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Robert le Diable, une histoire d’horreur et de rédemption, du XIIIème siècle

     C’est la chanson de Jean Ferrat au sujet de Robert Desnos et de sa mort en camp de concentration, Robert le Diable, chanson émouvante à pleurer, qui m’a amené à me souvenir d’une notice lue dans un livre d’histoire littéraire ; j’ai voulu en savoir plus, en allant voir aux sources. J’ai trouvé l’édition bilingue d’Élisabeth Gaucher, Robert le Diable, chez Champion, coll. Classiques, 2006.

     Robert le Diable s’est avéré être l’oeuvre d’un clerc anglo-normand, anonyme, du début du XIIIème siècle, qui comme d’habitude a fondu une série de thèmes et de formes plus anciennes pour créer une oeuvre nouvelle, puissante, à valeur d’exemplum — et inscrire un nouveau mythe littéraire dans notre littérature. Le mythe littéraire, selon les mythologues, ne devient consacré et pérenne qu’à la condition de se greffer sur des thèmes anciens et puissants, peut-être ancrés dans la psyché humaine (ou au moins dans celle des participants de la culture où s’ente le mythe).

     Tel est le cas de l’histoire de Robert le Diable, fils du Duc de Normandie (que plusieurs érudits ont voulu identifier à un personnage historique réel, sans qu’aucune solution ne fît consensus parmi les savants). Sa mère la Duchesse est restée 17 ans brehaigne après son mariage ; en vain a t-elle prié Dieu assidument. Furieuse, elle reproche à la divinité de ne pas répondre à ses prières : malheur au chrétien qui veut enchaîner Dieu, que ce soit par des prières ou des serments ! La duchesse en appelle au « Diable ailé » pour remédier à la stérilité de son union, puis s’effondre, et ne revient à ses sens qu’à l’entrée du Duc dans sa chambre ; elle est alors d’une beauté surnaturelle, et son époux n’y résiste pas :

« Dont eut li Dus si grant desir

Et tel talent d’a li gesir

Que, plus tost qu’il peut, sor le lit

L’emporte et en fait son delit (délice)« 

Je ne traduis pas, pour ne pas offenser mes chastes lecteurs, et pour conserver les sonorités de cette langue de nos ancêtres. Mais on peut néanmoins se demander si le moyen-âge, à l’apogée de la courtoisie, avait une conscience élaborée du plaisir féminin… Je laisse la question aux spécialistes d’histoire sexuelle. Quoi qu’il en soit un fils naîtra de cette nuit de feu maligne, ce sera Robert. Tout enfant il tourmentera ses nourrices ; adolescent il frappera ses maîtres, au point qu’il sera impossible de lui enseigner à lire ou écrire ; adulte il attaquera et tuera les serviteurs de Dieu, et même les nobles amis de son père ; adoubé chevalier, au mépris de la loi chevaleresque il ne laissera pas vivant un seul de ses adversaires de tournoi. Le pape, alerté de ces ravages parmi son troupeau d’hommes, s’entremet et menace d’excommunication le Duc, s’il ne met fin aux désordres de son fils ; le Duc, faible et craignant que ne se retourne contre lui la violence de sa progéniture, préfère exiler Robert. Celui-ci part donc dans la forêt, accompagné d’une bande de brigands violents, et ses exactions ne font qu’empirer. Un horrible point d’orgue conclut cette première partie : Robert a connaissance d’un couvent peuplé de femmes de haute noblesse (et de haute beauté) qui ont choisi de se consacrer au Christ ; il y entre par la force, et à lui tout seul massacre tous les vivants qui s’y trouvaient, avec une prédilection pour le meurtre des nones les plus angéliquement belles. La scène qui s’ensuit a la précision de l’hallucination et la cruauté des visions auxquelles atteindront les surréalistes des siècles plus tard — les modernes amateurs de « gore » ne la renieraient pas non plus : Robert, couvert de sang au point d’en rougir entièrement la robe blanche de son cheval, entre dans la capitale de son père, tandis que les gens fuient et se calfeutrent devant ce retour démoniaque.

« Del fier et de la glaive toute

Est si sanglente qu’en degoute

Li sans a ses piés contreval ;

Et tous li chiés de son cheval

Est si chargiés trestout de sang

Que poy y pert partout de blanc. »

(Traduction Elisabeth Gaucher : « [la lame de son épée et toute sa lance] étaient recouvertes de sang, dont les gouttes tombaient à ses pieds ; même la tête de son cheval en était si imprégnée qu’on n’en distinguait presque plus la couleur. »)

     Un étrange brouillard obscurcit la conscience de celui qui est l’objet unanime de la haine et de l’effroi… La grâce s’insinue dans l’obstination auparavant aveugle de l’insigne pécheur : « pourquoi moi » ? Il se rend auprès de sa mère, qui lui avoue le pacte diabolique auquel son désir d’enfant l’a conduite. Terrassé par la connaissance de son origine impure, Robert abandonne tout et se rend auprès du Pape, pour le supplier de l’absoudre… Le Souverain Pontife, dépassé par la démesure des fautes du misérable, le renvoie à un saint ermite, qui saura quelle pénitence lui infliger : l’épreuve, pour Robert, sera de ne plus parler, de passer pour un fou furieux, de ne se nourrir que des restes de la pitance donnée aux chiens. Robert gagne la cour Impériale (seul endroit où la populace n’ose le poursuivre pour l’écharper, puisqu’il doit jouer la démence) et y reste dix ans comme fou de l’Empereur ; cependant les Infidèles menacent Rome…

     Il est inutile que j’en dise plus, et à vrai dire la narration dans sa seconde partie prend un tour plus attendu, et un peu répétitif (à tel point que je me suis interrogé sur la possibilité d’interpolations de copistes, mais Élisabeth Gaucher n’en fait pas mention). Inutile aussi que je commente la signification allégorique de l’histoire, dans le contexte religieux médiéval : ce n’est pas que je sois partisan d’une critique dés-historicisée, mais Élisabeth Gaucher dans sa préface évoque en spécialiste les significations médiévales de la folie, les considérations patristiques sur les accès du corps au monde et à la connaissance puis à la grâce, les valeurs illocutoires de la parole dans la pensée du moyen-âge… Je renvoie à son édition, et à sa bibliographie. Ce qui m’intéresse à titre personnel et pour faire connaître ce texte important de mon patrimoine, ce sont les échos, les répercussions qu’il éveille dans l’esprit du lecteur moderne. Car je crois à une signification de cette légende qui, si elle ne saurait être universelle et intemporelle, enjambe néanmoins les siècles, et demeure étonnante et presque perturbante, pour une conscience moderne. Il s’agit du mythe de l’origine, et de la part maudite, ou sacrée, en tout cas de la part de mystère initial : celle ou celui qui se penche en elle-même ou lui-même, qui remonte toujours plus vers l’amont de ce qui la ou le fait, des sources de son désir, s’expose au vertige d’une anamnèse et d’une analyse infinies. « Je ne peux pas ne pas vouloir ce que je veux », ainsi que le disait Schopenhauer.  Nos canaux n’ont pas de fin, nos vaisseaux sanguins pompent un sang de provenance, en définitive, inconnue, notre psyché trempe dans un bain aux contours indistincts. Il s’agit du grand mystère du parlêtre, que rencontre métaphoriquement Robert, et auquel le moyen-âge assignait cette origine parfois divine, parfois démoniaque. La pulsion nous occupe, nous négocions continuellement avec elle, comme une puissance qui nous identifie, ou parfois nous est étrangère, lorsqu’elle ne ravage pas une vie de même manière que Robert dévaste le duché paternel. (Autres échos psychanalytiques ici, mais il revient à chacun de donner son sens au texte).

Une autre écho, enfin, de ce texte — et j’ai conscience de m’aventurer ici sur un terrain piégé, aventureux et subjectif — serait celui des recours extrêmes et des compromissions auxquelles peut conduire le désir d’enfant, envers et contre tout : procréations d’êtres sans pères, pari immense dont sera éventuellement redevable un autre que celle ou ceux qui l’ont pris, vocation d’un être futur et pourtant aimé, aux tourments de l’absence et de l’inconnaissable.

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Note de lecture : Histoire de la France Coloniale, sous la direction de Jacques Thobie, Armand-Colin

Grande lecture/étude de deux fois 1200 pages, que j’ai entreprise dans l’optique de mon prochain roman, mais que je signale car elle est susceptible d’intéresser les lecteurs de Plantation Massa-Lanmaux. Il ne s’agit pas de recopier mes 30 pages de notes, mais de mettre en avant les traits qui m’ont le plus frappé de l’aventure, ou plutôt des aventures, coloniales.

 1) l’absence d’un dessein constant : les gouvernements agissaient et réagissaient au coup par coup, parfois entraînés par les agissements d’individus industrieux, les circonstances, les alea de la politique européenne, les besoins immédiats du pays (telle l’expédition mexicaine de Napoléon III, menée pour remédier à la pénurie d’argent métal en France). Il y a rarement eu un projet impérial en tant que tel.

2) le manque d’intérêt de la masse de la population française : dans leur ensemble, les français de toutes époques et de toutes origines ont été au mieux indifférents  à l’expansion coloniale, et plus souvent hostiles à ce qui semblait être une dépense de forces inutile ; au moment de plus grande extension outre-mer, entre les deux guerres, on peut considérer que le « parti colonial » ne comportait pas plus de 10000 personnes, liées à la gestion ou à la défense des possessions outre-mer.

3) l’absence d’unité institutionnelle et économique : rien à voir entre le Canada, l’Indochine, l’Algérie, les Antilles : des enjeux et des situations différentes. La conclusion des auteurs du livre est d’ailleurs : il n’y a jamais eu « d’Empire » français, et on peut même douter que la France fût vraiment une nation coloniale.

4) les fluctuations de la « rentabilité » de l’Empire : elle n’a été manifeste que durant la période esclavagiste, aux antilles. Au XXème siècle les tarifs douaniers ont retardé la modernisation de l’industrie française, qui a d’ailleurs connu un boom au moment de la décolonisation.

5) la permanence des débats : pour restreint que soit le domaine ultra-marin actuel, on retrouve les mêmes débats sur l’autonomie ou l’indépendance, l’assimilation ou la spécificité, qui avaient déjà cours au XIXème siècle.

6) les explications de la durée de la crise algérienne : guerre de revanche et de prestige pour l’armée française, même De Gaulle a eu besoin de 4 ans pour convaincre les militaires de lâcher prise.

7) l’étroite corrélation entre les expéditions coloniales et la situation politique du pays : après les défaites napoléoniennes, l’afrique et l’asie étaient les seuls terrains d’action possible ; de même après 1870 il s’agissait de préparer dans la plus grande France la reconquête de l’Alsace et la Lorraine.

8.)le caractère inéluctable, presque fatidique, des indépendances dès lors que le processus était engagé : la France n’a jamais autant donné à ses colonies, politiquement et économiquement, qu’après la seconde guerre mondiale, mais aucun sentiment national ne s’est laissé acheter. Comme disait De Gaulle : « tous, ils sont tous partis »…

9) la démythification : il n’y a pas eu 80000 morts à Madagascar en 47 ; presqu’aucun Africain n’a eu à apprendre « nos ancêtres les Gaulois » ; et surtout il n’y a jamais eu de grand enthousiasme colonisateur à l’échelle de la nation

10) une mine d’aventures individuelles et collectives extraordinaires, souvent inutiles, souvent oubliées : je ne citerai que celle de ces colons abandonnés au Brésil, qui parviennent à retourner en Europe sur des radeaux !

À noter que le livre est caduc en ce qui concerne les DOMs TOMs ROMs et POMs (sic) dont l’évolution institutionnelle s’est poursuivie dans les 20 ans qui se sont écoulés depuis la parution.

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Petite note de lecture : je viens d’achever This Wild Darkness : The Story of my Death, par Harold Brodkey.

Il s’agit de la chronique de ses derniers mois et semaines, avant de mourir du SIDA, en 1996. Le livre a servi de support au formidable spectacle de Pippo Delbono, Questo Buio Feroce. La plus grande partie du livre exprime des pensées et réactions assez conventionnelles, et témoigne d’un égocentrisme que la maladie explique et excuse sans doute (bien qu’il fût, me dit-on, typique de Brodkey, avant même qu’il tombe malade). Mais la fin est assez grandiose, avant ce qui apparaît comme le démantèlement final de l’identité : Brodkey, en compagnie de sa femme, a été très heureux, dans les dernières semaines de sa vie, et sans même savoir pourquoi.

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Polissage de nos iris : POURQUOI LA POÉSIE, Fabrice Midal, Pocket Agora

La réponse, exigeante, sera évidente à la clôture du livre, mais résistera toujours à la mise en mots — autrement que par les mots mêmes de la poésie. Fabrice Midal procède à une phénoménologie de la poésie, et la resitue comme expérience originelle de l’Être, avant la grande coupure entre philosophie et poésie qu’opère le Platon de la République (bifurcation encore plus précoce selon Mallarmé, qui l’attribue à Homère, autrement dit à l’oeuf de notre culture !)

Fabrice Midal s’inscrit malgré cela dans la tradition Platonicienne, ou plus exactement dans la recréation qu’en a fait, à la Renaissance, le néo-Platonisme, et sa doctrine de l’inspiration, ou Furor Poeticus : c’est l’enthousiasme du poète ou du prophète, du mystique, que les muses prodiguent librement et libéralement à celui qu’elles élisent. Qui, quoi parle à travers le poète ? Quel souffle, d’où ? « C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde »… et le reste appartient à une expérience individuelle, que Monsieur Midal se refuse heureusement à déflorer ou décortiquer, car elle est irréductible à la reductio ad conceptum…

Oui, l’on sait, au refermer du livre (qui ne se referme pas si facilement, et probablement restera ouvert longtemps dans l’arrière pays de celui qui l’a lu), pourquoi la poésie, même si on ne peut toujours pas le dire. Comme dans la théologie négative on sait dire en revanche ce pourquoi elle n’est pas : elle n’est pas dédiée au beau, au mignard, à la recherche formelle, et surtout pas à l’épanchement psychologique où nos contemporains se complaisent (résultat de la victoire totale de l’individualisme) ? Je me permettrais de dire, en espérant ne pas outrepasser la pensée de l’auteur, que l’onyx de ses purs ongles n’est non plus dédié aux choses qu’aux mots, mais à leur rencontre, ou à leur séparation, dans l’expérience vitale.

Fabrice Midal consacre tout un chapitre à la poésie au XXème siècle, la poésie après les camps et les goulags et les totalitarismes, voire la poésie des camps des goulags et des totalitarisme, et à ce nouveau besoin qui s’impose au poète de se faire le théoricien (et trop souvent l’apologiste, le plaideur ?) de sa propre fonction, de son propre poème : car la place du poète n’est plus réservée, elle ne peut plus être occupée comme autrefois les aînés nous tendaient leur tabouret encore chaud, qu’il ne nous restait plus qu’à repeindre à notre guise en pestant contre leur passéisme… C’est au poète de construire maintenant son propre paradigme, social, intellectuel, esthétique, et probablement de le vivre, d’en jouir et d’en souffrir, plus que de le théoriser. Tel est plus généralement le lot de l’artiste moderne, et Fabrice Midal rejoint là son propre paradigme de préoccupations (cf Comprendre l’Art Moderne, du même auteur).

Ce constat d’un combat titanesque conduit pourtant à une conclusion mélancolique, tant il semble perdu d’avance : notre époque hait la poésie, elle ne la comprend plus et prétend l’évacuer, dans une simplification sinistre de l’expérience du langage, rendu utilitariste et naïvement signifiant. L’ombre de la tristesse colore donc les dernières lignes, mais je me suis rappelé que Flaubert, il y a maintenant un siècle et demi, notait déjà que son époque haïssait la poésie, et que cela n’a pas empêché Rimbaud, Mallarmé, Claudel, Reverdy, Perse, Char… pour ne citer que quelques géants (fragiles). Au long de son itinéraire Fabrice Midal puise aussi largement dans les exemples étrangers, américains, est-européens, russes, tant pour citer leurs vers que leurs commentaires théoriques. Une ouverture sur une bibliographie passionnante donc, tant de nouveaux chemins, et un livre essentiel, salubre, revigorant, que tous les enseignants en tout cas devraient lire, et auquel on doit souhaiter la plus large diffusion. Pour la poésie.

 

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Poème 22 de Un Signe Dans L’Été, de Jean Malrieu

Un dieu a passé par ici. La grille qui donne sur le jour n’a pas grincé. Le chien dort.  Du côté de l’Orient se répand la nouvelle que les coqs dispersent sur les remparts de citadelles. Les fenêtres s’ouvrent ensemble. L’avez-vous vu ? Un dieu a dormi parmi nous. Ma taille plie. Je suis soumis. Mes joies lui appartiennent. Maître des eaux, du sel, il se penche sur l’abîme. On pourrait voir jusqu’à mon coeur. Il a sondé les rêves. Puis, comme l’arbre à l’aube retrouve ses feuilles claires, je fais cliqueter ma charge d’années.

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NOUS NOUS RÉVEILLERONS D’UN LONG VOYAGE, un poème de Jean Malrieu

NOUS NOUS RÉVEILLERONS D’UN LONG VOYAGE ET, DANS LA CHAMBRE SAUVAGE, LE CHEVAL DU PLAISIR MANGERA DANS NOS MAINS LES HERBES DE LA MAGIE.

DÉJÀ LA TAPISSERIE S’ÉCARTE. UN COQ CHANTE À LA POINTE DE L’ÂME. NOUS AVONS LA PLAIE MERVEILLEUSE À LA HANCHE, UN CONTINENT, DES ÎLES, UNE POIGNÉE DE POUSSIÈRE.

JE NE SUIS QUE TON COEUR NOIR.

NOUS NE POURRONS PLUS JAMAIS DORMIR. »

Jean Malrieu, Le Nom Secret

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Il existe des chefs-d’oeuvre contemporains !

Romans en français : il existe des chefs-d’oeuvre contemporains !

Débats et commentaires sur la fin de la littérature française, son déclin irrémédiable, l’absence de grands écrivains… Basta cosi ! Voici quelques romans écrits entre les années 1960 et maintenant, qui sont à mes yeux autant de livres essentiels. De la littérature qui a de l’estomac, de la couille, du clito, du style, des idées, qui déménage et qui dérange, et vous propulse au tutoiement des muses… Dites-moi ce que vous en pensez, si vous me suivez sur ces titres…

Pierre Guyotat, Tombeau pour 500000 soldats  (Guyotat c’est le génie rimbaldien vivant parmi nous)

Martinet, Jérôme (une sorte de Conjuration des Imbéciles franco-russe… Inclassable !)

Maurice Pons, Les Saisons (un sommet d’absurde et d’humour noir)

Pierre Michon, Vies Minuscules

Andreï Makine, Le Testament Français

Christian Prigent, Demain Je Meurs (attention, expérimental, passionnant mais sacrément difficile à lire)

Philippe Bordas, L’invention de l’écriture

Jean-Loup Trassard, Dormance (…petite hésitation avant de l’ajouter à ma liste, mais enfin vous vous ferez votre opinion…)

…pour ne pas citer les classiques et contemporains, ou au moins récents, Claude Simon, Julien Gracq, Chamoiseau, Michel Tournier, Ahmadou Kourouma, René Depestre…

« Fange écarlate du langage, assez de ton infatuation ! » (Saint-John Perse, Dieu de la poésie universelle, dans son dernier poème, Sécheresse, de 1974)

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Petite note de lecture : lu Cadence, de Stéphane Velut.

L’auteur est neurologue, il s’agit de son premier roman, écrit dans la force de l’âge ! Difficile à classer : relatif à l’éros mais peu érotique, historique mais non réaliste… L’histoire d’un peintre, à qui le régime nazi commande une oeuvre officielle, et qui se sert de cette aubaine pour réaliser ses fantasmes transformatifs (oui…) sur le petit modèle mis à sa disposition. J’ai été particulièrement séduit par la cadence, justement, de sa phrase : alliance remarquable de la simplicité syntaxique et de la sophistication du vocabulaire, le tout ajusté avec la précision de la mécanique prothétique dont le peintre affuble son modèle… La fin m’a déçu, métamorphose des hordes nazis en animaux divers, que l’on a déjà vue/lue à plusieurs reprises.

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un petit joyau, LE PARADIS DE LA REINE SIBYLLE, d’Antoine de La Sale, 1437

Il s’agirait du premier conte fantastique de notre histoire littéraire : Antoine de La Sale, l’auteur du best-seller du 15ème siècle, Jéhan de Saintré, y raconte l’ascension qu’il fit, dix ans plus tôt, de la colline qui monte à l’antre de la sibylle de Cumes, près de Naples… De la caverne qui s’ouvre à son sommet souffle un vent violent, après quoi, si l’on entre, il y a un pont au dessus d’un abyme bouillonnant, puis des portes de fer qui battent éternellement, et encore deux dragons phosphorescents dans les grottes suivantes, avant de parvenir au paradis souterrain de la reine Sibylle, où le Malin donnera à l’intempérant bien des occasions de pécher (d’où le titre ambigu, à moins de le comprendre, au sens déjà ancien à l’époque d’Antoine de La Sale, de « jardin merveilleux »)… À vrai dire, Antoine n’est pas allé aussi loin, mais un moine du cru lui a raconté que… Enfin, le moine non plus n’a rien vu, mais deux chevaliers allemands, autrefois… Ou plutôt un autre chevalier, et son serviteur… La gigogne des récits-cadres place le témoignage dans la dépendance du crédit que l’on peut accorder aux différents narrateurs, situation décrite par Todorov dans sa classique introduction à la littérature fantastique… Mais cette description fonctionnelle s’applique t-elle encre dans le cas du merveilleux médiéval ? Le chrétien du moyen-âge frissonnait peut-être à cette évocation d’une porte ouverte des enfers, dans le sud de l’Italie… Cette ambiguïté fait le charme de ce récit, avec sa langue savoureuse. On peut discerner aussi des thèmes antiques : descente aux enfers, emprisonnement sensuel (île de circé), seuils symboliques entre les mondes…

Le conte fut publié dans le recueil qu’Antoine de la Sale nomma sa Salade ; on le trouve sur Gallica (magnifique édition de 1522 à télécharger).

J’ai fait moi-même le pélerinage de l’antre de la sibylle, dans les années 1990, au cours d’une journée où il m’est arrivé bien des choses étranges, preuve que l’enchantement de ces lieux magiques demeure.

« Les gens a qui il comptoit ces choses lui demandoient des merveilles de celle cave, et qui il y avait trouvé. /// Dessoubs ce pont a tresgrant et hydeux abisme de parfondeur, et au fons oyt on une tresgrosse riviere… tant est la hideur merveilleuse »

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