Archives de Catégorie: Jaculations nocturnes et diurnes

Route Temps Détours

J’ai écrit ces trois petits poèmes sur la route, lors d’un trajet d’est en ouest et du nord au sud, qui à plus d’un titre me ramenait aussi vers le passé. C’était le soir d’Halloween et une terrible tempête de neige avait détaché et isolé tout un bloc d’amérique dans le froid la neige et la ténèbre d’une grande extinction électrique. Dans les villages les gens avaient disposé des citrouilles creusées, et illuminées de chandelles intérieures, sur le côté des routes, afin de protéger les enfants des automobilistes aveuglés. De minuscules lutins se dandinaient ainsi besognement d’une maison à l’autre, protégés par des rangées de citrouilles. Dans la fatigue accumulée de plus de quinze heures de conduite, tout tremblait devant mes yeux, les congères de la nuit se tachaient de lumignons oranges, bien après que j’avais traversé les villages.

I

Ta voix c’était

Cristalline dans le paysage

Notre voix par delà, comme une ride sur

Le temps

Immortelle morte ainsi le vol

Signalétique des oiseaux  de l’automne

Emportant au dessus de la terre noire

L’horizon courbe de leurs yeux blasés

II

Aux eaux du Maine tout se confond

Raymond me sert le saucisson

Rappelé d’un jour de colère (je l’aurai mangé seul au haut de la Cliff Trail)

Et je voudrais rentrer chez nous

Mais tu n’es plus dans la maison

Desaffectée pour l’hiver

Alors je ferme les yeux

Sur les présents surimposés

Les paupières rouges de l’automne

Tapissent le sol de l’automne

III

Tu te rappelles ?
J’étais cul par dessus la tête
La marée léchait mes cheveux
Y apportait la flotille
De vertèbres du phoque mort

J’avais mis le crâne sur la porte
C’était au mois d’Alcool de l’année 2005
Et le rhum incandescent de l’Atlantique Nord
Montait à l’assaut du soleil
Relève toi — ta voix à l’envers, tombée du soleil —
Relève toi on nous attend
Tu te rappelles ?

(Je suis retourné dans la maison. Le crâne du phoque y est encore. Je l’aurais bien emporté, mais je me rappelais qu’il suscitait dans mes nuits le souvenir d’une vie passée dans des profondeurs sous-marines glacées, où les couteaux de la lumière éveillaient des reflets bleu-nuit )

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La promenade au parc

Que le lecteur considère avec mansuétude le texte qui suit, expérience brute de « stream of consciousness » pour laquelle j’ai noté, dans un carnet que j’avais, les minutes de pensée qu’occasionnait une promenade au parc près de chez moi. Évidemment il s’est vite avéré que je ne pouvais noter mes sensations et pensées subreptices, en même temps que je les vivais et que je marchais et regardais autour de moi ! Je renouvèlerai l’expérience avec un enregistreur, un jour. (Remarque : Cette attention nouvelle aux interstices du temps, et aux possibilités littéraires qu’ils ouvrent, m’a été apportée par la lecture du livre de Don DeLillo, Point Omega.)

Courtney Pasternak, Liberal. Belle photo. Qu’au moins ça serve. Les voitures alanguies au stop, tout le paysage détrempé. Maisons, vieux style anglais, cachet du quartier. Le brun s’impose, brique et feuilles mortes sur le sol. Enfant. Une feuille morte rebondit. Écureuil, volée de moineaux. Rebondit sur les côtes luisantes, rissolées, du tram (vérification ultérieure : « rissolées » est ici absurde, amalgame évident avec « ruisselant »). Rails tournent, disparaissent derrière un buisson. J’aimerais y disparaître aussi. Mais froid, dans le parc. Il faudrait que ce soit le passage vers un autre monde, plus chaud. Littérature médiévale. Sentier tentant, vers la droite, et un autre. Feuilles pendent lourdes, pluie. Haies de genêts, ou autres — devrais apprendre les noms, ai acheté le livre. Sommets agités par le vent, mais je descends ves les fourrés. (Oiseaux, aboiements. Été parc chasse à courre, ici. Duc anglais. Costumes rouges, cors.) Barrière brisée, mais après, une autre plus récente. Table de pique-nique. Jamais venu ici, où vont ces chemins ? Peut-être, la nuit, il s’y passe… Voilà ! Bon Dieu, qu’est-ce que ça a poussé ! Tropical ! Impressionnant ! Mais déjà mourant. Le ruisseau, merde, une vraie rivière aujourd’hui. Pieds dedans ! Eau d’égout ? (d’égoût ? dégoût ? étymologies différentes…) Les barres apparaissent, au sommet de la côte striée de racines. Comme petit, enfant, Bois de Boulogne : une si petite pente quand j’y suis retourné ! Barres, seul sommet luisant visible, comme un trophée ou un totem. Flemme. Vais quand même faire ces tractions. Me tirera de la grippe. Ipod, Jung. Des arbres déjà rouges à travers les trouées où l’on peut voir. Barres mouillées et froides, acier dégoutte d’eau. Mais pas suintant, métal. Vraiment triste en fait. Mamie avec chien, tous deux emmitoufflés.  Couple chic. Un chipmunk court sur le vieux tronc abattu. Faune présente, discrète. Chipmunk, mot algonquin. Cavité, tous ces recoins, tous ces chemins qui partent, sous les buissons…. Faudrait ramper. Bizarre qu’avec tout ça on n’arrive pas à se cacher, on reste exposé. Type russe, un habitué. « I am depressed with weather ! », il me dit en roulant les r. « Everyone is », je lui réponds avec mes r français. Il s’échauffe au milieu du chemin. Parle de sa fille. Filles loin, on essaye de suivre ce qu’elles font, elles ne sauront jamais qu’on se préoccupait toujours d’elles. Ou bien on blablate pour se donner bonne conscience, comment savoir ?

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Ouvrir les yeux sur les mirages

L’artiste est aveugle sur son propre travail. Il saurait qu’il lui appartient d’inventer les nouvelles appréhensions de la vie et pourtant, intimidé par cette potentialité trop vaste, il la vénère, cette vie, comme si elle préexistait aux formes données par ses devanciers… Il ne veut pas croire à l’ampleur de ses responsabilités, l’artiste ! on ne l’avait pas prévenu qu’il aurait, pour ainsi dire, à oeuvrer au dessus de soi ! Aussi préfère-t-il s’imaginer puisant à une source qui existerait hors de lui, source mythique de réel et de vie, source surgissante dans le vu et le su de tous et dont il suffirait de capter quelques jolis bouillons….

Las ! ténue la source, à proportion qu’elle n’existe pas… Dans son attentat il agite cette eau imaginaire, l’artiste, il la brouille, et il n’y trouve, au mieux, que des fragments de sa réflexion… Pourtant comme il s’en tenait proche, de cette substance chatoyante ! Il n’y avait qu’à tendre la main vers le vrai, vers le beau, le voile qui l’en séparait semblait fin comme la constante de Planck…

À mon tour, en nulle manière plus éveillé, j’ai voulu payer tribut aux mirages du réel, et faire oeuvre de ses matériaux élusifs. Les textes de ce livre résultent de ce piégeage de mirages. Par défaut, si une goutte de poésie entrât dans mes yeux écarquillés, puisse-t-elle enchanter quelque petit pan de mur jaune de ce monde.

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Train bridge, Bathurst@Front Street

Étienne Cendrier, ciel nocturne, pastel

L’œil influé des phénomènes. Une nuit sous un pont je vis un train sombre et immobile, saisi dans l’ombre d’une église

Suspendue, impassible, au rideau noirâtre confus d’étoiles de la nuit

A la croisée de deux faisceaux de lumières coupantes tombées de vertiges invisibles.

Dans les obus noirs de la peur, les coeurs s’emballent-ils, des passagers énigmatiques de la nuit ?

Paupières opaques des wagons ! Une  cloche à toute volée bat l’immobilité triste des machines, bat le bourdon des coeurs sans nom, bat les bourrasques brusques du vent, dans sa chevauchée sans prise au long des flancs,

Sur le train immobile de l’instant

PAVOR
NOCTURNUS

Et l’oeil rougi qui s’ouvre sur le pont, l’oeil tout-monde, l’oeil personne, l’œil influé des phénomènes

Âpre à déjouer les sortilèges du bien et du mal, obscurs, éparpillés en copeaux de lumière sur le mystère hiéroglyphique des rails.

Plus loin une trouée ravage le paysage. Les voies ferrées convergent vers le trou noir de l’horizon. Les lasers sifflant dans la brume sont ceux d’un front de gratte-ciels, en marche sur moi dans la nuit,

Comme une église courroucée…

(Y repensant, je doute que ce train eût chargement d’humains, c’était probablement le train lourd de mes pensées, qui passait, ou encore le train emportant — mais vers où ? — les cercueils de plomb  de nos destinées…)

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L’esprit de la danse /\ Le Dieu Le Dieu (« Danser sa vie » ?)

Capella Sansevero, Napoli

Le corps qui entre, c’est la carène de côtes caves, souffle rauque rampant dans un coin des poumons, fatigue, fatigue des jours sans essor, consumation sans but, sans jouir. Haleine, estomac. Intestin, merde. Ces points de ponctuation au long des muscles, au long des os, au long des ans : fêlures que la douleur hante, par où irrompera le néant. Le corps qui entre, c’est le corps de mort. Je l’ai croisé un jour, ce corps, dans un escalier où il devait faire station de chaque marche ; ses yeux roulaient, entre les mèches de cheveux teints, dans la panique des formes qui se défont.

La pianiste s’est assise, elle égrène les premières notes. Je te salue, génie du nord. Torsion. Je te salue, génie du sud. Torsion. Je vous salue, génies des quatre coins, torsions, révérence, courbure, le plexus qui se dit solaire appelle à lui le ciel… Un  nuage piqueté d’arpèges émane désormais du piano, une poudre d’or où réverbèrent par éclairs les boucles blondes de la Présence… Un front roulant se déroule sur moi, m’enveloppe, je n’ai jamais su qui il était, mais j’ai toujours pavoisé toutes mes avenues de ses couleurs, et ouvert le coeur de toutes mes places, pour sa venue. Parfois en vain. Corégies. Introïts. Couronnements. Cortèges. Pampres. Je glisse au long des cordes frappées d’éclat, l’espace est troué par les hautes flêches des rêves encore à vivre, le corps est mouvement, élévation, franchises consacrées, libertés… Le corps qui danse, c’est le corps de gloire, c’est le corps tourbillonnaire vidé de sa chair (la carne, tu es poussière et retourneras, et coetera, coïteras, sursauts), empli de légèreté, le corps qui n’obéit pas, le corps qui règne, dans l’outrance des gravités niées… Ballon, grande polka, suspends, suspends, suspends… Je n’ai jamais su qui il était, et pourtant j’ai vécu pour lui. De quelles forêts, surgi, de quelle tourbe ? Immense clair de rire, le mufle du Dieu dans l’éclatement de la glaise, retentissement ! Eh ! Les petits hommes : quelle surprise ! Quelles transubstantiations, sur les rivages, et autour des feux, et dans les tentes, les fumées, les encens, rotations cervicales, yeux chavirés, c’est la voix des aïeules qui parle dans la bouche des pères, cris, on se prosterne ou on tourne, tourne, tourne… La tornade appelle le ciel : tes yeux ouverts, l’homme, sur le ciel d’orage, et ta bouche apprêtée comme celle des petits oiseaux, quelle becquée il te faudrait, une becquée de ciel bleu vitreux, une becquée qui te rassasie, à t’éclater, à t’écarteler aux dimensions de cet horizon où roulent les phénomènes… Le corps qui danse, c’est le corps épique, celui qui remonte les pistes des émotions, des hauts dits, des héros attachés au mat dans les tempêtes de la parole : les constellations du sens pivotent plus vite qu’on ne saurait les lire dans le ciel descellé, les châteaux les plus beaux sont pris avant que la cataracte de tes cheveux ne s’enroule sur mes poignets, Ô Mélisande… Ô apogée, Ô traînée, épiphanie, double voie lactée de tes jambes ouvertes… « À mon seul soleil »

Parfois la Présence s’épuise  dans l’échevèlement rompu de ses crêtes, de ses ahanaments, de ses triomphes échoués loin de moi. Où étais-je ? Qu’ai-je fait ? Corps renégat oublié dans la triangulation des barres, là où personne ne va, tout a continué sans moi… C’est que c’est un front de mots, qui m’occupait, petits mots porteurs de leur propre mort…

Une petite armada féminine, battant pavillon de toutes nations, à la manoeuvre entre les points cardinaux du désir, fait montre de ses voilures les plus écarlates  — déclinaison des voiles sur les coques de nacre…

Le corps qui se traînait dans l’escalier, était celui d’une danseuse âgée, flamenca. Je l’ai suivie des yeux, jusque la salle où elle est entrée, s’est placée dans l’entrebâillement d’une porte de chêne, au milieu du cercle d’élèves : elle s’est redressée, a frappé le sol de son pied de force, a parlé, montré, dansé : j’ai vu flamber le feu des lustres, dans sa mantille.

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Le paradis des livres /\ Le soulagement des mots

Au matin, avant que la vie n’accuse les ombres et les contours (ou que les ombres et les contours n’accusent la vie), avant que chaque chose ne s’approfondisse d’un relief où se dissimule son secret, avant que la vie ne me rattrape… Je lis.

Ma conscience est pure : un lac tranquille, un miroir.  L’absence de trouble laisse se refléter le texte dans toute son étendue, sur les eaux plates de ma pensée, à peine plissées d’une respiration. C’est un espace limpide qui s’ouvre quotidiennement : mon paradis de la lecture. Et il est d’autant plus entier et vaste que la langue qui m’occupe est plus éloignée de la mienne : idées vives écrites dans des langues mortes, poésie mortes de l’orée de notre langue vive, langues étrangères… Je m’étonne de certains termes, je vérifie des étymologies, je prends des notes pour des écrits futurs qui peut-être n’auront pas lieu (les mots sont la provende et la guerre de l’écrivain, sa préoccupation constante : Montherlant lisait quotidiennement le Littré !), je m’étonne je m’ébaudis je m’esmaie (racine magne…) je me turlupine… Pour être calme mon plaisir n’est pas moins vif ; selon l’ampleur des découvertes il peut devenir intense, passionné…

En cette heure lumineuse et pourtant épargnée des préoccupations ultérieures du jour, les mots sont neutres et m’appellent sympathiquement, ils me font signes d’amitié, sur l’étendue blanche de la page ; ils n’ont à ces heures que leur beauté propre, sans ces petites queues de serpents qu’ils prennent plus tard durant le jour.

Plus tard, durant le jour, leurs ombres se sont allongées. Il leur est poussé tout un tortillamini de significations, une petite caudule frauduleuse, qui les ancrent derrière la page, là où je me trouve désormais : car je suis passé, alors, derrière la page ! C’en est fini de leur neutralité, aux mots, et de notre étrangeté réciproque et néanmoins bienveillante : leurs flagelles remuent et se livrent en moi à des copulations contre nature. Conciliabules, prises de langue, perpétrations obscures : je n’ai, de l’étendue du dégât, qu’une connaissance de seconde main : une nuit diurne qui remue, douloureuse. Parfois un souvenir plus clair jaillit, encadré et détaché avec la cruauté d’une photo.

Mais au matin rien de tout cela : les pages tournent repliant une à une leur lac tranquille, où voguent les convois des petits esquifs souriants et inambigus. Chaque page remplace l’autre, sans heurt sinon un petit courant d’air. C’est une illusion, et pourtant c’est la vérité : la vérité sans moi, verité impossible, vérité illusoire.

Maints penseurs se sont penchés sur le plaisir de lecture, et pourtant il me semble que pas un n’a parlé des mots, des mots eux-mêmes ; tous bizarrement se précipitent au niveau du discours, où ils s’ébattent de fiction, s’éjouissent de narration. Dans son Qu’est-ce que la littérature ?, Sartre, si je me souviens bien, en fait le lieu libre d’une coproduction artistique et de valeurs, jamais définitive, entre l’auteur et le lecteur. Dans Pourquoi la fiction ?, Schaeffer réduit la littérature à une sous-partie de la pulsion fictionnelle : une donnée anthropologique, issue de notre adaptation, qui servit à l’exploration virtuelle de nos vicissitudes possibles dans le monde. Mais les mots, la langue elle-même, sauf erreur, pas un… Voici ce qu’il m’en semble : si ma lecture matutinale est si pure, c’est qu’elle me détache de mon langage, de mon idiosyncrasie (ce qui peut se faire à toute heure, mais est peut-être plus facile dans une saisine d’après sommeil, quand le langage n’est pas rassis dans ses voies accoutumées), elle déloge mes mots de leurs connexions et les ré-établit dans des configurations inouïes, dans un espace de significations autres, qui est celui du texte que je lis. Mes mots ayant été décrochés de la trame recrue et fatigante d’être trop parcourue, qui les retient captifs, ma langue étant en quelque sort hors-ma-langue, je suis en apesanteur au-dessus de ma langue, en explorateur rénové du désir et du plaisir, et je m’esjouis et me déduis, à suivre les fils de la pensée d’autrui, et leurs entrelacs inouïs…

Maints penseurs ont discouru sur le discours, mais quant à moi le souvenir de mon paradis de mots me poursuit toute la journée, comme les images d’un séjour apaisant que l’on a fait autrefois, en pays étranger.

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MA RELIGION

Cellule cancéreuse du sein

« Holy the asshole ! » Mon Dieu est dans la boue, il est dans la prolifération des bactéries, dans l’éclat neuf de ce feuillage et dans la sénescence de mes pensées ; mon Dieu exulte en l’embryon, comme dans le bras méchant qui tue ; mon Dieu est dans le vent qui touche le sexe émouvant des filles, sous leurs corolles, il est dans la rosée qui humecte leurs lèvres ; mon Dieu est dans  l’érection de mon sexe, il est au bout de mon désir, lorsque je m’enfonce dans ton vagin : mon Dieu m’attend lové dans tes ovaires — il t’attend ; mon Dieu est dans ta salive qui coule dans ma bouche ; mon Dieu est dans l’excitation des corps, il est dans la matière, dans la colère ; mon Dieu aime et il tue, il participe à la ruée des peuples assassins, il pousse dans l’étron gainé de soies (l’alchimique boyau de chair ou tout fermente, se fait et se défait), il est dans le grouillement des insectes qui couvrent la plaie, et il est dans le sang du monde (ô ce goût de fer dans votre bouche) lorsqu’il monte à l’assaut des versants miraculés de la glace bleutée, pour l’ultime pillage —  lorsqu’il s’épand en marée visqueuse sur les grèves ensablées du souvenir — lorsqu’il violace le regard des hommes las écrasés sous leurs oeuvres — mon Dieu pourtant toujours bat le bourdon à l’aube anguleuse de tes tempes.

Mon Dieu me déserte parfois. C’est une lumière éteinte que verse alors la lune — la lune ou le soleil, je ne sais plus (ô sperme fané de la vie)…

Mon Dieu me déserte parfois, mais ta beauté demeure.

 

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L’oeil dessine la lune, la lune dessille l’oeil…

…matériel pour une épître marotienne, quand les douze coups du sonnet sonneront…

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Conte de la cigale et du monde

Que peut l’eau, que peut le feu, que peut la pierre que peut l’air ? Rien ils ne peuvent rien. Que peut la cigale, que ne peuvent l’eau, le feu, l’air ni la pierre ? La cigale pointille l’image puncturée de crissements, entrouvre la courtepointe au déroulé du vol : l’image plisse, se chiffonne, par l’embouchure ainsi créee se syphonne : derrière le monde il y a le monde (dérive langoureuse au fil de l’air, auprès des tombes) et d’autres cigales, et derrière le monde : le monde : et derrière le monde : le monde : et ainsi de suite…

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PLUIE

L’air se charge d’une prescience, d’un précipité de formes bondissantes. Le fin suspens des eaux enserre notre corps en son crible. Ce pourrait être oppressant mais il y a aussi l’attente d’une délivrance joyeuse. Des simulacres de marines sont pressés hors de notre imagination par les embruns… Brouhaha des tramways dans le rôle des vagues ! Seule tout là haut au dessus du toit une mouette valide l’illusion des déferlements de dunes…

Premier faufilement des gouttes d’eau, dans le tissu du monde, tout se défait, paix.

 

 

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