La Masochiste, par Guillaume de Lorris

TristesseTristesse est personnifiée dans le Roman de la Rose (ci-dessous, suivi de la traduction en Français moderne) : ne croirait-on s’avancer un marbre allégorique de Rodin, drapé dans un voile funeste ? Ou mieux, ne croirait-on reconnaître quelques personnes de notre connaissance, qui se sont fait un bel enfer intérieur auquel ils tiennent plus que tout, et dont ils ont muré les issues ? Hélas, ce jardin intérieur du maso, comme il nous est facile d’en reconnaître chez l’autre les allées et les bosquets, et comme, lorsqu’il s’agit du nôtre, nous en habillons les travées de nécessité, et de toutes sortes d’autres fallacieuseries !

291  "Delez Envie auques près iere                   
     Tristece painte en la maisiere;
     Mès bien paroit à sa color
     Qu'ele avoit au cuer grant dolor,
     Et sembloit avoir la jaunice.
     Si n'i féist riens Avarice
     Ne de paleur, ne de mégrece:
     Car li soucis et la destrece,
     Et la pesance et les ennuis
     Qu'el soffroit de jors et de nuis,
     L'avoient moult fete jaunir,
     Et megre et pale devenir.
     Oncques mès nus en tel martire
     Ne fu, ne n'ot ausinc grant ire
     Cum il sembloit que ele éust:
     Je cuit que nus ne li séust
     Faire riens qui li péust plaire:
     N'el ne se vosist pas retraire,
     Ne réconforter à nul fuer
     Du duel qu'ele avoit à son cuer."

« À côté d’Envie, à quelque distance, il y avait, représentée sur la muraille, Tristesse. Or, il apparaissait bien à sa couleur que son coeur était plein d’une grande douleur : on eût dit qu’elle avait la jaunisse, et à côté d’elle, la pâleur et la maigreur d’Avarice n’étaient rien, car les soucis, la tristesse, la peine et les ennuis qu’elle souffrait jour et nuit lui avaient donné un teint bien jaune et l’avaient rendue maigre et pâle. Jamais être ne fut né pour subir un tel martyre, et ne vécut telle angoisse comme ce qu’elle semblait connaître. Je crois que personne n’aurait su quoi que ce soit pour lui plaire et qu’elle n’aurait voulu sous aucun prétexte renoncer au chagrin qu’elle avait dans son coeur »

(trad. Armand Strubel, Le Livre de Poche coll. Lettres gothiques)

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