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Brève réflexion au sujet de Noam Chomsky et de la petitesse de notre cerveau d’anacoluthe

L’un des arguments de Chomsky en faveur d’une grammaire générative innée, est l’apparente impossibilité pour l’être humain, de faire pratiquement l’acquisition sémantique et syntaxique de sa langue dans le temps si prodigieusement restreint imparti au petit enfant pour l’acquisition du langage.

Il est au moins douteux que la grammaire précède l’acquisition des mots (voir le sémioticien Danesi, Messages, Signs and Meanings), mais ce contre-argument n’explique pas la génialité du quasi-nourrisson dans l’appréhension de sa langue maternelle.

Il me semble donc aussi que vouloir déposer dans l’individu la somme de ses ressources , c’est en faire une fois de plus, idéologiquement, cet anacoluthe enfermé dans sa coquille mentale. Nous avons, pour penser et apprendre, toutes les ressources lentement accumulées, les aides les perches et les ficelles, de la culture autour de nous. Pourquoi la langue, la culture, ne se seraient-elles pas élaborées pour permettre cet apprentissage rapide (de manière similaire à la sélection darwinienne pour les organisations biologiques) ? Dans les voix de ses parents et de ses frères et soeurs, et par la nécessité pragmatique de les comprendre et de leur signifier ses besoins, son existence, le petit humain puise dans les ressources préexistentes de la langue : il n’a pas besoin de savoir à l’avance, puisqu’elle sait pour lui. Il en va de même plus tard pour nous, adultes, dans les livres : ce monde étrange des livres qui dédouble le monde, l’approfondit, et nous aide à lui donner sens. Notre pensée est plus vaste que notre cerveau, potentiellement nous pouvons penser sur toute l’étendue de l’arc électrique de la culture.

Il me plaît de voir en chacun de nous les co-utilisateurs, en différents points, du même continuum mental. Que reste-t-il de nous, en dehors de ces mots communs ? Pas grand chose, que l’angoisse du sujet né incomplet et perdu, perdu dans les autres et leurs langages…

Que serions-nous sans la littérature ?

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ET SI LA LITTÉRATURE NE SERVAIT QU’À FLINGUER LES MONSTRES QUI SURGISSENT SUR NOTRE CHEMIN ?

Tableau d'Alexandre Suzana

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In fair no

Alexandre Suzana Their truth my damnation

Une forêt ossifiée par le froid ; sur les crêtes noires, des phalanges squelettiques pointent et grattent un ciel sans profondeur. Un occulte signal déclenche l’égaillement, excentrique et rapide, de très vieux hommes voûtés, chenus, en laisse tirés par des chiens variés en tailles et couleurs ;
ça n’a duré qu’un instant, il n’y a plus personne.

Des collines s’arrondissent sous les pas, vous dissimulant d’où vous venez et où vous allez. Des projecteurs vous perforent le regard, aucun insecte pour s’ébattre dans leur lumière raréfiée. Il faut traverser une eau noire et puante, qui siffle sur des piques de glace.

Enfin au point le plus profond
Vide le lieu, supposé foyer de la connivence
Vieux hommes quel  secret triste  obscurcissent vos yeux ?

(Tu portes en toi ta mort)

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Pourquoi une phrase est belle ? Mastication de Paul Valéry.

« NOUS AUTRES, CIVILISATIONS, NOUS SAVONS MAINTENANT QUE NOUS SOMMES MORTELLES »

Qu’est-ce qui fait qu’une phrase est belle, mémorable, intègre ? L’écrivain, sauf à se jeter dans le vide avec une belle confiance envers les parachutes occultes de son arrière-pensée, doit s’interroger — et le lecteur, s’il a l’amour de comprendre ce qu’il entend (l’entendement d’aimer ce qu’il comprend, la compréhension d’entendre ce qu’il aime).

Retrouvant par hasard cette phrase de Paul Valéry (1919, La crise de l’esprit), je me suis donc interrogé sur ce qui lui conférait sa perfection formelle et significative, ce caractère de maxime frappante.

Il y a d’abord la portée du discours, le drame philosophique et historique : on pourrait dégager dans cet incipit, toute une réécriture du récit biblique de la Chute (connaissance et chute dans la caducité) ; aussi une extension du drame actanciel, élargi aux mesures démesurées de l’histoire humaine.

Mais ceci, le sens, serait vite oublié — aussi vite que le sera le paragraphe que je viens d’écrire pour le commenter — si une rhétorique puissante et surprenante ne le soutenait et lui donnait voie (voix). La prosopopée d’abord, qui se double d’une connivence héroïque créée entre le locuteur et l’auditoire : car enfin, les civilisations ne peuvent parler, il faut donc que ce soit Paul Valéry qui s’exprime, et « nous », c’est donc lui et nous, qui sommes les civilisations, qui sommes porteurs du feu tout entier des civilisations : et « nous » voici participants au drame historique. Puis ce « nous », qui s’est attaché, dans le cadre exigu mais grandiose de la phrase, tout l’écheveau flottant des significations et des résonnances que la frappe de la première touche n’aura pas manqué de faire surgir dans l’esprit du lecteur, ce « nous » est répété deux fois, et sert de scansion à la déclaration, dans des conditions rythmiques que l’on voit ci-après. Chaque « nous », détermine un membre de phrase, rapproche l’échéance (des « civilisations » au « maintenant » au « mortelles »), enfonce un clou du cercueil qui nous est promis.

Bon, mais tout ça tout le monde l’a compris. Alors j’en viens à ce qui vraiment m’intéresse, à ce à quoi moindre nombre font attention, à ma militance. Pourquoi, en effet, « nous autres » ? On pourrait gloser tout un panier de significations secondaires et tertiaires, de connotations. Mais je crois que le souci de l’auteur fut avant tout prosodique : ce fut pour le rythme, cet effet essentiel, cette dimension de la beauté, qui malheureusement est en train de se faire oublier de la littérature française, et même de la poésie, et avant tout (chronologiquement) de l’école. Le décompte prosodique de la phrase est en effet : 2-6-6-6. Il est sans surprise, mais contient plusieurs alexandrins possibles, et efficace, bien adapté à la sentence ou la sagesse ; nul besoin de montrer ce qu’il en resterait après l’ablation du « autres ».

Enfin, si l’on descend encore d’un cran dans les soubassements de la phrase, loin de l’idée « pure comme un rétiaire » (Perse), loin de l’essor du sens, en dessous encore du rythme, il y a le son. L’allitération en « s » donne le ton de tout le milieu de la phrase : murmure ou susurrement. Le retour des mêmes occlusives, « t », est parallèle à la répétition des « nous ». Surtout, le choix des voyelles (qui dans les langues indo-européennes ont si peu d’importance pour le sens, et qui presque ne constituent qu’une mélodie d’accompagnement du sens) : si vous relisez, en prêtant attention à la position et aux mouvements de vos lèvres et de votre langue, vous percevrez la MASTICATION propre à cette phrase : après les [i] de civilisations, apparaissent presqu’uniquement des voyelles d’arrière, graves — pour finir, soudain, sur le [e] de « mortElles », qui vient frapper d’un accent qui n’est plus sémantique, mais sonore, de hauteur, le mot, et le détache, fatidiquement. Même phénomène, un peu atténué, si l’on considère la nasalisation, et en revanche accentué pour l’arrondi de la bouche : après une série de voyelles rondes, le [e] de mortElles sonne comme un clairon, comme un coup d’éclat qui vous oblige à sourire ou brailler, en tout cas à vous réveiller la mâchoire. Le langage, avant l’écrit, c’est la parole, c’est à dire des organes phonatoires, un corps. Et même lorsque l’écriture fut établie, longtemps la lecture se pratiqua à voix haute. Les textes se mastiquent. La poésie se goûte en musique et en bouche.

Pour finir, l’envoi, clôture du texte dont je viens de mastiquer l’incipit :

« Les circonstances qui enverraient les oeuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les œuvres de Ménandre ne sont plus du tout inconcevables : elles sont dans les journaux. »

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Quatre rêves

Effet de manoir oublié. Fouillis de vêtements sur la patère derrière la porte : secouez-les de la main, et vous entendrez des cris de femmes dans les pavillons des manches… Des morts mugissent dans ces guipures… « Pater »… « Pas taire »!

Dans un hôtel à la lisière du désert, j’ai vu une femme partir dans les sables pour y brûler un oiseau vivant, qu’elle tenait par les ailes. À la nuit elle n’était pas revenue : j’ai éclairé la fenêtre, et l’oiseau attiré par la lumière a surgi derrière une vitre : un oiseau de proie qui n’avait qu’un oeil rouge, de la fixité perçante des yeux de rapaces…

« Aime moi », appellent tous ces enfants. Ils pullulent et m’entourent, tous incomplets. À l’un, je prête la moitié de mon visage, et ainsi associés par la tête, rassemblés, nous boitillons un moment ensemble… À un autre je donne ma main pour remplacer celle qu’il n’a pas, et il s’éloigne en tirant sur mon bras… Tous, tous me demandent une partie de moi…

« Seul le chiffre 8 peut savoir ce qu’est un sourire de chagrin »

(Illustrations du peintre Donatien Tanjis, ou Tanjah)

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Route Temps Détours

J’ai écrit ces trois petits poèmes sur la route, lors d’un trajet d’est en ouest et du nord au sud, qui à plus d’un titre me ramenait aussi vers le passé. C’était le soir d’Halloween et une terrible tempête de neige avait détaché et isolé tout un bloc d’amérique dans le froid la neige et la ténèbre d’une grande extinction électrique. Dans les villages les gens avaient disposé des citrouilles creusées, et illuminées de chandelles intérieures, sur le côté des routes, afin de protéger les enfants des automobilistes aveuglés. De minuscules lutins se dandinaient ainsi besognement d’une maison à l’autre, protégés par des rangées de citrouilles. Dans la fatigue accumulée de plus de quinze heures de conduite, tout tremblait devant mes yeux, les congères de la nuit se tachaient de lumignons oranges, bien après que j’avais traversé les villages.

I

Ta voix c’était

Cristalline dans le paysage

Notre voix par delà, comme une ride sur

Le temps

Immortelle morte ainsi le vol

Signalétique des oiseaux  de l’automne

Emportant au dessus de la terre noire

L’horizon courbe de leurs yeux blasés

II

Aux eaux du Maine tout se confond

Raymond me sert le saucisson

Rappelé d’un jour de colère (je l’aurai mangé seul au haut de la Cliff Trail)

Et je voudrais rentrer chez nous

Mais tu n’es plus dans la maison

Desaffectée pour l’hiver

Alors je ferme les yeux

Sur les présents surimposés

Les paupières rouges de l’automne

Tapissent le sol de l’automne

III

Tu te rappelles ?
J’étais cul par dessus la tête
La marée léchait mes cheveux
Y apportait la flotille
De vertèbres du phoque mort

J’avais mis le crâne sur la porte
C’était au mois d’Alcool de l’année 2005
Et le rhum incandescent de l’Atlantique Nord
Montait à l’assaut du soleil
Relève toi — ta voix à l’envers, tombée du soleil —
Relève toi on nous attend
Tu te rappelles ?

(Je suis retourné dans la maison. Le crâne du phoque y est encore. Je l’aurais bien emporté, mais je me rappelais qu’il suscitait dans mes nuits le souvenir d’une vie passée dans des profondeurs sous-marines glacées, où les couteaux de la lumière éveillaient des reflets bleu-nuit )

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Ouvrir les yeux sur les mirages

L’artiste est aveugle sur son propre travail. Il saurait qu’il lui appartient d’inventer les nouvelles appréhensions de la vie et pourtant, intimidé par cette potentialité trop vaste, il la vénère, cette vie, comme si elle préexistait aux formes données par ses devanciers… Il ne veut pas croire à l’ampleur de ses responsabilités, l’artiste ! on ne l’avait pas prévenu qu’il aurait, pour ainsi dire, à oeuvrer au dessus de soi ! Aussi préfère-t-il s’imaginer puisant à une source qui existerait hors de lui, source mythique de réel et de vie, source surgissante dans le vu et le su de tous et dont il suffirait de capter quelques jolis bouillons….

Las ! ténue la source, à proportion qu’elle n’existe pas… Dans son attentat il agite cette eau imaginaire, l’artiste, il la brouille, et il n’y trouve, au mieux, que des fragments de sa réflexion… Pourtant comme il s’en tenait proche, de cette substance chatoyante ! Il n’y avait qu’à tendre la main vers le vrai, vers le beau, le voile qui l’en séparait semblait fin comme la constante de Planck…

À mon tour, en nulle manière plus éveillé, j’ai voulu payer tribut aux mirages du réel, et faire oeuvre de ses matériaux élusifs. Les textes de ce livre résultent de ce piégeage de mirages. Par défaut, si une goutte de poésie entrât dans mes yeux écarquillés, puisse-t-elle enchanter quelque petit pan de mur jaune de ce monde.

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Train bridge, Bathurst@Front Street

Étienne Cendrier, ciel nocturne, pastel

L’œil influé des phénomènes. Une nuit sous un pont je vis un train sombre et immobile, saisi dans l’ombre d’une église

Suspendue, impassible, au rideau noirâtre confus d’étoiles de la nuit

A la croisée de deux faisceaux de lumières coupantes tombées de vertiges invisibles.

Dans les obus noirs de la peur, les coeurs s’emballent-ils, des passagers énigmatiques de la nuit ?

Paupières opaques des wagons ! Une  cloche à toute volée bat l’immobilité triste des machines, bat le bourdon des coeurs sans nom, bat les bourrasques brusques du vent, dans sa chevauchée sans prise au long des flancs,

Sur le train immobile de l’instant

PAVOR
NOCTURNUS

Et l’oeil rougi qui s’ouvre sur le pont, l’oeil tout-monde, l’oeil personne, l’œil influé des phénomènes

Âpre à déjouer les sortilèges du bien et du mal, obscurs, éparpillés en copeaux de lumière sur le mystère hiéroglyphique des rails.

Plus loin une trouée ravage le paysage. Les voies ferrées convergent vers le trou noir de l’horizon. Les lasers sifflant dans la brume sont ceux d’un front de gratte-ciels, en marche sur moi dans la nuit,

Comme une église courroucée…

(Y repensant, je doute que ce train eût chargement d’humains, c’était probablement le train lourd de mes pensées, qui passait, ou encore le train emportant — mais vers où ? — les cercueils de plomb  de nos destinées…)

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L’esprit de la danse /\ Le Dieu Le Dieu (« Danser sa vie » ?)

Capella Sansevero, Napoli

Le corps qui entre, c’est la carène de côtes caves, souffle rauque rampant dans un coin des poumons, fatigue, fatigue des jours sans essor, consumation sans but, sans jouir. Haleine, estomac. Intestin, merde. Ces points de ponctuation au long des muscles, au long des os, au long des ans : fêlures que la douleur hante, par où irrompera le néant. Le corps qui entre, c’est le corps de mort. Je l’ai croisé un jour, ce corps, dans un escalier où il devait faire station de chaque marche ; ses yeux roulaient, entre les mèches de cheveux teints, dans la panique des formes qui se défont.

La pianiste s’est assise, elle égrène les premières notes. Je te salue, génie du nord. Torsion. Je te salue, génie du sud. Torsion. Je vous salue, génies des quatre coins, torsions, révérence, courbure, le plexus qui se dit solaire appelle à lui le ciel… Un  nuage piqueté d’arpèges émane désormais du piano, une poudre d’or où réverbèrent par éclairs les boucles blondes de la Présence… Un front roulant se déroule sur moi, m’enveloppe, je n’ai jamais su qui il était, mais j’ai toujours pavoisé toutes mes avenues de ses couleurs, et ouvert le coeur de toutes mes places, pour sa venue. Parfois en vain. Corégies. Introïts. Couronnements. Cortèges. Pampres. Je glisse au long des cordes frappées d’éclat, l’espace est troué par les hautes flêches des rêves encore à vivre, le corps est mouvement, élévation, franchises consacrées, libertés… Le corps qui danse, c’est le corps de gloire, c’est le corps tourbillonnaire vidé de sa chair (la carne, tu es poussière et retourneras, et coetera, coïteras, sursauts), empli de légèreté, le corps qui n’obéit pas, le corps qui règne, dans l’outrance des gravités niées… Ballon, grande polka, suspends, suspends, suspends… Je n’ai jamais su qui il était, et pourtant j’ai vécu pour lui. De quelles forêts, surgi, de quelle tourbe ? Immense clair de rire, le mufle du Dieu dans l’éclatement de la glaise, retentissement ! Eh ! Les petits hommes : quelle surprise ! Quelles transubstantiations, sur les rivages, et autour des feux, et dans les tentes, les fumées, les encens, rotations cervicales, yeux chavirés, c’est la voix des aïeules qui parle dans la bouche des pères, cris, on se prosterne ou on tourne, tourne, tourne… La tornade appelle le ciel : tes yeux ouverts, l’homme, sur le ciel d’orage, et ta bouche apprêtée comme celle des petits oiseaux, quelle becquée il te faudrait, une becquée de ciel bleu vitreux, une becquée qui te rassasie, à t’éclater, à t’écarteler aux dimensions de cet horizon où roulent les phénomènes… Le corps qui danse, c’est le corps épique, celui qui remonte les pistes des émotions, des hauts dits, des héros attachés au mat dans les tempêtes de la parole : les constellations du sens pivotent plus vite qu’on ne saurait les lire dans le ciel descellé, les châteaux les plus beaux sont pris avant que la cataracte de tes cheveux ne s’enroule sur mes poignets, Ô Mélisande… Ô apogée, Ô traînée, épiphanie, double voie lactée de tes jambes ouvertes… « À mon seul soleil »

Parfois la Présence s’épuise  dans l’échevèlement rompu de ses crêtes, de ses ahanaments, de ses triomphes échoués loin de moi. Où étais-je ? Qu’ai-je fait ? Corps renégat oublié dans la triangulation des barres, là où personne ne va, tout a continué sans moi… C’est que c’est un front de mots, qui m’occupait, petits mots porteurs de leur propre mort…

Une petite armada féminine, battant pavillon de toutes nations, à la manoeuvre entre les points cardinaux du désir, fait montre de ses voilures les plus écarlates  — déclinaison des voiles sur les coques de nacre…

Le corps qui se traînait dans l’escalier, était celui d’une danseuse âgée, flamenca. Je l’ai suivie des yeux, jusque la salle où elle est entrée, s’est placée dans l’entrebâillement d’une porte de chêne, au milieu du cercle d’élèves : elle s’est redressée, a frappé le sol de son pied de force, a parlé, montré, dansé : j’ai vu flamber le feu des lustres, dans sa mantille.

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MA RELIGION

Cellule cancéreuse du sein

« Holy the asshole ! » Mon Dieu est dans la boue, il est dans la prolifération des bactéries, dans l’éclat neuf de ce feuillage et dans la sénescence de mes pensées ; mon Dieu exulte en l’embryon, comme dans le bras méchant qui tue ; mon Dieu est dans le vent qui touche le sexe émouvant des filles, sous leurs corolles, il est dans la rosée qui humecte leurs lèvres ; mon Dieu est dans  l’érection de mon sexe, il est au bout de mon désir, lorsque je m’enfonce dans ton vagin : mon Dieu m’attend lové dans tes ovaires — il t’attend ; mon Dieu est dans ta salive qui coule dans ma bouche ; mon Dieu est dans l’excitation des corps, il est dans la matière, dans la colère ; mon Dieu aime et il tue, il participe à la ruée des peuples assassins, il pousse dans l’étron gainé de soies (l’alchimique boyau de chair ou tout fermente, se fait et se défait), il est dans le grouillement des insectes qui couvrent la plaie, et il est dans le sang du monde (ô ce goût de fer dans votre bouche) lorsqu’il monte à l’assaut des versants miraculés de la glace bleutée, pour l’ultime pillage —  lorsqu’il s’épand en marée visqueuse sur les grèves ensablées du souvenir — lorsqu’il violace le regard des hommes las écrasés sous leurs oeuvres — mon Dieu pourtant toujours bat le bourdon à l’aube anguleuse de tes tempes.

Mon Dieu me déserte parfois. C’est une lumière éteinte que verse alors la lune — la lune ou le soleil, je ne sais plus (ô sperme fané de la vie)…

Mon Dieu me déserte parfois, mais ta beauté demeure.

 

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