Archives de Tag: yann-garvoz

Dieu, Modiano et Moi

Interloquée (cliquer) (*), il y a quelques temps, par une vague de chamanisme qui déferla sur France Culture, le Musée du Quai Branly et ma bibliothèque — interloquée donc, mon écriture a voulu chercher un fondement anthropologique universel à ces remuements et tressautements d’entrailles psychiques, qui parfois laissent l’écrivain s’infatuer d’une croyance en ce qui fut appelé sa voyance. Il m’a semblé que le chamanisme pouvait contribuer à un nouveau paradigme de la conscience, dans lequel cette voyance de l’écrivain ne serait pas purement et simplement passée aux pertes et profits de la rationalité, mais trouverait sa place dans un continuum socialement acceptable de relation à la réalité.
Je concluais aussi ma petite réflexion par une homologie fonctionnelle entre le chamane, intercesseur des mondes magiques, et l’écrivain, intercesseur des mondes littéraires, par l’oeuvre de qui le lecteur aussi se devait faire chamane. (cliquer)

(*interloquée, c’est-à-dire que cela lui parlait…)

Comment savoir ? Comment savoir la part de la mégalomanie narcissique, et de la possible vérité ?
En tout cas, quelques rencontres littéraires m’ont montré que je n’étais pas le seul à errer dans ce labyrinthe, dont on ne sait pas si les miroirs sont réfléchissants, déformants ou sans tains… Les quelques citations ci-dessous, que j’ai voulues d’auteurs très postérieurs aux Hugaud et Rimbo, l’attestent : je les recopie sans autre forme de procés.

MODIANO, DORA BRUDER :

« Comme d’autres avant moi, je crois aux coïncidences et quelquefois à un don de voyance chez les romanciers — le mot « don » n’étant pas le terme exact, parce qu’il suggère une sorte de supériorité. Non, cela fait tout simplement partie du métier : les efforts d’imagination, nécessaires à ce métier, le besoin de fixer son esprit sur des points de détail — pour ne pas perdre le fil et se laisser aller à la paresse — toute cette tension, cette gymnastique cérébrale, peut sans doute provoquer à la longue de brèves intuitions « concernant des événements passés ou futurs », comme l’écrit le dictionnaire Larousse à la rubrique « Voyance ».  »

RENÉ CHAR, RECHERCHE DE LA BASE ET DU SOMMET :
« L’accès d’une couche profonde d’émotion et de vision est propice au surgissement du grand réel. On ne l’atteint pas sans quelque remerciement de l’oracle »

PABLO NERUDA, LES VIES

Ah ! comme je te sens parfois
agacée
contre moi, vainqueur au milieu des hommes !

Et cela car tu ne sais pas
que ma victoire est celle aussi
de milliers de visages que tu ne peux voir,
de milliers de pieds et de coeurs qui m’escortèrent,
je ne suis rien
et je n’existe aucunement,
je ne suis que le front de ceux qui m’accompagnent,
si je suis fort
c’est parce que je porte en moi
au lieu de ma médiocre vie
toutes les vies,
un millier d’yeux
me permettant d’aller sans faille de l’avant,
mille mains
de frapper dur comme la pierre,
et l’on entend ma voix à l’orée de toutes les terres
parce qu’elle est la voix de tous
ceux qui n’ont pas parlé,
de tous ceux qui n’ont pas chanté
et qui chantent aujourd’hui
par cette bouche qui t’embrasse.

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Le gai bégaiement

Avant que je ne me livre à certaine expérience sonore (c’était sur le flanc d’une écurie de chevaux blancs, et dans le mitan d’un soleil purulent de moustiques), je ne m’étais jamais attardé sur le mot « bégaiement ».  Il me hante depuis, au titre de la richesse de son éventail sémantique : bée, gai, ment… Et gaiement… Et beg… Une tripotée, une quadripotée même, de mots qui se renient et se tirent la bourre… Et l’imprégnation de gaieté là-dessus, pour démentir tout le calvaire — qu’on imagine —, du bègue… Le bègue, celui qui beg, vous savez, au bas de votre immeuble ! Celui qui vous quémande le sens : il croit que vous le commandez, vous, le sens !

Et puis vous jonglez si facilement, si aveuglément, avec le temps : votre langage comme une présomption de l’esprit, disait le poète, s’établit sur les trois saisons de l’être. Mais le bègue, lui, le bègue ni le beggar ni le poète (enfin les autres poètes) ne peuvent s’expliquer que les mots, les mots ! les mots ! se conservent identiques, alors que l’être, déjà, n’est plus ! N’est plus que le flux enfui, et que les mots soudain sont vains ! Et ce n’est encore là que l’une des myriapodes de raisons qui font que le langage achoppe, que le langage ne peut dire !

C’est lui qui a raison le bègue, c’est lui qui est devant le mur infranchissable de la vérité.

Enfin dans le bégaiement, subi ou librement emprunté, je ne puis m’empêcher de penser qu’il entre une pure fascination pour la répétition : que le bégaiement c’est le hoquet et le sanglot de la pulsion de mort. Le bègue se rend compte qu’il tire la mort dans le chariot du langage, qu’il s’évertue en vain à vouloir s’échapper sur le chemin de sa langue, mais que pas plus il ne s’échappera, que l’Achille qui bégaie sa fuite inutile devant la tortue.

Alors béez, les gais beggars. Trinch est le gai savoir, il est monosyllabe. Trinch ! TRINCH !

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MEDINA, chose vue, (hommage)

Dessinées par la panse, écrasée sur le sol, d’une brebis :
les juridictions du ciel.

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Le voeu de légère t’ai (salicorne, beg)

Dans la pousse
Hier levée de mes se
De mes se mêle semelle
Dans le mou
Dans le moutonnement d’étouffe
Des tou des touffes d’herbes sur la
Pan sur la Pan sur la
Pampa dans l’explo dans l’ex
Plosition dans l’explosition
De leur choeur d’herbe leur coeur leur omb
Ragé dans leur sphère sphéri
Félicité de sortir d’elles-mêmes
D’aller vers le sol vers le seul
Vers le seul soleil
Dans la sale salie
La saline la sale inité de la seule
La solitude marine
Dans le pan le pan
Hache du vent de sel haut
E tour des hampes d’herbes
Et dans le seul soleil
Et dans le cadavre éventé du passé
Étendu sur la plaine
Le voeu
Le voeu de l’égère
Je T’ai
Jeté
Le voeu de légèreté

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« La mécanique sadique de l’esclavagisme. Un roman qui vous prend doucement pour vous emmener au cœur de la folie raciste. »

Sade, Attaquer le soleilÀ l’occasion de l’exposition Sade du Musée d’Orsay, je republie l’article ci-dessous, du site Exigence Littérature (http://www.e-litterature.net/publier3/spip/spip.php?page=article5&id_article=248&fb_source=message)

Il répondait à un article plus ancien de Maurice Mourier dans La Quinzaine Littéraire ( http://laquinzaine.wordpress.com/2011/03/03/yann-garvoz-plantation-massa-lanmaux/)

Plantation Massa-Lanmaux – Yann Garvoz

mardi 31 juillet 2012, par Penvins
©e-litterature.net

La mécanique sadique de l’esclavagisme. Un roman qui vous prend doucement pour vous emmener au cœur de la folie raciste.

 

Le roman commence dans un style qui évoque la tragédie grecque, il se terminera dans la langue de Sade. Cette rupture de style a pu paraître à certains une faute de goût, voire une atteinte aux bonnes mœurs littéraires. Pour ces gens-là on n’a pas le droit d’échapper à la distance classique, de se laisser aller à la folie sadienne, et sortir de la maîtrise de la langue serait du Grand Guignol. Comme si l’esclavagisme pouvait se lire dans une langue contenue en une sorte d’analyse sociale, ou de composition littéraire fut-elle héritée des meilleurs auteurs antiques. Alors que c’est, tout au contraire, la force de ce roman de ne pas s’être enfermé dans la clarté organisationnelle d’un texte classique et que l’emprunt fait à la langue de Sade, loin d’en copier les défauts, met en valeur une dimension intime de l’esclavagisme qu’aucune étude historique n’aurait permis de rendre, et dévoile des ressorts pulsionnels que l’on évite habituellement de mettre en avant. Sans la violence de cette sexualité sadienne, sans la jouissance perverse de posséder comment peut-on rendre compte du crime esclavagiste ? Est-ce que cette folie-là est de l’ordre de la vraisemblance ? – dont on ne devrait sortir comme je l’ai vu écrit – je ne le pense pas, cette folie-là est bien invraisemblable, elle ne peut se lire si l’on s’en tient à la règle implicite du romanesque, paraître vrai au lecteur épris de rationalité et de bon sens. Mais les scènes de débauche outrancière dont on voit bien qu’elles gênent ne sont pas plus irréelles que ne le sont les analyses factuelles du commerce triangulaire. La cupidité des armateurs n’est pas la seule explication de ce trafic inhumain et c’est bien ce que fait sentir Yann Garvoz en inscrivant son roman dans la rupture.

Pour moi, ce roman ne peut se lire en écartant la transgression stylistique qui le fonde. Loin d’être ennuyeuses comme elles peuvent parfois l’être chez le Divin Marquis les scènes de débauche provoquent d’autant plus d’excitation qu’elles s’insèrent dans un récit que l’on avait cru politiquement correct, un récit non pas philosophique, mais une romance bien pensante, le héros revenu de métropole va se faire le chantre de la libération des esclaves. Mais alors que l’on s’imagine que Donatien rentré aux Antilles sera le messager des Lumières, à la suite d’une déception amoureuse tout bascule. On est bien là dans l’ordre de ce que d’aucuns appelleraient l’irrationnel, voire le passionnel, pourtant que l’on fasse bien attention : il ne s’agit pas d’une vengeance amoureuse mais d’un déferlement destructif et surtout jouissif. Ce qui sous-tend l’esclavagisme c’est cela, le plaisir pris à humilier et à détruire, ce qui lui donne une force capable de défier l’entendement, de résister à l’esprit des Lumières, c’est cette jouissance d’humilier l’autre et de s’humilier soi-même en tant qu’être humain. Donatien se révélera le pire des esclavagistes parce qu’il a cru que Charlotte l’aimerait et qu’elle l’a rejeté pour Hanus, faute d’obtenir l’amour il jouira de le nier. Grand Guignol dites-vous, méprisant toute théâtralisation qui s’écarte des canons de la langue classique, Grand Guignol, je vous l’accorde mais à la manière d’un Grand Magic Circus, une mise en scène fantasmatique qui se moque des règles de la bienséance littéraire et n’a pas peur d’affronter la cruauté du monde dans un grand éclat de rire provocateur. Bien sûr ces scènes-là ne sont pas vraisemblables, mais elles disent beaucoup plus que n’aurait dit une démesure sous contrôle, elles mettent à nu les passions que cachaient les rouages socio-économiques de l’esclavagisme, disent à quel point la violence n’est pas seulement un moyen de contraindre au travail forcé mais indépendamment de toute considération matérialiste, une jouissance qui ne se connaît plus de limites.

Pour toutes ces raisons je considère que ce roman est une complète réussite.

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Voyageur Un

Sifflements
Embrasure des
galaxies déroulées
Silence
Sil

Voyager 1 a quitté le système solaire

40 000 ans. Quelqu’un
?
Mes yeux mes yeux se ferment se rouvrent se ferment je taie sous eux les recouvre 40 000 ans tc tc tc Un souffle
Un souffle n’a fait que passer n’a fait wegh-(*weǵʰ-)/via/viaticum/voiage/voyager1 que portes-tu de nous Voyager1 de nous qui sommes  morts tous poussières Ann&Carl Carl&Ann ovulation propice à la pointe de ta nudité les ondes de la méditation dérangées par l’orgasme
les vagues de l’orgasme sur l’encéphalogramme
l’espace s’entrouvre à la douce tactilité de l’antenne fouille l’espace-père de l’espace qui est père de l’espace qui est père de l’espace qui est il n’y a rien là haut que convoieront les ondes rien plus que le goût du sel sur ma langue
ici-bas ici-bas le rien illumine les coeurs dans la salle où tous les écrans le champagne clignote les écrans tintent les écrans sur les coeurs ouvrent des lucarnes on boit on mouille on bande comme des microprocesseurs comme en 1977 c’était avant avant
avant tout ça
tu sais
40 000 ans mes yeux se ferment Margarete un souffle /wegh-(*weǵʰ-) wegh- l’encolure la chaleur de l’encolure sous le crin son parfum fort de l’amitié l’alliance du vivant efface pour un instant la plaine de la jeunesse un instant la plaine de la jeunesse qui pète de désir sous le soleil là-devant sous le soleil hérissée de faux la plaine de la jeunesse toute hérissée des faux semblants de la jeunesse et on est aspiré dans la trouée aspirés qu’on est tous
aspirés
dans la trouée
il n’en restera rien
pas un
/via l’orgueil pour où? ubris l’orgueil où est-il et pourquoi? je tape la tête sur les murs tape où? comment? comment l’aboutir l’embouter le rebooter tape tape plus fort les éclats volent les éclats de murs les éclats de tête toujours l’orgueil tape les éclats des mots les éclats du passé les éclats de la perdition il demeure réside est engendre rit l’orgueil au centre de sa toile au centre d’où partent les collines septèmes
amor
un debout sous le regard des dieux ou plutôt les dieux à son service les dieux tout petits et serviles portés sur son épaule son regard porte au loin éblouit strie la plaine il trace la plaine administre les pas lents des légions donne les routes et donne les chemins des déroutes piétinent le sylphe vins amphores le sylphe double sillon des roues comment comment comprendre que les routes étaient courbes qu’il n’y a rien de droit comment comment le pouvait-il comprendre le peuple de l’équerre en ce temps les poignards valaient plus que affutaient valaient plus que les mains valaient
/viaticum/voiage  pavées de coquillages d’ermites de boîtes de soupes à cheval de conserve sur les routes de poètes pendus de pauvres types à la recherche la recherche d’un Dieu d’un Dieu d’un Dieu Lui s’épuise dans le 238PuO2  (P0 ( 1 – 0,5t / 87,74 ) en années et non en siècles et non en lustres et non en éons) car cloué sur une croix même lui Lui s’épuise en isotopes et comment comment savoir s’il est le chat de la boîte est-il ce sont li troi mor e li troi vif le chat de la boîte est-il mort Il furent si con Duc et Conte Troi noble home de grant arroi ces grandes cathédrales aux croisées où s’enchaînent les livres il fallait être bien grand seigneur bien grand seigneur pour obtenir recru de travaux et de veilles il avait  fait copier la fleur de sa librairie sur de grandes feuilles reliées d’ivoire serti de pierreries de sorte que même à cheval même à cheval Voiageur Un une langue naissait des routes d’oc et d’oïl des manuscrits d’Italie Voyageur Un Troubadour tu es bien plus ancien bien plus ancien que N’A SA grandeur bien plus ancien que Lui qui s’éclipse dans l’héliogaine qui épuise ses rêves en giclures d’isotopes sur le pli drap en années et non en éons sur le pli d’un drap sale

Le choc terminal ruée rué d’or dans l’ultime moisson worksheet43 moisson de chiffres pluie sur les ruée d’or rotondités où baignent les cervelles dans la lumière l’or des photons tombés des écrans magnétosphères ensuite
?
?
?
je me relève tu trembles dans le vent tu trembles particulaire dans le vent tes larmes 197Au se dénouent orbitales atomiques orbitales la nécessité tes larmes qu’emporte qu’importe nous ne serons bientôt que pou
dre
40 000 ans Voyager 1 pas un oeil ne se lèvera pas un oeil ne subsistera pas un cil pas un iris pas le monde d’un iris Carl&Ann Ann&Carl ton horloge ne battra plus qu’un temps incomp ne battra plus que Sa plainte sa morne plainte moagnétique 238PuO2 comprendront-ils comprendront-ils l’emboîtement des sexes comprendront-ils Ann le tressaillement de ta méditation comprendront-ils que Carl que perle comp le tressail que Carl dans l’affolement soudain de ton iris que languoisse repos ressoufle reflux acceptation bientôt
Que donne ma main ? que donne ma main à l’aube au déroulé des temps? que donne ma main de fer ma main bardée d’antennes du souvenir sur les routes d’Italie les routes de l’orgasme ma main sur l’encolure de la plainte la maîtrise de l’isotope le souvenir d’un sourire dans la magnétosphère l’ovule éternelle de ton sourire
notre méditation s’achève nous avons envoyé là haut si loin si vide nous avons envoyé là haut à la commisure du temps et de l’espace au liseré nous avons envoyé
CLIQUER : Voyager golden record : greetings from UN secretary Kurt Waldheim (recording)

Kurt Waldheim, Wehmacht, Yougoslavie 194?. Futur secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies

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Écrire sans se soucier du lecteur ? (pour répondre à un ami de Fort-de-France)

À noter qu'il m'a été impossible de trouver une représentation d'homme nu lisant. Des suggestions ?Cher L*E*M*, vous avez écrit vos oeuvres sans vous soucier de qui les lira, nous dites-vous. Cette déclaration vous honore et honore vos oeuvres, mais permettez-moi de ne pouvoir vous suivre sur cette voie. Permettez-moi de ne pas croire cela possible, d’écrire sans se soucier de qui lira. Peut-être, vous, ne vous en êtes pas soucié consciemment, mais l’acte d’écrire s’est soucié pour vous du lecteur, dans tous les choix artistiques que vous avez dû opérer. Et d’abord, le premier d’entre eux : celui de la langue dans laquelle vous écrivez. Vous avez choisi la langue de la tribu, et déjà c’est faire un choix de communication, c’est sélectionner qui peut vous lire. Ensuite les formes. On n’écrit pas sans guide, hors de tout genre, de toute structure établie. Par l’organisation d’un dialogue, par la disposition des mots sur la page, par la syntaxe, vous vous placez dans le format d’un acte de communication possible, vous écrivez sous le regard virtuel d’un récepteur doté de certaines capacités de déchiffrement. Pour échapper à toute forme préétablie, non codifiée dans le cadre de la communication, non inscrite dans le grand catalogue et l’histoire de notre Culture, non frayée par des milliers ou des millions d’écrivants/lisants, échappant à la relation écrivain-lecteur, il faudrait une production aléatoire telle que pourrait la réaliser un ordinateur.
Pour reprendre un concept, si je me souviens bien, proposé par Umberto Eco (ou Hans Jauss, sous le terme d’horizon d’attente), tout acte d’écriture détermine son « lecteur idéal », production du texte… comme vous même, l’écrivain ! Lecteur et écrivain, sont sécrétés par le texte… Ils en sont les premiers personnages, qui ne sauraient manquer.
Avec mes fraternelles amitiés de personnage,

YG
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