel cramoisies, cuivrées et rondes comme des cymbales
(la peinture, congère de matière sombre, quasi fécale, où scintillent des escarbilles comme des étoiles filantes — écharpe les ailes en longs délinéaments qui s’enfoncent dans la splendeur du couchant);
le bec est tendu comme la flèche de l’espoir, sec comme une agonie, ivre comme la liberté; l’oeil, panique ou inexorable, n’est qu’une bille, incertain comme peuvent l’être les minéraux reclus dans leur mutisme.
(Silence et paix sur l’horizon, comme la nuit où circulèrent les B29, Enola Gay)

L’océan tranche la nuit écarlate de son fil imperceptiblement sinueux et avec la lune immense se comble la vision du songeur sur le divan. Les  espèces sont massives qui se rencontrent, et immiscibles ne laissent de place qu’à l’écartèlement.

Plus rien ne pèse, dès lors. C’est un grand fardeau qui nous est retranché.
Le chemin aurait pu être plus long; il ne se mesure que de lui même.
Un vieil homme, en haut de la dune, se dévêt devant l’océan; il décide d’entrer dans la demande de l’horizon.
Il reconnaît que ce fut sa plus constante passion.

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Hommage à l’amitié (François)

CalanquesLes îles, les caps, en dentelures de rochers sur la mer, série de stalactites adornant la gueule de saurien, bâillante, de l’horizon (histographie aléatoire de promontoires et de sapins, de voiles et d’élancements, de régates masquées par la distance) (en haut guipures d’un ciel d’orage, coulures noires, petites orgies de météores, cataclysmes en points de ponctuation, caprices éclipsés du rien au royaume du lointain) ;
Le monde déroule la draperie sans pli de la beauté, lors de cette descente vers une calanque de Toulon : fresque vraie à la caverne du ciel / éruption silencieuse au cratère de l’être ;
Le monde barré du signe infini de l’horizon
Et moi je descends la pinède ridiculement juché sur de très hauts talons : piles de papier et rêveries de livres à lire et à écrire, travaux infinissables où je m’enrégimente : échafaudages de ma vanité et de ma peur
Je suis le stylite du rien, le servant d’une ascèse sans autre nom que le mensonge, le géôlier et l’unique prisonnier d’une claustration en dépit du bon sens
Mais j’accompagne mon ami François, et nos familles
Et je tombe dans l’épaulement de l’amitié, je tombe dans les yeux des enfants et des épouses, je tombe dans l’étrange évidence des corps en pampres des sexes en grelots des fesses carrelées de bleu dans la tapisserie du ciel des eaux et de la terre de la mer qui nous lape dans l’hémorragie des roches
Maussade homme de papier je réadviens
Et je dois m’avouer qu’à la fin il ne restera rien, pas une ligne qui vaille, pas une formule mathématique, pas une sagesse pour soutenir une dernière fois le rasoir sanglant de l’horizon
Et je voudrais être encore ici, lucide dans l’oubli bleu, le bel oubli, pour cette dernière fois. Ici parmi nous.

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