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Hommage à l’amitié (François)

CalanquesLes îles, les caps, en dentelures de rochers sur la mer, série de stalactites adornant la gueule de saurien, bâillante, de l’horizon (histographie aléatoire de promontoires et de sapins, de voiles et d’élancements, de régates masquées par la distance) (en haut guipures d’un ciel d’orage, coulures noires, petites orgies de météores, cataclysmes en points de ponctuation, caprices éclipsés du rien au royaume du lointain) ;
Le monde déroule la draperie sans pli de la beauté, lors de cette descente vers une calanque de Toulon : fresque vraie à la caverne du ciel / éruption silencieuse au cratère de l’être ;
Le monde barré du signe infini de l’horizon
Et moi je descends la pinède ridiculement juché sur de très hauts talons : piles de papier et rêveries de livres à lire et à écrire, travaux infinissables où je m’enrégimente : échafaudages de ma vanité et de ma peur
Je suis le stylite du rien, le servant d’une ascèse sans autre nom que le mensonge, le géôlier et l’unique prisonnier d’une claustration en dépit du bon sens
Mais j’accompagne mon ami François, et nos familles
Et je tombe dans l’épaulement de l’amitié, je tombe dans les yeux des enfants et des épouses, je tombe dans l’étrange évidence des corps en pampres des sexes en grelots des fesses carrelées de bleu dans la tapisserie du ciel des eaux et de la terre de la mer qui nous lape dans l’hémorragie des roches
Maussade homme de papier je réadviens
Et je dois m’avouer qu’à la fin il ne restera rien, pas une ligne qui vaille, pas une formule mathématique, pas une sagesse pour soutenir une dernière fois le rasoir sanglant de l’horizon
Et je voudrais être encore ici, lucide dans l’oubli bleu, le bel oubli, pour cette dernière fois. Ici parmi nous.

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Le gai bégaiement

Avant que je ne me livre à certaine expérience sonore (c’était sur le flanc d’une écurie de chevaux blancs, et dans le mitan d’un soleil purulent de moustiques), je ne m’étais jamais attardé sur le mot « bégaiement ».  Il me hante depuis, au titre de la richesse de son éventail sémantique : bée, gai, ment… Et gaiement… Et beg… Une tripotée, une quadripotée même, de mots qui se renient et se tirent la bourre… Et l’imprégnation de gaieté là-dessus, pour démentir tout le calvaire — qu’on imagine —, du bègue… Le bègue, celui qui beg, vous savez, au bas de votre immeuble ! Celui qui vous quémande le sens : il croit que vous le commandez, vous, le sens !

Et puis vous jonglez si facilement, si aveuglément, avec le temps : votre langage comme une présomption de l’esprit, disait le poète, s’établit sur les trois saisons de l’être. Mais le bègue, lui, le bègue ni le beggar ni le poète (enfin les autres poètes) ne peuvent s’expliquer que les mots, les mots ! les mots ! se conservent identiques, alors que l’être, déjà, n’est plus ! N’est plus que le flux enfui, et que les mots soudain sont vains ! Et ce n’est encore là que l’une des myriapodes de raisons qui font que le langage achoppe, que le langage ne peut dire !

C’est lui qui a raison le bègue, c’est lui qui est devant le mur infranchissable de la vérité.

Enfin dans le bégaiement, subi ou librement emprunté, je ne puis m’empêcher de penser qu’il entre une pure fascination pour la répétition : que le bégaiement c’est le hoquet et le sanglot de la pulsion de mort. Le bègue se rend compte qu’il tire la mort dans le chariot du langage, qu’il s’évertue en vain à vouloir s’échapper sur le chemin de sa langue, mais que pas plus il ne s’échappera, que l’Achille qui bégaie sa fuite inutile devant la tortue.

Alors béez, les gais beggars. Trinch est le gai savoir, il est monosyllabe. Trinch ! TRINCH !

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